grincement

Leila Alaouf

dimanche 13 mai 2012

Entre l'horreur du viol et l'après viol : Tabou et calvaire.

2 commentaires :

         Le viol. Déjà tabou dans les sociétés occidentales, qu'en dire alors au sein de nos sociétés arabo-musulmanes, dans lesquelles s'ajoute au traumatisme du viol, un mutisme imposé , transformant peu à peu la victime en accusée. Dans tous les conflits, dans toutes les guerres, dans toutes les crises, les crimes sexuels sont souvent mis à l'écart, cachés honteusement, pour ne pas dire approuvés par un tabou insensible.

  Je lisais il y a quelques jours un article concernant les femmes violées en Syrie, qui en plus de vivre cachées, en plus d'avoir connu le pire, s'imposaient à elle-même -ou devrai-je dire, la société leur imposait- une opération chirurgicale, visant à "réparer' l'hymen (hymenooplastie), afin de pouvoir mieux cacher, mieux remettre une couche de tabou et de honte sur celle déjà accumulée lors de l'agression . Une chose m'a particulièrement choquée, et c'est l'automatisme de ce genre d'opération et la présence de médecins spécialisés dans ce genre d'opération au sein des associations de prise en charge des victimes.

Quel est donc ce genre de prise en charge, qui au lieu de pointer du doigt le crime, au lieu d'assister ces femmes en tant qu'être humaines, les redirige de façon quasi automatique vers une solution de papier, qui aura non seulement pour conséquence de servir de complicité à l'agresseur, mais en plus, deviendra un poids réel sur la victime, tant physique que psychologique. Le comble de l'horreur est alors atteint lorsque la victime elle même ne se sent soulagée que par ce genre d'intervention artificielle, ne faisant que refouler le problème.

Où va-t-on?

Il y a le calvaire du viol et son impacte psychologique, et il y a le calvaire d'une perte de virginité forcée, mais non moins honteuse aux yeux de toute une société.

 Je me pose alors plusieurs questions;

- La virginité d'une femme ne repose-t-elle que sur la présence ou non d'un hymen intact ?
- Pourquoi réduit-on toute l'atrocité d'un viol à une "virginité perdue" ?
- Pourquoi la femme en tant que victime, est mise à l'ombre d'un "bout de peau." ?
- Ce genre d'intervention chirurgicale n'est-elle pas une seconde agression en tant que telle?
- Jusqu'à quand aurons nous encore peur d'en parler, et quand  prendrons-nous enfin pour coupable le coupable ?

       J'ai entendu de mes propres oreilles des témoignages concernant des jeunes femmes violées mariées rapidement à des voisins, qui bien évidemment par soucis et préoccupation envers la "réputation" de ces jeunes femmes, s'étaient portés eux-mêmes volontaires. Mais pourquoi considérer si injustement comme honteuses ou impures ces femmes qui n'ont non seulement pas choisi d'être violées, mais qui en plus l'ont été en luttant pour l'unique et simple raison qu'elles défendaient des idéaux autres que ceux d'une dictature en place depuis plus de 40 ans. Ces femmes ne mériteraient-elles pas au contraire d'être traitées comme des héroïnes? Pourquoi vouloir les cacher, vouloir les ranger dans un tiroir et les oublier, quand elles sont au contraire, si braves, si courageuses, et qu'elles ont tout sacrifié.

Combien il doit être difficile de parler d'une expérience aussi douloureuse, et combien il est nécessaire d'accompagner ces femmes et de les aider dans les procédures, si procédure il y a, car souvent aucune plainte n'est portée par peur des représailles des représailles, mais surtout et avant tout par peur des regards d'une société sans pitié. Et pourtant, devrait-il y avoir tabou ou gène lorsqu'on parle de crime?

Il est grand temps de mettre fin à ces craintes, nous sommes entrain d'étouffer ces femmes, de les achever impitoyablement au lieu de les aider à se relever.

    Il est aujourd'hui nécessaire plus que jamais que de réelles associations arabes d'aide et d'assistance aux femmes violées soient crées, et qu'elles soient composées de psychologues, d'avocats, de médecins, ayant pour but de réellement les assister dans leur droits. Il est vital qu'un réel pas soit franchi quant à cette question, il est primordial que des personnalités religieuses de renommées se prononcent clairement sur cette question et cassent enfin ce tabou qui n'a pas lieu d'être.