grincement

Leila Alaouf

vendredi 28 décembre 2012

Petite foule

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Comme on se retrouve,
Mots abandonnés.
Trop longtemps errants entre les noirceurs de mon esprit,
Je vous inflige aujourd'hui l'existance.

Jetés,
Vous êtes à présent réels.

Il est vrai que j'éxerce sur vous maintes tortures,
Il est vrai que parfois, sur vous je met un voile.

Pardonnez moi pour si peu d'égards,
Mais il est plus facile de vous gardez,
Que de vous cracher,
N'est-ce pas là une part de trahison?

Je me vide de mon âme à vous garder,
Je me vide d'âme à vous cultiver,
Intérieurement.
Ces mots cachés s'avèrent être,
Nuisance et sombreur,
Insectes rongeurs,
Toute cette foule est insupportable.


Des lettres sur page blanche me fuient.
Sûrement le temps me fera perdre l'éclat,
Mais jamais de ces mots,
Il ne retirera la vie.

Demain,
Qu'aurai-je à perdre ou à gagner?
Que deviendra ma peau ridée,
Mon corps déformé,
Mes yeux ternes?
Rien.


seules ces petites foules capricieuses resteront,
Jeunes et inchangées.

Je vous donne alors vie sans contre partie,
Sortez de mes entrailles et soyez là,
Allégez-moi et assouvissez le besoin du papier.




Leila Al-Aouf

mardi 18 décembre 2012

A ta santé, je boirai

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Toi ma belle en qui dort un parfum sacrilège
J'aurai un jour le temps de humer,
Chaque partie qui te compose,
Entre quelques fleurs et quelques pavés aussi,
J'aurai un jour le soin de te garder,
De te protéger de tout regard jaloux,

Toi ma belle, il te suffit que tu sois pour que moi je sois,
Toi ma belle, tu ne te rends pas compte,
Tu ne sais pas,
Tu ne vois pas l'enfer de ton abscence,
Egoiste que tu es,
Jamais tu ne viendras à moi,
De toi, de douceur..
Tu me demandes tout,


Mais que te faut-il,
De plus?
De moins?

Et chacune des pierres qui garnissent ces terres,
Je les ai tâché,
Et j'ai offert aux sombreurs de la terre,
Mon fils,
Mon amant et mon mari,

Que te faut-il,
De plus?
De moins?

J'ai accepté de sortir pour toi,
Ce que jamais je n'aurai fait pour homme,
J'ai crié et j'en ai perdu ma voix.
Comme une mère berce son fils,
Je t'ai bercé entre mes bras,
Et toi ingrate,
Tu ne me réponds pas,

Que te faut-il,
De moi?
De nous?

Ma foi, je l'ai cultivé pour toi,
Je me dévoue à toi,

Que te faut-il,
De plus?
De moins?

Tu me veux toute entière,
Ou tu ne veux rien,
Et je te comprend,
Car je suis femme,
Je comprend tes jeux de séduction,
Tes faux airs indifférents,
Ton orgueil,
Ainsi que ta valeur.

Tu n'appartiens à personne,
Tout le monde t'appartient,

Ma belle capricieuse,
J'aurai le temps de boire à ta santé.

mardi 27 novembre 2012

Norias

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Rien ne s'est passé à Hama,
Il y a trente de cela.

Ni l'Homme n'a été sequestré,
Ni même l'Histoire n'a été rayée
Ni du haut des minarets,
Les appels à la prière n'ont été éffacés.

Jamais dans cette ville,
N'ont déambulé les fantômes de ses habitants,
Ni les cris n'ont retenti entre ses murs blancs.
Jamais cette ville n'est devenue une île,
Flottant dans son sang,
Coupée de compassion et d'humains sentiments.

De quelles Norias me parlez-vous?
Existent-elles vraiment?
Et  tout cela n'est-il donc pas que fiction?

Peut-être ne s'agit-il que d'un sombre rêve?
Peut-être que demain,
Toutes ces plaies hémoragiques ne seront plus,
Peut-être que ces enfants, demain,
Cesserons d'être orphelins?
Peut-être que bientôt,
Les morts et les carcasses redeviendront humains.
Oui, peut-être!
Peut-être que tout cela, vraiment,
Est sans aucune malveillance,
Peut-être le monde n'est-il qu'aveugle?
Peut-être que ce monde
-sans aucune malveillance-
Souffre d'un handicape dont il  n'est responsable?

Peut-être ai-je acquis la conviction,
Que je lui cracherai indéfiniment dessus.

dimanche 4 novembre 2012

Brise

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Une lointaine fin de décembre à Damas,
Et un vent glacial.
Les détonnements qui annoncent l'eid, et la larme de ma mère
Qui depuis vingt ans, ne les avait pas entendu.
Les souks à craquer,
Les gens achètant les vêtements neufs.
Les infinies files d'attentes chez les traîteurs et les pâtissiers.
Les gâteaux de miel,
Semiramis,
Les beignets au sucre.
Le vieux souk Hamidiyeh envahit d'une foule se pressant vers les épices,
Vers les sucreries,
Vers les tissus.

j'aurai pu inspirer une bouffée d'air parfumée au Jasmin,
A nouveau.
J'aurai pu redécouvrir ces impasses,
comme une première fois,
et jubiler sous l'odeur florale qui marque mon arivée en ces lieux,
Regarder ces infinis points de lumières verts qui décorent la capitale,
Déguster un sirop de mûres damascènes,
Sur le balcon,
et lire quelques pages de Coran
Tôt le matin,
Alors que le vent n'est pas encore trop chaud.

Mais, voilà que depuis mille ans,
L'air à Damas est brûlant,
Est glaciale
Il ne caresse plus,
Le vent fracasse.
Il traîne avec lui l'odeur du crime,
Le vent sent la rouille.

mercredi 10 octobre 2012

Ellipse

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Au bout de ses doigts, les ongles n’existent plus, ses doigts sont nus. Les marques sur son dos dessinent en rouge la carte du pays trop longtemps fouetté.
Sur le bas de ses pieds, quelques témoignages des silencieux et amers fils, détournés de leur usage habituel.
Il est tout seul à être rentré, et c’est très peu pour mère Humanité.
« Qu’ont-ils fait ? » lui demande-t-on, « Où sont les autres ? », et avec lassitude et monotonie, il répond.

Et sa mère pleure et l’Histoire prend simplement note, tandis que d’autres lions dégustent telle de la chair, les litiges d’une enfance saccagée.

jeudi 16 août 2012

Comment puis-je nous défendre si..

