grincement

Leila Alaouf

lundi 23 juillet 2012

En ce qui concerne mon Moi ...

Aucun commentaire :

                                                                                   
 En toute honnêteté avec moi même
-La nuit me le permet-
Durant ces deux heures de répit,
Aucune oreille n'est tendue,
Entre mes prières de nuit et celle du crépuscule,
Nul œil n'est touché par la curiosité.

Alors je converse avec mon Moi,
Trop souvent mis à l'ombre par moi-même.
"Alors mon Moi, que se passe-t-il ?
Toi qui si confiant parlait de vérité de pierre,
De victoires et de prières,
Voilà qu'aujourd'hui tu arrives incertain,
Car entre temps,
Les jasmins ont été arrachés,
Les minarets ont été violés,
Les enfants de la grande Chaam égorgés ."

Ma vérité se fait moins forte,
Moins confiante et plus tolérante.

La fougue est passée,
Et il ne reste plus qu'une méditation,
Douce et lente et défiant mes ennuyantes rhétoriques.
Défiant vos ennuyantes rhétoriques.

Ö monde qui perd sa sensibilité,
Ö monde qui troque l'enfant pour la victoire,
Sommes nous réellement héros de notre histoire ?
Ils ont vendu leur chair pour le pouvoir,
Et nous,
Nous avons échangé nos larmes contre les cris de guerrier.
Le sang purifie-t-il sincèrement notre combat ?
Ou n'est-t-il qu'une cicatrice de plus dans un puits de douleurs ?
Se peut-il qu'un prix soit trop lourd ?
Une fin glorieuse ne pourra t-elle jamais consoler,
Mère et père et orphelin et cœurs abandonnés ?

Sans oser vous trahir,
Je ne peux que me révéler ;
Rien ne pourra soigner le chagrin de ceux qui aiment,
Ni de la mère aux larmes tâchés du sang de son enfant,
Ni même du petit perdu dans les épines de la vie.
Rien,
Ni votre victoire,
Ni leur mort,
Ni leur survie,
N'y a t-il plus rien à perdre ?
Plus rien à gagner ?

Et mon Moi en a assez de tout cela,
Ne revenons pas en arrière,
Mais ne pataugeons plus dans le sang,
Et réapprenons à pleurer,
Non pas sur nos pertes,
Mais sur nos âmes qui dévalorisent nos pertes.

Et demain je me réveillerai,
Aux côtés de mon petit moi mensonger,
Et je continuerai à espérer,
Et pour de vrai,
Que parvienne la victoire,
Non pas pour la victoire,
Mais pour que les os cessent de se broyer,
Et pour que les âmes puissent,
Enfin,
Reposer en paix.


Leila Alaouf

samedi 21 juillet 2012

au fond à gauche

4 commentaires :

Au fond à gauche,
Ce petit point,
Qui noirci le long du chemin,

Gomme, et il replonge.
Coriace,
Petit point s'accroche,
Tisse des attaches et des ombres,
Puis les effiloche.

                                                      
                                                      Errant dans le Moi du néant,
                                                      On plonge et on se cache,
                                                      Mais jamais on ne lui échape.

                                                      Des années de sérénités,
                                                      Nous y préparent .
                                                      Et dans l'incompréhension,
                                                      La fuite.

                                                      Comme si elle existait ,
                                                      La fuite,
                                                     Cet éphémère instinct,
                                                      Rivalisé par mère réalité.
                                                      
                                                      Mes mots sont une prière,
                                                    A des coeurs qui ne savent méditer.


                                                     

vendredi 6 juillet 2012

rides enfantines

Aucun commentaire :
Je suis ce petit enfant,
Qui a vieilli avec le temps.
Sous les décombres,
Je ne ressemble plus à grand chose.
Je suis ce qu'on appelait un enfant,
Fragile et innocent,
Aujourd'hui, résidus de chair et de sang.

