grincement

Leila Alaouf

dimanche 22 janvier 2017

L'Amour Politique

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Si difficile d’écrire alors que tout devrait nous pousser à l’expulser de nos bouches, cette force ainsi que ces souffrances qui ont été le nôtres pour la majorité d’entre nous. Et comme à son habitude nous vivons dans un pays qui attend l’approbation du globe tout entier pour s’intéresser aux questions qui ne lui semblent pas centrales. La réalité, c’est que nous n’avons jamais été au centre de quoi que ce soit. Nos douleurs n’ont été et continuent de n’être que des tâches blanchies au fur et à mesure de l’Histoire dominante et nos gémissements se trouvent presque embêtés de déranger les tympans bouchés par la crasse de ceux pour qui la domination et l’oppression sont une affaire de survie. Et je me hais quand je n’ai pas le courage d’exiger sans concession, et je me hais quand je tente de négocier avec ceux qui nous catapultent quotidiennement sur l’autel des débats publics ou avec ceux qui ont décidé de faire de nos corps l’Alpha et l’Omega de leur survie identitaire.

Mais m’aimer est hautement politique. Et je veux entrer en résistance.

Et je reconnais mes incohérences. Je les ai acceptées. Mais je ne leur donne plus le droit de me fustiger. La vérité, c’est que nous, femmes, minorées et racisées, n’avons pas choisi nos combats, ils ce sont imposés, sans crier gare. Et nous nous sommes forcées de les porter fièrement, comme des cicatrices sans noms et sans mémoires dont la rougeur nous indiquerait la profondeur du crime (le crime oublié.)

Car s’aimer est hautement politique. Et nous entrons en résistance.

J’aimerais conforter ceux qui voient dans nos combats d’éternelles flagellations larmoyantes. Si seulement ces violences n’étaient que des fictions existentielles. Mais nous n’avons pas feint lorsque nos chevelures ont été prises pour cible, dès le commencement même du mythe orientaliste. Puis nous avons vu arriver le monstre capitaliste, et nous nous sommes à nouveau retrouvées propulsées au cœur de sa mécanique. Consommation de chair, consommation publique, consommation de nos corps, consommation de notre histoire, tout le monde y est invité. Mais nous, nous en sommes écartées. Alors d’autres se sont levés, et par orgueil-mais feignant la justice divine-ce sont emparés de notre cause (la leur) afin de mieux asseoir leur clause sous des aspects divins et désintéressés. Et c’est ainsi que nous nous retrouvons tiraillées entre les opportunismes des uns et les calculs des autres. Et chacun des deux, du renard au loup, nous informe que nous sommes des invitées dans nos propres corps résidentiels. Et du renard au loup, nous apprend à nous détester, d’une haine transcendant notre individualité : c’est la haine de ce qui constitue ce corps fait du sexe dégoûtant et si étranger. Mais là aussi s’est imposée une lutte.

Car s’aimer est hautement politique. Et nous entrons en résistance.

Alors nous avons vu défiler devant nous un florilège de bonnes intentions empestées. Et le voile, et nos cheveux, et nos peaux, et nos hanches, et nos lèvres, et nos yeux, et nos voix. Si l’un les déclarait consommables-au mieux dépaysant-les autres s’indignaient et appelaient à la propriété privée dont ils se garderaient l’exclusif droit d’accès. Et nous, dans nos corps: si étrangères. 

Nous avons croisé quelques fois la route de la folie. Cette folie douce et dangereuse avec laquelle nous cohabitons, comme un poison dans le lait de nos mères. Elle nous murmure la raison et nous adjure de nous plier. Nous donne les yeux pour voir le crime et nous somme de les fermer. Et si nous osons, au hasard de notre route, désigner ne serait-ce que l’hypothétique existence de notre oppression constatée, voilà la folie qui nous empoigne et nous glisse vers le déni. Mais le déni n’appartient qu’à l’opprimée. Le déni à grande cuillerées analgésiques (l’oppressé, lui, vit dans le mensonge consenti.) 

Et la folie finit par s’injecter dans chacune de nos veines jusqu’à nous mettre au pied du mur, ce mur devant lequel la nécessité de faire un choix s’impose fatalement : ouvrir les yeux ou dépérir dans une paix aveugle. Mais l’amour a pu, pour certaines, nous sauver.