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Comment puis-je nous défendre si aux barbes s'accompagne parfois la brutalité, si nous ne savons pas communiquer, si nous ne faisons que crier, réagir, menacer ou insulter?

Comment nous défendre si, supérieurement, nous parlons de mécréants, de blancs, d'égarés, sans aucune ombre de pudeur?

Comment prendre notre défense, si nos plus petits apprennent à cracher sur nos plus grands?

Comment prendre notre défense si même entre nous, nous nous excommunions, nous nous maudissons, nous nous cassons, et nous nous blessons, nous nous méprisons, nous jalousons, nous nous envions,  et nous nous  rabaissons?

Comment prendre notre défense, si tout ce que nous disons, toutes ces valeurs que nous brandissons fièrement comme des paons, ne nous servent que de meubles et de décoration?

Comment pourrais-je nous défendre, si même ce voile normalement signe de piété et de soumission au Divin, est aussi sale et noir et hypocrite?

Comment puis-je nous défendre si, comme on classifie les races, on se classifie selon le degré de piété jugé? Mais qui est le pieux et qui ne l'est pas?

Comment puis-je nous défendre raisonnablement si, en effet, un sexisme latent s'est depuis longtemps installé?

Comment voulez-vous que je nous défends sans sourire,  si le porc est haram, et l'alcool, la médisance, le mauvais caractère,  est devenu halal?

Le chemin est encore long pour gagner un semblant de crédibilité.. Mais ne nous arrêtons pas pour autant.

Comme je comprend Cat Stevens (Youssof Islam) quand il a dit "je suis heureux d'avoir connu l'Islam avant d'avoir connu les musulmans"

Pelote

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Il y a des fois où, convaincue que l'instant présent n'a pas de sens, et en étendant l'instant présent à mon existence par mon hyper-émotivité, je me dis qu'il me serait plus facile de n'avoir jamais vu le jour, et je tombe dans un pathétisme puéril et redondant. Je pousse alors plus loin et me met face à mes désirs éphémères.
Aimerais-tu, là, tout de suite, ne plus exister? je réfléchis quelques traîtres instants, et l'idée m’horrifie quelques secondes. Que de paradoxes je suis faite!
Bien, l'idée me révulse forcément parce que mon existence a bel et bien un sens.
Le problème en soi n'est donc pas "si je veux", mais "pourquoi je veux?". Cela permet de border légèrement cette pelote de fil que mon âme traîne comme un fardeau. Toujours habituée à un cadre de raisonnement apprécié, j'ose m'aventurer dans le risque de certaines questions vertigineuses. Si longtemps sûre, je me demande si j'ai le droit de penser ainsi avant toute réflexion, et il est difficile de se libérer de ce "moi" en façade que j'ai déjà abordé.
Avant la phrase précédente, je me suis demandée si elle serait bien perçue, aperçue, puis ai-je fini par l'écrire en me demandant, comment pourrai-je être vue par moi-même, si je ne la formulais pas.
Je l'aurai donc compris, le problème ne provient certainement pas des autres, mais de moi  et moi-même.
En réalité, les autres ne sont qu'une poudre d'ombre négative qui amplifie l'essence du problème, et c'est ici que se positionne l'horreur dans mon intrigue. Mais je m'écarte du sujet, sans doute une ruse de mon inconscient afin d'interrompre intelligemment l'enchaînement de mes idées. C'est vrai, j'ai l'habitude de tout dissocier, ce texte sur ceci, et cet autre texte sur cela, mais en réalité je meure d'envie de tout mélanger, tous les thèmes et toutes les pistes, car tout en moi sait que chaque facette de ce que j'écris résulte d'une sensibilité qui elle même provient d'un vécu. Or, toutes ces sensibilités relèvent d'un seul et même vécu, le mien. Pourquoi ne pas tout mélanger alors?
Je pourrais donc aborder mes obsessions, mes craintes, voir mon mauvais moi.. pourquoi pas?
Non, en toute honnêteté ce qui me hante est le vice humain. Bien sûr, sans vice, il n'y aurait pas besoin d'humanité, sinon tout irait bien. Cela me rassure de raisonner ainsi, pour le moins.



lundi 23 juillet 2012

En ce qui concerne mon Moi ...

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 En toute honnêteté avec moi même
-La nuit me le permet-
Durant ces deux heures de répit,
Aucune oreille n'est tendue,
Entre mes prières de nuit et celle du crépuscule,
Nul œil n'est touché par la curiosité.

Alors je converse avec mon Moi,
Trop souvent mis à l'ombre par moi-même.
"Alors mon Moi, que se passe-t-il ?
Toi qui si confiant parlait de vérité de pierre,
De victoires et de prières,
Voilà qu'aujourd'hui tu arrives incertain,
Car entre temps,
Les jasmins ont été arrachés,
Les minarets ont été violés,
Les enfants de la grande Chaam égorgés ."

Ma vérité se fait moins forte,
Moins confiante et plus tolérante.

La fougue est passée,
Et il ne reste plus qu'une méditation,
Douce et lente et défiant mes ennuyantes rhétoriques.
Défiant vos ennuyantes rhétoriques.

Ö monde qui perd sa sensibilité,
Ö monde qui troque l'enfant pour la victoire,
Sommes nous réellement héros de notre histoire ?
Ils ont vendu leur chair pour le pouvoir,
Et nous,
Nous avons échangé nos larmes contre les cris de guerrier.
Le sang purifie-t-il sincèrement notre combat ?
Ou n'est-t-il qu'une cicatrice de plus dans un puits de douleurs ?
Se peut-il qu'un prix soit trop lourd ?
Une fin glorieuse ne pourra t-elle jamais consoler,
Mère et père et orphelin et cœurs abandonnés ?

Sans oser vous trahir,
Je ne peux que me révéler ;
Rien ne pourra soigner le chagrin de ceux qui aiment,
Ni de la mère aux larmes tâchés du sang de son enfant,
Ni même du petit perdu dans les épines de la vie.
Rien,
Ni votre victoire,
Ni leur mort,
Ni leur survie,
N'y a t-il plus rien à perdre ?
Plus rien à gagner ?

Et mon Moi en a assez de tout cela,
Ne revenons pas en arrière,
Mais ne pataugeons plus dans le sang,
Et réapprenons à pleurer,
Non pas sur nos pertes,
Mais sur nos âmes qui dévalorisent nos pertes.

