grincement

Leila Alaouf

mercredi 2 novembre 2016

Conférence à SciencesPo "Théories, pratiques et solidarités chez des féministes islamiques" (Vidéo)

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["Théories, pratiques et solidarités chez des féministes islamiques" ; Partie 4 : "Etre féministe et musulmane en France, et le concept de sororité"
Leila Aalouf est étudiante et travaille notamment sur les littératures féministes du moyen-orient. Elle est blogueuse et militante féministe mais également anti-racisme. Elle a co-fondé le collectif "Femmes dans la mosquée" il y a maintenant 3 ans. ]


A les en tuer (Contribution Alohanews)

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Derrière ce poème, les interrogations d’une jeune fille qui commence à se poser des questions sur sa féminité, sa spiritualité, son rapport à son corps. Et ce miroir qu’elle me tend , à moi qui n’ai pas réponse à toutes ses questions. Alors, il nous reste le cheminement. À elle, et à moi. [...]

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Derrière la tentation féminine, le tenté incontrôlé.

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"Mais même une poignée de mains, tu ne sais pas ce que ça peut déclencher dans la tête d'un homme!"

Voilà la courte interaction que j'ai pu avoir avec une connaissance. Une femme. C'est son choix, et je n'ai rien à en redire. Ceci étant dit,  après cet échange, je n'ai pu m'empêcher d'avoir une longue réflexion avec moi-même sur la lamentable représentation qu'avait cette femme des hommes, mais plus généralement, qu'avait toutes ces constructions de la masculinité lissée. Il est frappant de voir à quel point le féminin est au centre des questions de genre, que les démarches de recherches ne s'accrochent exclusivement qu'à la condition des femmes, lorsqu'il est question de l'interaction des deux dans une même société. Que si l'un se construit, l'autre se bâtit en opposition. Que par conséquent, déconstruire l'un ne se fait pas sans déconstruire l'autre. Cela ne revient pas à détruire l'altérité, qui est par ailleurs existentielle et inhérente à notre humanité.  Il s'agit plutôt de défaire l'étau strangulant qui nous limite et nous restreint, précisément, dans notre humanité, dans notre pluralité et notre singularité. Alors à chaque fois qu'un homme me dit qu'il ne sent pas concerné par ces questions, je manque d'étouffer. 

"Le féminisme ça ne concerne que les femmes", c'est chose connue, nous sommes les seules à pâtir des rôles restrictifs. Of course. Je me souviens de ces nombreuses polémiques qui ont surgi et continueront sans doute de surgir, une fois le moment politiquement opportun, autour du refus des hommes de confession musulmane de serrer les mains des femmes. 

"Mais monsieur, ma question est simple, est-ce que vous serrez la main des femmes?! Parce que dans notre pays, en France, on respecte les femmes, on leur serre la main!"

Ce que ces grands étalons du féminisme politique ont loupé dans ces affaires -et c'est une féministe qui vous le dit- c'est la dépréciation des hommes, par les hommes. Evidemment, je ne passerai pas les prochaines lignes à parler du frôlement particulièrement érotique de deux paumes prêtent à se prendre farouchement l'une contre l'autre. Au-delà de l'image biblique du féminin tentateur et faisant basculer l'humanité du paradis à la condition terrestre, c'est le tenté lui-même dont on ne parle jamais, et qui, pour une fois (si, si, je vous jure), m'intéresse. C'est l'image délirante que l'on a construit autour du masculin, de sa virilité incontrôlée, incontrôlable. Quand un homme accepte lui-même de se mettre dans la peau d'un monstre effarouché qui ne perçoit, même dans une ombre ou une silhouette féminine, que le vagin auquel elle renvoie. Ce prédateur insatiable désirant à satiété et que les littératures, le cinéma, la télévision n'ont cessé de rendre naturel et universel, à tel point que chaque homme ait finit par intégrer qu'il est un violeur potentiel. Et que cette potentialité ne devienne une réalité. 

Parfois je me demande si ce n'est pas trop épuisant de jouer constamment au "Plus... (rajoutez les qualificatifs et adjectifs que vous souhaitez)" . Entre les torses bombés d'Alerte à malibu et la puissance supposée du désir masculin qui se traduirait par une extrême fragilité (faiblesse) de l'esprit, prêt à sauter sur tout ce qui bouge, heureusement que les règles ultra restrictives sont là pour les dompter, ces pauvres démons du sexe. 

Leila.A

samedi 10 septembre 2016

Les malins petits

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Ils foisonnent sur le lit des questions inachevées,
Et s'alignent dans les couloirs de mon thorax,
Les malins petits démons qui
Prennent des minutes en otages,
Et profitent de l'ivresse des angoisses.
Leurs ongles qui s'accroche à la peau,
La douleur est un moindre mal,
Face aux polémistes qui s'agitent
Là où l'espace s'offre à eux :

Sur des longueurs arides,
Sur des espaces vides,
Des ciels dénués,
Des doutes exposés.

Partout où la barque penche,
Il s'y réunissent, sautillent,
Et la barque flanche.

