grincement

Leila Alaouf

lundi 27 février 2012

Mâle

1 commentaire :
Il n'y a plus d'Hommes,


Homme, utopie de son siècle,
Caché derrière de vastes broderies.

Ce que l'Homme a dit,
L'Homme a menti .
Ce qu'il a fait,
Illusoirement,
L'homme l'a cru.

Et tous les maux essentiels,
Il les détruits,
Pour ne garder,
En ses jours absurdes,
Qu'un déploiement mensonger.

En tête à tête avec son ombre,
Un silence se tait,
N'est plus écouté.
L'effroi dévie le silence,
Pour oublier cette opportunité.

Ce que Mâle a fait,
Le Mâle l'a subit,
Devenant par lui même,
Personnification de grossièreté.
Il coud et découd de ses doigts,
Puis pleure l'échec.

Ce qu'il m'a laissé affamée.
Parlons-en,
Parlons d'un voile étincelant,
Posé sur les couleurs de la lâcheté,
Parlons de ce qui n'a pas été fait,
Sous l'aile de ce qui paraissait  .

De railleries herculéennes
Aux railleries sanglantes,
Parlons de toutes ses haines cachées.
Derrières les vestiges d'une humanité prostituée.

Et qu'espérez-vous des fraîches roses ?
Espoir de humer les délices qu'Homme a fané,
Voilà l'échange,
Une cicatrice pour un baiser,
Une déchirure pour un soufflet,
Une indignité pour une fierté.

Il rêve des lèvres charnues,
Il ose rêver,
Il retire corps et âmes et prétends revivre.
Ô mon cœur,
Je ne suis pas esclave du tyran,
je ne suis pas ces autres fleurs sans odeurs.

L'Homme voué à dévorer,
Sa propre chair et s’enterrer.


Leila Alaouf

mardi 21 février 2012

Lampadaire

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Je chérie ces moments obscures,
D'où surgit nos vrais visages,
Nos douceurs, nos yeux suaves,
Oui,nous voyons dans le noir.

Nos coeurs dansent dans un esprit de fête,
Tout espoir est alors légitime,
Toute joie est entretenue et caressée,
Les mots emmêlés,
Et les sentiments, comme des chutes d'eau,
Comme des senteurs épicées ou des chagrins endormis,
Nous tirent vers des brillances orientales.

Mauvais enfant répudié,
Je trouve pourtant vos étoiles maternelles,
Portant un berceau d'étreinte.

Les draps étoilés sont ceux là mêmes,
Que nous haïssons en des temps maussades,
Que nous adorons en des temps fleuries.

Suffit-il parfois d'une lueur pour animer,
Suffit-il parfois d'une poussière pour noircir,
Et d'un gravier pour compléter l'édifice d'une montagne.




Leila Alaouf

Les Protocoles Destructeurs

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Vous vous demanderez peut-être de quels protocoles je parle ? Tout simplement des protocoles que chaque société impose petit à petit. Je parle des protocoles qui souvent, sont sources de complexes, à trop nous envahir.
Les protocoles que j'aborderai ici seront ceux qui régissent le monde arabo-musulmans. Ces protocoles qui semblent nous suivre même à des milliers de kilomètres de leurs pays d'origine. Chez nous, on les appellerait "الأصول”.



Nous baignons depuis notre enfance dans des règles visant à dicter les moindre recoins de notre vie ; nos comportements en société, ce qu'il est approprié de dire en présence de telle ou telle personne, ce qui ne l'est pas, quelle gestuelle avoir, quels regards etc... .

Il est malheureusement inévitable de préciser que ces protocoles ont beaucoup plus tendance à s'associer aux comportements des femmes, sans tomber dans la stigmatisation.
Pourquoi « protocole destructeur » ? tout simplement parce qu'à trop grignoter dans notre espace de vie, une grosse part de notre personnalité se retrouve comme cloîtrée entre les murs d'une mentalité inchangée.

Oui, nous sommes victimes au quotidien. Avec les émancipations actuelles, je ne peux m'empêcher de faire un lien directe entre ces pratiques et les gouvernements mis en place durant des décennies.
Un des comportements ayant le plus attiré mon attention, est le culte du « oui oui » et de la gestuelle exemplaire à adopter en présence des dites « anciennes générations ».

Certes, un respect s'impose mais cela ne devrait pas impliquer l'effacement de tout caractère propre à chacun.
Pour cibler d'avantage, ces artifices de la vie mondaine sont frappants chez les jeunes filles en présence de leurs aînéEs. Pour parler d'une communauté syrienne que je connais particulièrement bien, je pourrais reporter à titre descriptif des dizaines d'anecdotes . S’asseoir correctement, ne pas trop parler, ne pas trop laisser aller le naturel, ne pas être trop expressive, ne pas trop rigoler (il paraît que cela donne une impression de classe), ne pas trop contester, ne pas trop ceci, ne pas trop cela. Autant d'instructions reçues précautionneusement avant toute rencontre ou réunion. Vous me direz, c'est digne d'un roman à la Jane Austen.. mais au 21e siècle ! Il faut croire que ces instructions arrivent belles et biens à pénétrer les esprits des jeunes filles, qui à force de pratique, se fondent dans la masse des clonages comportementaux.

Il faut dire ce qui est, c'est toute une réputation qui est mise en jeu. Une réputation qui se classe, qui se grade, et qui se met sur l'étagère une fois mûre et convaincante.
Un geste maladroit, un regard plein de reproche, et c'est la catastrophe. Qu'est ce qui est réellement mis en jeu ? Et si je précisais que ces protocoles sont surtout applicables pour les jeunes célibataire(E)s ? Il semble que les choses soient soudainement plus claires !
Oui, oui, il est bien question d'avenir et d’espérances matrimoniales. Une jeune fille non mariée (qui au passage n'est pas appelée « femme » jusqu'à ce que mariage s'en suive), se doit de faire preuve d'exemplarité dans chaque réponse fournie.
C'est une sorte de « sois toi même.. mais pas trop non plus ».

Il est d'autant plus intéressant d'examiner comment tout ce jeu de rôle a été encré dans les mentalités des jeunes femmes, de manière quasi-naturelle. Comme s'il était naturel de se cacher, comme s'il était naturel de se mentir derrière des mimiques qui ne nous appartienent pas.

Je ne prétendrai pas détenir la vérité absolue ni vouloir changer des rites culturels solidement plantés. Néanmoins, il est inévitable de notifier une confusion entre le culturel et le cultuel. Le religieux qui attend de nous le respect et le bon comportement, et le culturel qui nous demande l'artifice et le refoulement de soi.

Il y a dans toute société un syncrétisme du religieux et du culturel qui s'opère naturellement, mais le risque est de mettre sur un même rang, culturel et religieux.Un risque, en effet, de donner force obligatoire à des rites parfois réducteurs, sans aucun lien avec l'Islam, ni avec ses valeurs .

Leila Alaouf