Et demain je me réveillerai,
Aux côtés de mon petit moi mensonger,
Et je continuerai à espérer,
Et pour de vrai,
Que parvienne la victoire,
Non pas pour la victoire,
Mais pour que les os cessent de se broyer,
Et pour que les âmes puissent,
Enfin,
Reposer en paix.


Leila Alaouf

samedi 21 juillet 2012

au fond à gauche

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Au fond à gauche,
Ce petit point,
Qui noirci le long du chemin,

Gomme, et il replonge.
Coriace,
Petit point s'accroche,
Tisse des attaches et des ombres,
Puis les effiloche.

                                                      
                                                      Errant dans le Moi du néant,
                                                      On plonge et on se cache,
                                                      Mais jamais on ne lui échape.

                                                      Des années de sérénités,
                                                      Nous y préparent .
                                                      Et dans l'incompréhension,
                                                      La fuite.

                                                      Comme si elle existait ,
                                                      La fuite,
                                                     Cet éphémère instinct,
                                                      Rivalisé par mère réalité.
                                                      
                                                      Mes mots sont une prière,
                                                    A des coeurs qui ne savent méditer.


                                                     

vendredi 6 juillet 2012

rides enfantines

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Je suis ce petit enfant,
Qui a vieilli avec le temps.
Sous les décombres,
Je ne ressemble plus à grand chose.
Je suis ce qu'on appelait un enfant,
Fragile et innocent,
Aujourd'hui, résidus de chair et de sang.

Je ne suis ni politicien,
Ni même opposant,
Je ne crois plus vraiment aux grands,
Qui, abusant de ma confiance,
m'ont mis face au vent.

Ces pleurs sont-elles celles de ma mère?
Ou celle d'Humanité?
Humanité, s'il te plait,
Retrouve ton chemin et vient me chercher.
Humanité si tu existes,
Cesse de te cacher,
Humanité, si tu te joues de moi,
Sache que j'ai mal,
Sache que je souffre,
Et que je ne plaisante pas.

Je suis, comme un vieillard,
Rongé par la vermine et par les rats,
J'ai rejoins les ténèbres de la terre,
Qui n'épargnera que mon âme,
Qui dévorera mes os.
Sous cette terre qu'on vous a confié,
Que vous avez violé,
Mon coeur s'est arrêté de battre,
Mon coeur vous hait.


A Chahed, à Hamza, Hajar et à tout ces petits oiseaux qui resteront éternellement beaux et innocents. Vous resterez dans nos coeurs.


Leila Alaouf

jeudi 5 juillet 2012

Zahra, Ou l'Esclavage des temps Modernes (3e et dernière partie)

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Il est si facile de blesser la dignité d'une personne à tort, et si difficile d'avouer ses erreurs.

Cet evènement n'avait fait que cultiver une certaine révolte interieur en moi, et certaines questions troublaient ma naiveté. Du haut de mes 16 ans, je ne comprenais pas pourquoi et comment pouvait-on être si insensible. Il s'agissait d'une jeune fille qui aurait très bien pu être Marwa, la fille de ma tante, ou moi. Ma tante n'était ni cruelle, ni sans coeur. Il lui manquait seulement une certaine sensiblité, et toute notion de justice passait après son orgueil personnel. Elle est en réalité une caricature des populations orientales actuelles. Peut-on dire que toutes ces populations sont cruelles? certainement pas. Je pense simplement qu'il y a une culture de la supériorité et de l'orgueil qui dépasse malheureusement les principes de l'Islam et ses limites.  Les mentalités écrasent la religion pour ne laisser de celle-ci que les apparences. Voilà la triste réalité de nos doux pays.


C'est ainsi que nous créons le destin de ces personnes. Nous envisageons ce qu'elles ne sont pas jusqu'à ce qu'elles même se persuadent de ce qu'elles ne sont pas, et c'est à ce moment là qu'elles finissent par le devenir vraiment.

Zahra passait des journées entières à faire ce qui lui était officiellement confié et ce qui ne lui était pas, à supporter ce qu'elle devait officiellement supporter, et ce qu'elle ne devait pas. Elle devait nous servir jusqu'à des heures très tardives qui pouvaient dépasser minuit. Il arrivait parfois qu'elle nous accompagne lors de nos sorties familiales.
Ainsi, elle nous accompagna au très prisé Beit Al Cham, un restaurent installé au coeur d'une ancienne demeure damascène, grandiose et transformé depuis quelques années en restaurent. Ma mère, par son tempérement conciliateur évitait d'entrer en conflit avec sa belle famille, quelle que soit la situation. Cependant, la vue du petit bol de riz servi à Zahra à cette occasion, contrastant avec la longue table servie et bien garnie, ne la laissa pas indifférente. Pourtant, Zahra ne manquait généralement pas de nourriture chez ma famille, mais ce petit bol qui lui avait été servi paraissait davantage comme un symbole, dans ce restaurent considéré comme chic. Encore un symbole de plus.
Ma mère se risqua à un timide "elle ne mange que cela?", et ma tante qui s'empressa de dire d'un air fier et sûr "nous nourissons convenablement notre bonne, ne t'en fais pas!".
Voilà à quoi se résumaient souvent les réponses.

Un soir alors que nous discutions dans cette petite pièce du balcon, petit refuge qui cultivait notre amitié, je détachais un bracelet en argent de mon poignet et lui offrais. Je désirais lui offrir un objet qu'elle puisse garder et porter. Je ne pensais pas que ce geste pouvait avoir un impacte aussi important sur le déroulement des choses, cet été 2009. Je ne pensais pas qu'il était plus difficile de reçevoir que de donner. En réalité, donner est un bien égoiste geste, c'est un plaisir égoiste que l'on recherche.
Zahra était visiblement émue par ce geste, et je n'en pouvais être que plus heureuse. Elle m'avait déjà dis précedemment que sa fille porterait mon nom, et ce fut pour moi un réel plaisir intérieur que de sentir l'impacte que pouvait avoir une sincère amitié. J'avais depuis longtemps dépassé ce stade de curiosité et considérais Zahra comme une amie. C'était mon amie, au même titre que mes amies qui n'étaient pas bonnes à tout faire, au même titre que mes amies syriennes, issues de la petite bourgeoisie.