Les malins petits démons s'accaparent,
Mes yeux,
Et y jettent la braise puis la cendre,
Ces choses qui me consument.

Les allègres démons,
C'est loin des foules qu'ils s'exposent
Sur des sommets intangibles,
Prennent de la hauteur,
Et se teignent de couleurs maussades,
Leurs doigts, longs et visqueux, se posent
Sur les cous,
De ceux qui s'y abandonnent,
Quand l'esprit se distrait,
L'opacité d'une nuit,
Ou pour une sombre vie. 

samedi 23 juillet 2016

Rechercher Dieu dans une botte de foin

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Ils parlent au nom de Dieu et se comportent comme des dominants à son égard ; tous porte-paroles auto-proclamés, ils lui revendiquent les dires et le châtiment comme on revendiquerait la pluie et le beau temps. Il nous appartient et ce n’est pas à Lui que nous appartenons. On le vêt de l’habit de la terreur qui est pourtant le nôtre et on déclare que le fouet à la main, il surveille nos moindres pensées, nos moindres doutes. On le couvre du vêtement de nos peurs et déclarons que ce sont les siens, jamais les nôtres. Dieu tout puissant, jusqu’à semer la crainte au plus profond de nos questionnements, qui finissent refoulés dans nos prisons limitantes. Ils te disent même que tu n’as pas le droit d'interroger son décret mais affirment que tu es pour Lui plus cher que tu ne le seras jamais pour tes propres parents. Pourtant, tes géniteurs semblent bien plus tolérants et doux à ton égard que l’image sadique qu’ils te dessinent du Très Grand. Car ceux qui t’ont mis au monde ici-bas t’aiment d’un amour inconditionnel et acceptent le reproche aussi injuste qu’il soit. L’amour est au-dessus de tout cela. La mère te pardonnera tes colères et tes trépas, t’ouvrira ses bras en réponse sacrificielle. Et malgré cela, ces fous te font croire que Dieu qui t’aime d’un amour qui dépasse celui des vivants te haïrait pour des confessions authentiques dirigées vers le ciel. Mais comment donc voudrais-tu qu’Il te réponde si tu ne le questionnes pas ?! 

Ils l’esquissent à leur image, impitoyable et terrifiant, la sentence déjà prête avant même que le destin ait écrit le péché. Pervers, Il t’aurait créé avec une raison naturelle et des doutes existentiels pour te demander ensuite de les étouffer de tes propres mains, sous peine de furie irrépressible, l'épée de Damoclès déjà prête à te foudroyer. Dieu aux attributs humains qui porte les traces et les preuves de leurs crimes possessifs.

Je cherche Dieu partout dans leurs productions religieuses consuméristes comme on rechercherait une aiguë dans une botte de foin et ne trouve que les traces de leurs trahisons envers Le Divin. Ils ont attaché à nos cous la corde du chantage théologique et excommunient pour une idée trop spontanée. S’ils le pouvaient, ils t’auraient interdit d’inspirer l’air qui te fait vivre, sur décision despotique. Terroristes de l’âme, ils essaient de se convaincre eux-mêmes en te forçant à les croire.

Ils n’ont jamais cru aux 99 noms de Dieu, mais à ceux qui les définissent eux, pauvres humains. 



L.A

mercredi 8 juin 2016

Maram al Masri : la poésie indisciplinée

2 commentaires :


La couronne de fleurs est à Maram al Masri ce que le chapeau est à Nothomb. Je la retrouve dans son café favoris à Saint-Germain. Ici, Les serveurs la connaissent et l’apprécient. Elle m’embrasse et me prend dans ses bras comme si j’étais une vieille connaissance. Pourtant, nous nous connaissons que par croisement de regards et par sourires interposés lors d’événements organisés pour la Syrie.  

« La poésie est un rendez-vous amoureux, et je me dois d’être en continuité avec ce que j’écris. Je cherche le beau partout dans ma vie. Tout comme j’écris pour mes lecteurs, je m’habille aussi par respect pour ceux qui me croisent. Je voudrais transformer les monstres en princes.»

Issue d’une famille musulmane de la ville balnéaire de Lattaquie, c’est très jeune que l’écrivaine connait l’exil. Son histoire ressemble à celle d’un roman Tolstoï. Eperdument amoureuse d’un jeune garçon chrétien, l’histoire ne tarde pas à arriver aux oreilles des services secrets dont la forte présence dans la ville relève d’une longue tradition du régime Assad. Dès lors, le chantage commence : 
« Sois tu espionnes ton entourage et tes voisins pour nous, soit on le kidnappe et en l'envoie aux frontières israéliennes pour qu'ils s'en occupent.»
Elle refuse et subit alors la désapprobation collective et le scandale dans une société où les femmes sont comme des voitures, « il y a celles qui sont neuves, et celles qui sont usées et bonnes à la casse. J’étais une voiture usée. » explique la poétesse. 