Car s’aimer est hautement politique. Et nous entrons en résistance. 

Leila Alaouf

mercredi 2 novembre 2016

Conférence à SciencesPo "Théories, pratiques et solidarités chez des féministes islamiques" (Vidéo)

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["Théories, pratiques et solidarités chez des féministes islamiques" ; Partie 4 : "Etre féministe et musulmane en France, et le concept de sororité"
Leila Aalouf est étudiante et travaille notamment sur les littératures féministes du moyen-orient. Elle est blogueuse et militante féministe mais également anti-racisme. Elle a co-fondé le collectif "Femmes dans la mosquée" il y a maintenant 3 ans. ]


A les en tuer (Contribution Alohanews)

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Derrière ce poème, les interrogations d’une jeune fille qui commence à se poser des questions sur sa féminité, sa spiritualité, son rapport à son corps. Et ce miroir qu’elle me tend , à moi qui n’ai pas réponse à toutes ses questions. Alors, il nous reste le cheminement. À elle, et à moi. [...]

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Derrière la tentation féminine, le tenté incontrôlé.

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"Mais même une poignée de mains, tu ne sais pas ce que ça peut déclencher dans la tête d'un homme!"

Voilà la courte interaction que j'ai pu avoir avec une connaissance. Une femme. C'est son choix, et je n'ai rien à en redire. Ceci étant dit,  après cet échange, je n'ai pu m'empêcher d'avoir une longue réflexion avec moi-même sur la lamentable représentation qu'avait cette femme des hommes, mais plus généralement, qu'avait toutes ces constructions de la masculinité lissée. Il est frappant de voir à quel point le féminin est au centre des questions de genre, que les démarches de recherches ne s'accrochent exclusivement qu'à la condition des femmes, lorsqu'il est question de l'interaction des deux dans une même société. Que si l'un se construit, l'autre se bâtit en opposition. Que par conséquent, déconstruire l'un ne se fait pas sans déconstruire l'autre. Cela ne revient pas à détruire l'altérité, qui est par ailleurs existentielle et inhérente à notre humanité.  Il s'agit plutôt de défaire l'étau strangulant qui nous limite et nous restreint, précisément, dans notre humanité, dans notre pluralité et notre singularité. Alors à chaque fois qu'un homme me dit qu'il ne sent pas concerné par ces questions, je manque d'étouffer. 

"Le féminisme ça ne concerne que les femmes", c'est chose connue, nous sommes les seules à pâtir des rôles restrictifs. Of course. Je me souviens de ces nombreuses polémiques qui ont surgi et continueront sans doute de surgir, une fois le moment politiquement opportun, autour du refus des hommes de confession musulmane de serrer les mains des femmes. 

"Mais monsieur, ma question est simple, est-ce que vous serrez la main des femmes?! Parce que dans notre pays, en France, on respecte les femmes, on leur serre la main!"

Ce que ces grands étalons du féminisme politique ont loupé dans ces affaires -et c'est une féministe qui vous le dit- c'est la dépréciation des hommes, par les hommes. Evidemment, je ne passerai pas les prochaines lignes à parler du frôlement particulièrement érotique de deux paumes prêtent à se prendre farouchement l'une contre l'autre. Au-delà de l'image biblique du féminin tentateur et faisant basculer l'humanité du paradis à la condition terrestre, c'est le tenté lui-même dont on ne parle jamais, et qui, pour une fois (si, si, je vous jure), m'intéresse. C'est l'image délirante que l'on a construit autour du masculin, de sa virilité incontrôlée, incontrôlable. Quand un homme accepte lui-même de se mettre dans la peau d'un monstre effarouché qui ne perçoit, même dans une ombre ou une silhouette féminine, que le vagin auquel elle renvoie. Ce prédateur insatiable désirant à satiété et que les littératures, le cinéma, la télévision n'ont cessé de rendre naturel et universel, à tel point que chaque homme ait finit par intégrer qu'il est un violeur potentiel. Et que cette potentialité ne devienne une réalité. 