Cet été fut différent des autres, nous avions décidé de nous déplacer, pour une fois, et d'aller visiter la ville de Lattaquié, sa mer, et ses forêts paradisiaques. Il allait de soi que Zahra devrait venir avec nous, elle ne pouvait évidemment pas rester seule dans l'appartement.  Elle dormirait donc dans la même chambre d'hôtel que ma cousine et moi. Tout le monde était excité et je crois que Zahra elle même oubliait son statut d'employée, de bonne à tout faire. Nous nous balladions, rigolions, discutions, sans la pression qui était normalement présente en temps normal à l'appartement. Ma tante elle même paraissait plus souple avec sa bonne.
Il y avait de petits magasins touristiques près de l'hôtel, avec tous les fameux coquillages gravés et bouteilles remplies de sables que chaque touriste qui se respecte devait acheter. J'avais repéré un magnifique coquillage que je comptais faire graver à mon nom et à celui de Zahra afin de lui offrir. Peut-être était-ce de trop? Comment réagit une personne qui n'a jamais rien reçu lorsqu'elle reçoit soudainement plus que ce qu'elle attendait? je n'y avais jamais pensé à vrai dire, en tout cas, pas à ce moment là.


Quelques jours après notre retour de Lattaquié,  Zahra m'avait appelé à la rejoindre dans sa petite pièce du balcon. Elle voulait m'offrir quelque chose aussi. elle me tendit alors une petite boîte bleue marine que je m'empressais d'ouvrir. A l'intérieur, un bracelet en coquillage, joliement ficelé.
Je ne m'attendais pas à ce qu'elle m'offre quelque chose en retour. Je la remerciais profondément et le mis dans mon sac.
Seulement avant que quitter la petite pièce, elle me prévint que ce cadeau devait rester un secret entre nous, et que je ne devais le montrer à personne, en aucun cas. Sans vraiment me poser de question, j'approuvais et sortais de la pièce pour passer du temps avec ma cousine Marwa.
Une fois dans la chambre de ma cousine, je sortis naivement l'accessoire de mon sac et lui montrais, touchée par le geste de Zahra. Tout de suite, les yeux de Marwa s'écarquillèrent. Je ne comprenais pas.
En réalité, le bracelet de coquillages était celui de ma cousine, zahra lui avait volé.
Je compris soudain pourquoi elle désirait que je cache le bracelet.
Sans réfléchir, je me dirigeais vers la petite pièce et demandais des explications. Elle jurait ne rien avoir volé. Mais je savais qu'elle mentait. Ma première réaction fut de faire promettre à ma cousine de ne pas en toucher mot à sa mère, car je savais très bien jusqu'où cela pouvait mener. Malheureusement, il est difficile pour une enfant de 12 ans comme ma cousine de cacher ce genre de chose à sa mère. 
Le jour d'après, tout le monde était au courant de ce vol.


Voilà, c'était fini. Ma tante avait gagné en quelque sorte.
Zahra n'avait pas le droit à l'erreur, sinon elle perdait toute légitimité.
Ma tante demanda à me parler. J'eu le droit à tout un discours portant sur les énormes différences qui se posaient entre Zahra et moi, que nous venions de deux mondes différents et que par conséquent une telle amitié n'était pas possible. Je comprenais qu'on me demandait de prendre mes distances. Ma tante en a aussi profité pour mettre l'accent sur ma trop forte sensiblité, et ne manqua pas de me prévenir des dangers que pouvait présenter une âme trop sensible.

Ainsi en était-il, et ainsi s'achevait l'été.
Quelques temps plus tard, La bonne à tout faire fut licenciée.

Zahra, par soucis de me rendre la pareille mais surtout par amitié, voulait m'offrir ce qu'elle ne possédait pas. La misère pousse au péché, et si la misère est là, nous ne pouvons en vouloir qu'à nous même. Cette jeune femme était-elle vraiment responsable de ses actes? Les choses se seraient-elles déroulées autrement si ne nous l'avions pas accusé de vol avant qu'elle ne vole? Si nous lui avions offert un petit plus de dignité? Ce n'est pas l'argent ou le manque d'argent qui corrompt une âme, c'est sa dignité lorsqu'elle est blessée. Aujourd'hui, je n'ai rien à pardonner à Zahra malgré les excuses qu'elle m'a présenté, mais tout à repprocher à d'autres.

mercredi 4 juillet 2012

Zahra, ou l'esclavage des temps modernes (partie 2)

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Nous parlions de plus en plus au fil des jours et je ressentais le malaise que cela créait du côté de ma tante. Il n'était pas approprié de distraire la bonne à tout faire, elle pourrait alors prendre confiance et devenir sournoise.

Afin de ne pas attirer tous les regards, nous avions pris l'habitude de discuter dans sa minuscule pièce dès que le poids des tâches quotidiennes lui laissait un peu de répis. Dans cette petite pièce, j'apprenais un passé sombre qui devait sans doute ressembler à celui de milliers d'autres bengalaises, indiennes, malaisiennes, ou indonésiennes. Des histoires dont je n'avais entendu d'équivalent que dans des films ou dans des documentaires télévisés. Des histoires de coeur qui finissaient par des fusillades, des rançons et des menaces.
Heureusement, il restait tout même une touche d'espoir même chez les loups;  Zahra était fiancée.  Elle voyait à travers cet homme qu'elle aimait sincèrement une sortie de secours, une solution à sa misère, et l'espoir de vivre un futur plus joyeux. Il l'appelait de temps en temps sur le téléphone fixe de ma tante, et lui envoyait des messages en langue anglaise sur son téléphone portable, qu'elle demandait à ma cousine ou à moi de lui traduire. Elle comptait se marier dans quelques mois et abandonner définitivement la vie de bonne à tout faire. Elle vivrait alors chez son mari, mais devrait tout de même prendre en charge la maison de sa belle famille.


J'apprenais aussi qu'elle n'en était pas à son premier contrat, mais qu'elle avait
commencé à travailler au Liban il y a cinq ans déjà. Elle faisait partie de ces enfants qui ont du se salir le front trop tôt. Elle comparait souvent sa situation actuelle avec  son contrat au Liban au sein d'une famille qu'elle semblait apprécier énormément. Elle ne pouvait s'empêcher de comparer le comportement de ses anciens employeurs au comportement de ma tante. Je savais qu'elle avait raison de se plaindre.  Ma tante était par nature une femme dure et son tempérement difficile s'accentuait quand il s'agissait de Zahra, car s'ajoutait à son mauvais caratère, un mépris et un racisme à peine caché à l'égard de sa bonne. Se rajoutaient aussi à cela les restrictions vestimentaires qui forcaient Zahra à porter des vêtements toujours un peu abîmés, jamais vraiment esthétiques, alors qu'elle avait pourtant tout ce qu'il fallait. Il s'agissait ici d'éviter toute concurrence au sein du foyer. La jeune Bengalaise était souvent la cible de toutes les foudres et parfois des insultes, que ma tante prenait le soin de dissimuler devant mes parents et moi. Je n'étais pas à l'abri non plus de ses remarques accusatrices, qui insinuaient que mon amitié pour Zahra était une désobéissance flagrante.