Je ne suis ni politicien,
Ni même opposant,
Je ne crois plus vraiment aux grands,
Qui, abusant de ma confiance,
m'ont mis face au vent.

Ces pleurs sont-elles celles de ma mère?
Ou celle d'Humanité?
Humanité, s'il te plait,
Retrouve ton chemin et vient me chercher.
Humanité si tu existes,
Cesse de te cacher,
Humanité, si tu te joues de moi,
Sache que j'ai mal,
Sache que je souffre,
Et que je ne plaisante pas.

Je suis, comme un vieillard,
Rongé par la vermine et par les rats,
J'ai rejoins les ténèbres de la terre,
Qui n'épargnera que mon âme,
Qui dévorera mes os.
Sous cette terre qu'on vous a confié,
Que vous avez violé,
Mon coeur s'est arrêté de battre,
Mon coeur vous hait.


A Chahed, à Hamza, Hajar et à tout ces petits oiseaux qui resteront éternellement beaux et innocents. Vous resterez dans nos coeurs.


Leila Alaouf

jeudi 5 juillet 2012

Zahra, Ou l'Esclavage des temps Modernes (3e et dernière partie)

Aucun commentaire :
Il est si facile de blesser la dignité d'une personne à tort, et si difficile d'avouer ses erreurs.

Cet evènement n'avait fait que cultiver une certaine révolte interieur en moi, et certaines questions troublaient ma naiveté. Du haut de mes 16 ans, je ne comprenais pas pourquoi et comment pouvait-on être si insensible. Il s'agissait d'une jeune fille qui aurait très bien pu être Marwa, la fille de ma tante, ou moi. Ma tante n'était ni cruelle, ni sans coeur. Il lui manquait seulement une certaine sensiblité, et toute notion de justice passait après son orgueil personnel. Elle est en réalité une caricature des populations orientales actuelles. Peut-on dire que toutes ces populations sont cruelles? certainement pas. Je pense simplement qu'il y a une culture de la supériorité et de l'orgueil qui dépasse malheureusement les principes de l'Islam et ses limites.  Les mentalités écrasent la religion pour ne laisser de celle-ci que les apparences. Voilà la triste réalité de nos doux pays.


C'est ainsi que nous créons le destin de ces personnes. Nous envisageons ce qu'elles ne sont pas jusqu'à ce qu'elles même se persuadent de ce qu'elles ne sont pas, et c'est à ce moment là qu'elles finissent par le devenir vraiment.

Zahra passait des journées entières à faire ce qui lui était officiellement confié et ce qui ne lui était pas, à supporter ce qu'elle devait officiellement supporter, et ce qu'elle ne devait pas. Elle devait nous servir jusqu'à des heures très tardives qui pouvaient dépasser minuit. Il arrivait parfois qu'elle nous accompagne lors de nos sorties familiales.
Ainsi, elle nous accompagna au très prisé Beit Al Cham, un restaurent installé au coeur d'une ancienne demeure damascène, grandiose et transformé depuis quelques années en restaurent. Ma mère, par son tempérement conciliateur évitait d'entrer en conflit avec sa belle famille, quelle que soit la situation. Cependant, la vue du petit bol de riz servi à Zahra à cette occasion, contrastant avec la longue table servie et bien garnie, ne la laissa pas indifférente. Pourtant, Zahra ne manquait généralement pas de nourriture chez ma famille, mais ce petit bol qui lui avait été servi paraissait davantage comme un symbole, dans ce restaurent considéré comme chic. Encore un symbole de plus.
Ma mère se risqua à un timide "elle ne mange que cela?", et ma tante qui s'empressa de dire d'un air fier et sûr "nous nourissons convenablement notre bonne, ne t'en fais pas!".
Voilà à quoi se résumaient souvent les réponses.