Elle abandonne tout pour vivre son histoire d’amour, de son université à sa réputation, jusqu’à ce que cet homme finisse par la quitter sous la pression de sa mère qui menace de se suicider s’il persiste dans cette relation avec une musulmane. C’est le grand pari manqué d'une vie. Et c’est aussi le début d’une longue relation avec les mots. "Je te menace d’une colombe blanche" est son premier recueil, que son frère, lui-même adepte de poésie, fera publier en Syrie.

« J’ai toujours été le second choix. J’étais trop brune pour être belle en Syrie. Ma tante me disait que maintenant, en plus d’être une marchandise de second choix, j’avais brûlé tout le peu d’atouts qui me restait. Pourquoi suis-je toujours un deuxième choix ? »

La jeune Maram al Masri accepte alors de se marier avec le premier homme qui demande sa main et se retrouve en France, avec à un homme qu'elle n'arrive pas à aimer, mais fuyant le scandale et les menaces du régime. Elle ne parle plus l’arabe et ne maîtrise pas le français. Elle se morfond dans un mutisme pendant quelques temps, avant de se réconcilier avec sa langue natale et d’adopter le français. D’ailleurs, tous ses recueils sont bilingues, elle ne traduit jamais ses poèmes, elle « accouche de jumeaux dans deux langues différentes » comme elle aime à l’expliquer.

Puis un divorce. Et un enfant kidnappé à sa naissance par son père et qu’elle ne reverra que cinq ans plus tard. Dans ses poèmes, la figure maternelle est omniprésente, entre les lignes et dans les métaphores. Elle écrit alors « le Rapt », à l’encre de ce trauma maternel.

« J’ai porté mon fils neuf mois de ma vie et je suis restée allongée 5 mois, comme un meuble. Et après tout ça, on me l’enlève, comme si je n’étais rien, comme si je n’étais qu’une poule pondeuse. »

Envers et contre tout, elle est éternellement à la recherche de l’amour. La seule chose qu’elle dit pouvoir enseigner, c’est l’amour et elle l'admet, elle a viscéralement besoin du regard de l'homme.
« J’ai vécu dans une société où les femmes ne sont rien sans un homme pour les décorer, un homme en étendard. »
Je ne peux m’empêcher de lui demander s’il lui est possible de s’envisager au-delà d’un statut de mère, d’épouse, ou d’amante ? 
« Mais je suis tout cela à la fois, ça fait partie de mon histoire et je ne peux pas y échapper. C’est un jeu de rôles, je suis tour à tour chacun d’eux et à la fois je suis tout ça en même temps. Peut-être que si j’avais vécu une histoire différente, j’aurais appris à être plus indépendante de ces rôles. Mais c’est mon histoire... »
Toutefois, l’écrivaine ne verse pas dans des généralisations faciles et la haine. Elle sait le pouvoir de la récupération, les clichés exotiques et le paternalisme très présents en France.  Elle déclarait il y a peu dans une interview accordée au Figaro « Je ne suis pas Shéhérazade. Elle utilise l'imagination, quand je me sers de l'émotion et ancre mes poèmes dans la réalité."

Tiraillée de tous les bords, elle ne trouve sa place d’écrivaine nulle part.

« Je suis critiquée et délégitimée de toutes parts. D’un côté, la sphère littéraire arabe trouve ma poésie trop facile, trop simple, à l’inverse de toute cette tradition très virile de musculation linguistique et de déblatérations impressionnantes à la Nizar Kabbani et Mahmoud Darwich. Et de l’autre côté, je suis méprisée par le champ littéraire français qui pense que si je suis là, ce n’est que grâce à mon physique, à mes long cheveux noirs, à mon exotisme ou pire, pour remplir les quotas de femmes poètes.

Je ne pense pas que le machisme soit propre aux arabes. Ça fait trente ans que je vis en France, et comme je viens de l’expliquer, beaucoup pense que je n’ai pas ma place en tant que femme poète et plus encore en tant qu’arabe. Mon recueil « cerise rouge sur carrelage blanc » a été certes censuré en Syrie, mais il est aussi considéré comme provoquant en France. Pourtant je n’aime pas la provocation et je pense que chaque écrivain a une responsabilité politique. Je ne crois pas en la liberté absolue qui mène à des dérives comme le dernier livre de Houellebecq. Tout ce que j’ai fait en écrivant ce recueil, c’est parler de mes ressentis, de mon vécu de femme. Mais apparemment, c’était déjà beaucoup trop, en France aussi. Je ne dis pas que mes textes sont féministes, mais je parle de voix féminine. Je n’aime pas l’image que renvoient les féministes en France et leur obsession de l’islam. Qu’elles balayent devant leur porte d’abord ! Pour autant, je resterai toujours révoltée contre les violences faites aux femmes et l’inégalité universelle qui régit les sociétés. »
Malgré ce désir de délégitimer par certains, les recueils d'al Masri sont traduits dans 19 langues et ont reçus une dizaine de prix littéraires. 

Vous l'aurez compris, Maram al Masri, c’est la nuance. 

Au fait, on me murmure à l’oreillette qu’elle serait en lice pour le prix Nobel de littérature… Affaire à suivre !



Leila Alaouf
Entretien fait le 07/06/2016