Pour être juste des deux côtés, il arrivait quelques fois qu'une bonne ambiance s'installait entre l'employeur et sa bonne, mais cela était tout de même rare. De plus, Zahra avait l'interdiction de sortir seule, même dans le quartier. Son passeport et ses papiers lui avaient été retirés dès son arrivée à l'aéroport, pour s'assurer que celle-ci ne prendrait pas la fuite. En réalité, Zahra me faisait penser à une enfant en cage, elle était considérée comme irresponsable, et ne pouvait jouir de ce qui parraissait le stricte minimum de ses droits. Toute ballade était interdite, et toute sortie entre amis. Il n'y avait là rien d'un contrat de travail, il s'agissait d'une exploitation pure et simple, pour ne pas employer le terme d'esclavage.


Il m'arrivait d'aider Zahra à débarasser la table ou à faire la vaisselle, mais ce comportement déplut très rapidement. Ma tante ne tarda pas à me prendre de côté pour me demander à quoi cela rimait, et que Zahra était là pour faire ce travail. Par soucis d'éviter tout conflit, je répondais simplement que je ne faisais cela que par habitude, comme je pourrai le faire chez moi.

Un des premiers tournants de cet été et qui me permit définitivement de réaliser la gravité de l'injustice subie par Zahra, a été une accusation à tort. Un jour, alors que je m'appretais à quitter l'appartement, je me rendis compte que mon mp3 n'était plus dans mon sac. Il ne pouvait être perdu car mes déplacements à Damas se résumaient souvent à la maison de mes grands parents et l'appartement de ma tante. Très rapidement, l'histoire pris une grande ampleur. Ma tante n'hésita pas à mettre au premier banc des accusés, Zahra, la bonne à tout faire, forcément bouc émissaire. Moi qui n'étais pas au courant de la tournure qu'avait prise les choses, je découvris ce qui s'était passé le jour d'après. Un réel interrogatoire avait été mis en place, et une pression psychologique énorme pesait sur la pauvre bonne qui était incapable de donner l'emplacement de l'objet. Après plusieurs heures, ma tante avait fini par retrouver le mp3 caché dans les affaires de ma cousine, qui me l'avait dérobé afin de l'utiliser en mon absence. Aussi simplement, l'affaire était close. Je ne sais pas si des excuses ont été prononcées envers Zahra, mais je ne peux que deviner leur abscence.  Il est si facile de blesser la dignité d'une personne à tort, et si difficile d'avouer ses erreurs.


mardi 3 juillet 2012

Zahra, ou l'esclavage des temps modernes (Partie 1)

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tout ce qui est ici présent écrit est tiré de faits rééls. Les noms des personnages ont simplement été modifiés afin de respecter l'intimité des concernés.
Ce qui est recherché à travers la rédaction de cette série de textes, est de dénoncer un fléau qui s'installe depuis plusieurs années déjà au sein de certains pays arabes et que j'appelle personnellement l'esclavage des temps modernes. Il s'agit en fait de l'exploitation des femmes et des hommes d'Asie du Sud-Est, dans les pays du Moyen-Orient ainsi que du Golfe. Les femmes sont utilisées comme bonnes à tout faire, et les hommes se voient très souvent confier la tâche de chauffeur, de jour comme de nuit. On ne peut pas parler ici de contrat de travail, pour la très simple raison que le contrat n'est respecté que d'un seul et unique côté. Aucune réélle limite de temps de travail n'est fixée, les besoins élémentaires de ces personnes venues travailler sont très souvent bafoués, et il arrive fréquement qu'elles soient victimes de violences physiques ou verbales.
Les faits énoncés ci-dessous se déroulent un été 2009 en Syrie à Damas, chez des membres de ma famille qui possédaient eux aussi une bonne à tout faire, que j'appelerai Zahra.

Cela faisait un moment que je l'observais, sans vraiment vouloir lui parler. En réalité, j'apréhendais la réaction de ma tante si je me mettais à lui adresser la parole.
Elle paraissait plutôt jeune, et portait un voile blanc et un t-shirt qui laissait entrevoir la finesse de ses bras. Son visage noir aux traits fins et plus ou moins réguliers s'adoucissait lorsqu'elle souriait et qu'elle montrait ses petites dents jaunies. Zahra était timide et ne s'était pas encore habituée à la vie dans le très grand appartement de ma tante et de son mari. Ce qui me poussa à lui parler pour la première fois a sans doute été le fait d'avoir vu une cousine lui adresser la parole, d'un air amical. J'aimais me risquer à faire tout ce qui déplaisait à ma tante, mais j'avais aussi une sincère curiosité à l'égard de cette jeune femme.


Ainsi, je décidais de m'approcher d'elle doucement, un sourire réconfortant aux lèvres, et abordais la conversation avec elle, tandis qu'elle préparait le déjeuner.  La première chose qui me percuta a été son très jeune âge. Du haut de ses 19 ans, Zahra devait déjà quitter sa famille et ses amis pour ne les revoir qu'après plusieurs années, si son maigre salaire le lui permettait. 19 ans, c'était  trois ans de plus que moi, trois ans seulement. 19 ans, ça serait mon âge dans trois courtes années.
Nous étions contentes de nous parler, l'une comme l'autre, dans un langage arabe bricolés et mélangé à des signes lorsque le vocabulaire manquait. Petit à petit, le conformisme des débuts s'éffaça, et nous abordions déjà des sujets qui concernaient sa vie en tant que bonne. Elle se plaignait du nombre d'heures de travail qu'on lui imposait, quand à moi, je la plaignais en découvrant ce qui lui servait de chambre à coucher. Zahra dormait dans le balcon, dans une minuscule pièce isolée, afin de lui approter un minimum d'intimité et de la protéger, un petit peu, du froid hivernal. Mais il était facile de deviner que le piteux état de ses fenêtres coulissantes ne permetait pas une réélle isolation. Il y avait tout juste de la place pour un canapé clic-clac qui lui servait de lit, une radio, et sa valise.

Nous parlions de plus en plus au fil des jours, et je ressentais le malaise que cela créait du côté de ma tante. Il n'était pas approprié de distraire la bonne à tout faire, elle pourait alors prendre confiance et devenir sournoise.. .


lundi 2 juillet 2012

Au Quartier Des Expatriés.