Parfois je me demande si ce n'est pas trop épuisant de jouer constamment au "Plus... (rajoutez les qualificatifs et adjectifs que vous souhaitez)" . Entre les torses bombés d'Alerte à malibu et la puissance supposée du désir masculin qui se traduirait par une extrême fragilité (faiblesse) de l'esprit, prêt à sauter sur tout ce qui bouge, heureusement que les règles ultra restrictives sont là pour les dompter, ces pauvres démons du sexe. 

Leila.A

samedi 10 septembre 2016

Les malins petits

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Ils foisonnent sur le lit des questions inachevées,
Et s'alignent dans les couloirs de mon thorax,
Les malins petits démons qui
Prennent des minutes en otages,
Et profitent de l'ivresse des angoisses.
Leurs ongles qui s'accroche à la peau,
La douleur est un moindre mal,
Face aux polémistes qui s'agitent
Là où l'espace s'offre à eux :

Sur des longueurs arides,
Sur des espaces vides,
Des ciels dénués,
Des doutes exposés.

Partout où la barque penche,
Il s'y réunissent, sautillent,
Et la barque flanche.

Les malins petits démons s'accaparent,
Mes yeux,
Et y jettent la braise puis la cendre,
Ces choses qui me consument.

Les allègres démons,
C'est loin des foules qu'ils s'exposent
Sur des sommets intangibles,
Prennent de la hauteur,
Et se teignent de couleurs maussades,
Leurs doigts, longs et visqueux, se posent
Sur les cous,
De ceux qui s'y abandonnent,
Quand l'esprit se distrait,
L'opacité d'une nuit,
Ou pour une sombre vie. 

samedi 23 juillet 2016

Rechercher Dieu dans une botte de foin

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Ils parlent au nom de Dieu et se comportent comme des dominants à son égard ; tous porte-paroles auto-proclamés, ils lui revendiquent les dires et le châtiment comme on revendiquerait la pluie et le beau temps. Il nous appartient et ce n’est pas à Lui que nous appartenons. On le vêt de l’habit de la terreur qui est pourtant le nôtre et on déclare que le fouet à la main, il surveille nos moindres pensées, nos moindres doutes. On le couvre du vêtement de nos peurs et déclarons que ce sont les siens, jamais les nôtres. Dieu tout puissant, jusqu’à semer la crainte au plus profond de nos questionnements, qui finissent refoulés dans nos prisons limitantes. Ils te disent même que tu n’as pas le droit d'interroger son décret mais affirment que tu es pour Lui plus cher que tu ne le seras jamais pour tes propres parents. Pourtant, tes géniteurs semblent bien plus tolérants et doux à ton égard que l’image sadique qu’ils te dessinent du Très Grand. Car ceux qui t’ont mis au monde ici-bas t’aiment d’un amour inconditionnel et acceptent le reproche aussi injuste qu’il soit. L’amour est au-dessus de tout cela. La mère te pardonnera tes colères et tes trépas, t’ouvrira ses bras en réponse sacrificielle. Et malgré cela, ces fous te font croire que Dieu qui t’aime d’un amour qui dépasse celui des vivants te haïrait pour des confessions authentiques dirigées vers le ciel. Mais comment donc voudrais-tu qu’Il te réponde si tu ne le questionnes pas ?! 

Ils l’esquissent à leur image, impitoyable et terrifiant, la sentence déjà prête avant même que le destin ait écrit le péché. Pervers, Il t’aurait créé avec une raison naturelle et des doutes existentiels pour te demander ensuite de les étouffer de tes propres mains, sous peine de furie irrépressible, l'épée de Damoclès déjà prête à te foudroyer. Dieu aux attributs humains qui porte les traces et les preuves de leurs crimes possessifs.

Je cherche Dieu partout dans leurs productions religieuses consuméristes comme on rechercherait une aiguë dans une botte de foin et ne trouve que les traces de leurs trahisons envers Le Divin. Ils ont attaché à nos cous la corde du chantage théologique et excommunient pour une idée trop spontanée. S’ils le pouvaient, ils t’auraient interdit d’inspirer l’air qui te fait vivre, sur décision despotique. Terroristes de l’âme, ils essaient de se convaincre eux-mêmes en te forçant à les croire.

Ils n’ont jamais cru aux 99 noms de Dieu, mais à ceux qui les définissent eux, pauvres humains. 



L.A