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Ca y est nous y sommes,
A la frontière,
Près du mont Qasyoun,
Je brûle d'impatience,
Je brûle toute entière,
Je suis traquée,
Je sais que c'est risqué.


Pourtant, je prend la route,
Celle de mes grands-parents,
Celle des odeurs chocolatées,
Des odeurs de dragées,
Des senteurs de jasmin,
Tout près de la mosquée.
Ils sont derrière moi,
Ils vont me capturer,
J'y perdrai la vie.
Et la mort ne résiste pas à la nostalgie.

L'envie est immense,
Et nous tremblons à l'idée de rentrer,
De retrouver les lieux délaissés,
Ces lieux arrachés.

Pourtant, nos pas nous ont devancé.
Mais aucune joie n'est épurée,
Nous sommes suivis par ces fantômes,
Par ceux qui égorgent et ceux qui tuent,
Nous rentrons chez nous sans permission,
Sans leur permission.

Extase et transe,

Je touche ces sols carrelés,
Je sens l'odeur des escaliers marbrés,
Et même ses cafards me manquent,
Même la poussière décorant les meubles.
Est-il possible de chérir un lieu plus qu'une âme?
Ou ces lieux ont-ils une âme?
Ou peut-être mes souvenirs sont une âme?    
Le soleil m'arrache,
Et mes yeux me dévoilent ce qui n'est pas.
Peut-être est-ce moi,
Qui ne suis que de passage.

De nouveau je me retrouve ici,
Comme une enfant en faute,
Ayant repris un objet confisqué,
Sous l'aile de la crainte,
Je suis là et je profite,
De chaque image que m'offrira ma vue,
Image ou illusion,
Que le sommeil m'apporte par pitié.
Bercée à nouveau par ces murs.

J'allume mon post de télé,
Qui remet les pendules à l'heure.




Leila Alaouf

dimanche 1 juillet 2012

poème de grand-père

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O moringa, il s'avère que sa taille est tentation,
Et l'oeil regarde , et l'Homme reste l'Homme,
Et la poitrine est un verger incomparable à nulle création,
Ses fruits perfusent pommes et grenadines,
Ne crains donc pas la soif du verger,
Car il existe yeux, cils, et paupières.
Et veille à ce que l'oeil ne soit atteint par sa larme,
Car dans sa larme se trouvent horreurs et feux.
Remets-en toi Au Très Haut,
Dans ses créations se trouvent de grandes variétés.
Et dis "mon Dieu je me repends entièrement,
Presèrve donc mon âme, Tu es le tout puissant,
Et presèrve donc ma langue des erreurs , et fais-moi triompher,
Car il y a à l'interieur, idolatries et repentirs."
Izaldin Alaouf

lundi 4 juin 2012

Arrêt.

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Haine, respiration,
Arrêt.
Colère, vicitude,
Arrêt.
Remord, vengeance,
Expiration.
Tendresse, rage,
arrêt.
Amertume, regret,
Pierre.
Serrement, querelle,
Arrêt.
Haine, soumission,
Plongée.
Arrêt.

dimanche 13 mai 2012

Entre l'horreur du viol et l'après viol : Tabou et calvaire.

2 commentaires :

         Le viol. Déjà tabou dans les sociétés occidentales, qu'en dire alors au sein de nos sociétés arabo-musulmanes, dans lesquelles s'ajoute au traumatisme du viol, un mutisme imposé , transformant peu à peu la victime en accusée. Dans tous les conflits, dans toutes les guerres, dans toutes les crises, les crimes sexuels sont souvent mis à l'écart, cachés honteusement, pour ne pas dire approuvés par un tabou insensible.

  Je lisais il y a quelques jours un article concernant les femmes violées en Syrie, qui en plus de vivre cachées, en plus d'avoir connu le pire, s'imposaient à elle-même -ou devrai-je dire, la société leur imposait- une opération chirurgicale, visant à "réparer' l'hymen (hymenooplastie), afin de pouvoir mieux cacher, mieux remettre une couche de tabou et de honte sur celle déjà accumulée lors de l'agression . Une chose m'a particulièrement choquée, et c'est l'automatisme de ce genre d'opération et la présence de médecins spécialisés dans ce genre d'opération au sein des associations de prise en charge des victimes.

Quel est donc ce genre de prise en charge, qui au lieu de pointer du doigt le crime, au lieu d'assister ces femmes en tant qu'être humaines, les redirige de façon quasi automatique vers une solution de papier, qui aura non seulement pour conséquence de servir de complicité à l'agresseur, mais en plus, deviendra un poids réel sur la victime, tant physique que psychologique. Le comble de l'horreur est alors atteint lorsque la victime elle même ne se sent soulagée que par ce genre d'intervention artificielle, ne faisant que refouler le problème.

Où va-t-on?

Il y a le calvaire du viol et son impacte psychologique, et il y a le calvaire d'une perte de virginité forcée, mais non moins honteuse aux yeux de toute une société.

 Je me pose alors plusieurs questions;

- La virginité d'une femme ne repose-t-elle que sur la présence ou non d'un hymen intact ?
- Pourquoi réduit-on toute l'atrocité d'un viol à une "virginité perdue" ?
- Pourquoi la femme en tant que victime, est mise à l'ombre d'un "bout de peau." ?
- Ce genre d'intervention chirurgicale n'est-elle pas une seconde agression en tant que telle?
- Jusqu'à quand aurons nous encore peur d'en parler, et quand  prendrons-nous enfin pour coupable le coupable ?

       J'ai entendu de mes propres oreilles des témoignages concernant des jeunes femmes violées mariées rapidement à des voisins, qui bien évidemment par soucis et préoccupation envers la "réputation" de ces jeunes femmes, s'étaient portés eux-mêmes volontaires. Mais pourquoi considérer si injustement comme honteuses ou impures ces femmes qui n'ont non seulement pas choisi d'être violées, mais qui en plus l'ont été en luttant pour l'unique et simple raison qu'elles défendaient des idéaux autres que ceux d'une dictature en place depuis plus de 40 ans. Ces femmes ne mériteraient-elles pas au contraire d'être traitées comme des héroïnes? Pourquoi vouloir les cacher, vouloir les ranger dans un tiroir et les oublier, quand elles sont au contraire, si braves, si courageuses, et qu'elles ont tout sacrifié.

Combien il doit être difficile de parler d'une expérience aussi douloureuse, et combien il est nécessaire d'accompagner ces femmes et de les aider dans les procédures, si procédure il y a, car souvent aucune plainte n'est portée par peur des représailles des représailles, mais surtout et avant tout par peur des regards d'une société sans pitié. Et pourtant, devrait-il y avoir tabou ou gène lorsqu'on parle de crime?

Il est grand temps de mettre fin à ces craintes, nous sommes entrain d'étouffer ces femmes, de les achever impitoyablement au lieu de les aider à se relever.

    Il est aujourd'hui nécessaire plus que jamais que de réelles associations arabes d'aide et d'assistance aux femmes violées soient crées, et qu'elles soient composées de psychologues, d'avocats, de médecins, ayant pour but de réellement les assister dans leur droits. Il est vital qu'un réel pas soit franchi quant à cette question, il est primordial que des personnalités religieuses de renommées se prononcent clairement sur cette question et cassent enfin ce tabou qui n'a pas lieu d'être.

   

dimanche 15 avril 2012

Bazar cérébral

2 commentaires :
Je n'aurai jamais pensé pouvoir espérer un jour la souffrance, ou même culpabiliser de ne
pouvoir souffrir avec ceux que j'aime.

Ceux que j'aime sont nombreux,

Il y a ces enfants plus courageux que les grands,
Il y a ces femmes, plus determinées que des troupes de guerriers,
Et il y a ces hommes, plus fiers et forts que les bombes et les chars.

Et nous dans tout cela. Nous, qui n'avons que nos larmes et nos cœurs à offrir. Un petit peu d'argent aussi. Cet argent qui me répugne, ces billets qui font partie de notre salut, malheureusement. Pourquoi l'époque et le monde ne nous permettent-ils pas d'aider par nos cœurs et par la volonté ? On nous radote depuis petit, que le désir et les rêves sont les deux clés de la réussite. Dieu sait combien je désire et je rêve, Dieu sait combien nous crèverions pour voir la terre des ommeyades libre. Donnez-nous-la détruite, donnez-nous-la saccagée, martyrisée, morcelée, cassée, en poussière.. Nous la reconstruirons, nous la rebâtirons, nous la protegerons jalousement. Mais lâchez-la, cédez la corde, partez et ne revenez plus jamais, permettez-nous de vous oublier et ne jamais prier sur vos tombes.

Nous-même dans notre quête, nous privilégions l'argent aux humains, et sans nous en apercevoir, les billets deviennent une obsession.
Donnez à la compassion un répit.
Et pourtant, je me tuerai, tout de suite et sans hésitation, pour avoir les moyens de combler les besoins financiers nécessaire à la liberté.
Que faire si je ne puis moi aussi, marquer de mon sang la terre bénie de mes alleux, et ainsi, mériter d'éffleurer ses sols saints et ses jasmins si chers ? Ne pourrais-je jamais offrir ce que j'ai de plus cher, à ce que je désire le plus ?
Jamais je ne pourrais, dans le fond de leurs yeux, regarder ces héros aux mille courages. Et qui aurait l'audace de se plonger dans les pupilles de celui ou de celle qui a tout sacrifié au nom d'une liberté incertaine ?
Et cette sœur, cette amie, qui tous les jours se fait voler son premier baisé par des lèvres assassines, puants la saleté du cœur. Cette amie, cette sœur, qui par des créatures que je ne saurais appeler humaines, se fait déflorer. Par des formes sombres, sans cœur, sans vue, et sans âme. Ces femmes plus vierges que les vierges, plus pures que les pures.

Comment pourrais-je un jour frôler des terres aussi grandes et aussi majestueuses, moi à qui le destin n'aura pas donner la chance de me déposséder par passion d'une Syrie épanouie.



Leila Alaouf

lundi 27 février 2012

Mâle

1 commentaire :
Il n'y a plus d'Hommes,


Homme, utopie de son siècle,
Caché derrière de vastes broderies.

Ce que l'Homme a dit,
L'Homme a menti .
Ce qu'il a fait,
Illusoirement,
L'homme l'a cru.

Et tous les maux essentiels,
Il les détruits,
Pour ne garder,
En ses jours absurdes,
Qu'un déploiement mensonger.

En tête à tête avec son ombre,
Un silence se tait,
N'est plus écouté.
L'effroi dévie le silence,
Pour oublier cette opportunité.

Ce que Mâle a fait,
Le Mâle l'a subit,
Devenant par lui même,
Personnification de grossièreté.
Il coud et découd de ses doigts,
Puis pleure l'échec.

Ce qu'il m'a laissé affamée.
Parlons-en,
Parlons d'un voile étincelant,
Posé sur les couleurs de la lâcheté,
Parlons de ce qui n'a pas été fait,
Sous l'aile de ce qui paraissait  .

De railleries herculéennes
Aux railleries sanglantes,
Parlons de toutes ses haines cachées.
Derrières les vestiges d'une humanité prostituée.

Et qu'espérez-vous des fraîches roses ?
Espoir de humer les délices qu'Homme a fané,
Voilà l'échange,
Une cicatrice pour un baiser,
Une déchirure pour un soufflet,
Une indignité pour une fierté.

Il rêve des lèvres charnues,
Il ose rêver,
Il retire corps et âmes et prétends revivre.
Ô mon cœur,
Je ne suis pas esclave du tyran,
je ne suis pas ces autres fleurs sans odeurs.

L'Homme voué à dévorer,
Sa propre chair et s’enterrer.


Leila Alaouf

mardi 21 février 2012

Lampadaire

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Je chérie ces moments obscures,
D'où surgit nos vrais visages,
Nos douceurs, nos yeux suaves,
Oui,nous voyons dans le noir.

Nos coeurs dansent dans un esprit de fête,
Tout espoir est alors légitime,
Toute joie est entretenue et caressée,
Les mots emmêlés,
Et les sentiments, comme des chutes d'eau,
Comme des senteurs épicées ou des chagrins endormis,
Nous tirent vers des brillances orientales.

Mauvais enfant répudié,
Je trouve pourtant vos étoiles maternelles,
Portant un berceau d'étreinte.

Les draps étoilés sont ceux là mêmes,
Que nous haïssons en des temps maussades,
Que nous adorons en des temps fleuries.

Suffit-il parfois d'une lueur pour animer,
Suffit-il parfois d'une poussière pour noircir,
Et d'un gravier pour compléter l'édifice d'une montagne.




Leila Alaouf

Les Protocoles Destructeurs

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Vous vous demanderez peut-être de quels protocoles je parle ? Tout simplement des protocoles que chaque société impose petit à petit. Je parle des protocoles qui souvent, sont sources de complexes, à trop nous envahir.
Les protocoles que j'aborderai ici seront ceux qui régissent le monde arabo-musulmans. Ces protocoles qui semblent nous suivre même à des milliers de kilomètres de leurs pays d'origine. Chez nous, on les appellerait "الأصول”.



Nous baignons depuis notre enfance dans des règles visant à dicter les moindre recoins de notre vie ; nos comportements en société, ce qu'il est approprié de dire en présence de telle ou telle personne, ce qui ne l'est pas, quelle gestuelle avoir, quels regards etc... .

Il est malheureusement inévitable de préciser que ces protocoles ont beaucoup plus tendance à s'associer aux comportements des femmes, sans tomber dans la stigmatisation.
Pourquoi « protocole destructeur » ? tout simplement parce qu'à trop grignoter dans notre espace de vie, une grosse part de notre personnalité se retrouve comme cloîtrée entre les murs d'une mentalité inchangée.

Oui, nous sommes victimes au quotidien. Avec les émancipations actuelles, je ne peux m'empêcher de faire un lien directe entre ces pratiques et les gouvernements mis en place durant des décennies.
Un des comportements ayant le plus attiré mon attention, est le culte du « oui oui » et de la gestuelle exemplaire à adopter en présence des dites « anciennes générations ».

Certes, un respect s'impose mais cela ne devrait pas impliquer l'effacement de tout caractère propre à chacun.
Pour cibler d'avantage, ces artifices de la vie mondaine sont frappants chez les jeunes filles en présence de leurs aînéEs. Pour parler d'une communauté syrienne que je connais particulièrement bien, je pourrais reporter à titre descriptif des dizaines d'anecdotes . S’asseoir correctement, ne pas trop parler, ne pas trop laisser aller le naturel, ne pas être trop expressive, ne pas trop rigoler (il paraît que cela donne une impression de classe), ne pas trop contester, ne pas trop ceci, ne pas trop cela. Autant d'instructions reçues précautionneusement avant toute rencontre ou réunion. Vous me direz, c'est digne d'un roman à la Jane Austen.. mais au 21e siècle ! Il faut croire que ces instructions arrivent belles et biens à pénétrer les esprits des jeunes filles, qui à force de pratique, se fondent dans la masse des clonages comportementaux.

Il faut dire ce qui est, c'est toute une réputation qui est mise en jeu. Une réputation qui se classe, qui se grade, et qui se met sur l'étagère une fois mûre et convaincante.
Un geste maladroit, un regard plein de reproche, et c'est la catastrophe. Qu'est ce qui est réellement mis en jeu ? Et si je précisais que ces protocoles sont surtout applicables pour les jeunes célibataire(E)s ? Il semble que les choses soient soudainement plus claires !
Oui, oui, il est bien question d'avenir et d’espérances matrimoniales. Une jeune fille non mariée (qui au passage n'est pas appelée « femme » jusqu'à ce que mariage s'en suive), se doit de faire preuve d'exemplarité dans chaque réponse fournie.
C'est une sorte de « sois toi même.. mais pas trop non plus ».

Il est d'autant plus intéressant d'examiner comment tout ce jeu de rôle a été encré dans les mentalités des jeunes femmes, de manière quasi-naturelle. Comme s'il était naturel de se cacher, comme s'il était naturel de se mentir derrière des mimiques qui ne nous appartienent pas.

Je ne prétendrai pas détenir la vérité absolue ni vouloir changer des rites culturels solidement plantés. Néanmoins, il est inévitable de notifier une confusion entre le culturel et le cultuel. Le religieux qui attend de nous le respect et le bon comportement, et le culturel qui nous demande l'artifice et le refoulement de soi.

Il y a dans toute société un syncrétisme du religieux et du culturel qui s'opère naturellement, mais le risque est de mettre sur un même rang, culturel et religieux.Un risque, en effet, de donner force obligatoire à des rites parfois réducteurs, sans aucun lien avec l'Islam, ni avec ses valeurs .

Leila Alaouf

samedi 14 janvier 2012

Papier Froissé

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« Et le soleil a disparu
Mon fils ramène le nous,
Et le soleil a disparu
Mon fils ramène le nous »


Et je voudrais m'enfouir dans tes bras,
M'enfouir dans le feu,
Où que ce soit en toi,
Dans tes blessures,
Dans tes joies,

Ces paupières fermées raisonnent en moi,
Ces chants émus,
Ces tendres promesses,
Tout en toi est bon,
Tout en toi est beau.

Tout ne vient qu'affirmer l'inimaginable,
Les craintes inhumaines prennent formes,
Des formes réelles,
Plus réelles que l'homme.
Les dents aiguës sont bien vraies,
Aussi vraies que tranchantes,
Aussi vraies que dangereuses.

Je ne pensais pas trouvais ce drap,
Ce drap ombrageux,
Qui ne cache rien,
Pas même une olive,
Pas même une branche.

Je ne pensais pas qu'il puisse exister,
Autre-part que dans mes craintes.

Je vois ma chair déchirée,
Je vois mon propre poumon étouffé,
Je le sens, je le ressens,
Je ne retiendrai plus la mer de s'écouler,
Je ne retiendrai plus le chemin de se tracer.

Je ne comprend plus les utopies humaines,
je ne comprend plus la folie des autres.

Une église puis une larme ,
Une mosquée puis une larme,
La douleur ne semble pas différencier ses proies.

Dieu ne nous as-tu pas créé de compassion ?
Je ne sais plus ce que je vois,
Un cri, des larmes,
Je ne vois pas de sang,
Simplement ses fruits.
Il semble que l'homme ait besoin de se nourrir,
Chacun choisit de vivre ou de subsister.

Petite âme dévastée
Viens te reconstruire,
Viens te ressourcer,
Dans une coupe d'élixir,
Approche et bois de notre verre,
L'amant est en paix, sois tranquille.

Jasmin, branches d'olivier, fleur d'oranger,
Allez, allez,
Caressez leurs joues, effleurer leurs lèvres,
Rependez vos senteurs sur les corps méconnaissables ,
Embellis par l'engagement et l'amour,
Égayés de sourires sincères.

Découvrons la réalité de nos chants traditionnels,
Notre destin était prémédité par le passé,
Venez, ô chants d’antan, venez nous rattraper:

«Le soleil a disparu, mon fils ramène le nous,
Et je désire retourner dans mon pays,
Mon cœur dans sa passion pour lui s'est déchiré,
Emmène-moi voir mes bien-aimés,
Quel malheur, quel malheur »





Leila Alaouf