Un soir alors que nous discutions dans cette petite pièce du balcon, petit refuge qui cultivait notre amitié, je détachais un bracelet en argent de mon poignet et lui offrais. Je désirais lui offrir un objet qu'elle puisse garder et porter. Je ne pensais pas que ce geste pouvait avoir un impacte aussi important sur le déroulement des choses, cet été 2009. Je ne pensais pas qu'il était plus difficile de reçevoir que de donner. En réalité, donner est un bien égoiste geste, c'est un plaisir égoiste que l'on recherche.
Zahra était visiblement émue par ce geste, et je n'en pouvais être que plus heureuse. Elle m'avait déjà dis précedemment que sa fille porterait mon nom, et ce fut pour moi un réel plaisir intérieur que de sentir l'impacte que pouvait avoir une sincère amitié. J'avais depuis longtemps dépassé ce stade de curiosité et considérais Zahra comme une amie. C'était mon amie, au même titre que mes amies qui n'étaient pas bonnes à tout faire, au même titre que mes amies syriennes, issues de la petite bourgeoisie.

Cet été fut différent des autres, nous avions décidé de nous déplacer, pour une fois, et d'aller visiter la ville de Lattaquié, sa mer, et ses forêts paradisiaques. Il allait de soi que Zahra devrait venir avec nous, elle ne pouvait évidemment pas rester seule dans l'appartement.  Elle dormirait donc dans la même chambre d'hôtel que ma cousine et moi. Tout le monde était excité et je crois que Zahra elle même oubliait son statut d'employée, de bonne à tout faire. Nous nous balladions, rigolions, discutions, sans la pression qui était normalement présente en temps normal à l'appartement. Ma tante elle même paraissait plus souple avec sa bonne.
Il y avait de petits magasins touristiques près de l'hôtel, avec tous les fameux coquillages gravés et bouteilles remplies de sables que chaque touriste qui se respecte devait acheter. J'avais repéré un magnifique coquillage que je comptais faire graver à mon nom et à celui de Zahra afin de lui offrir. Peut-être était-ce de trop? Comment réagit une personne qui n'a jamais rien reçu lorsqu'elle reçoit soudainement plus que ce qu'elle attendait? je n'y avais jamais pensé à vrai dire, en tout cas, pas à ce moment là.


Quelques jours après notre retour de Lattaquié,  Zahra m'avait appelé à la rejoindre dans sa petite pièce du balcon. Elle voulait m'offrir quelque chose aussi. elle me tendit alors une petite boîte bleue marine que je m'empressais d'ouvrir. A l'intérieur, un bracelet en coquillage, joliement ficelé.
Je ne m'attendais pas à ce qu'elle m'offre quelque chose en retour. Je la remerciais profondément et le mis dans mon sac.
Seulement avant que quitter la petite pièce, elle me prévint que ce cadeau devait rester un secret entre nous, et que je ne devais le montrer à personne, en aucun cas. Sans vraiment me poser de question, j'approuvais et sortais de la pièce pour passer du temps avec ma cousine Marwa.
Une fois dans la chambre de ma cousine, je sortis naivement l'accessoire de mon sac et lui montrais, touchée par le geste de Zahra. Tout de suite, les yeux de Marwa s'écarquillèrent. Je ne comprenais pas.
En réalité, le bracelet de coquillages était celui de ma cousine, zahra lui avait volé.
Je compris soudain pourquoi elle désirait que je cache le bracelet.
Sans réfléchir, je me dirigeais vers la petite pièce et demandais des explications. Elle jurait ne rien avoir volé. Mais je savais qu'elle mentait. Ma première réaction fut de faire promettre à ma cousine de ne pas en toucher mot à sa mère, car je savais très bien jusqu'où cela pouvait mener. Malheureusement, il est difficile pour une enfant de 12 ans comme ma cousine de cacher ce genre de chose à sa mère. 
Le jour d'après, tout le monde était au courant de ce vol.


Voilà, c'était fini. Ma tante avait gagné en quelque sorte.
Zahra n'avait pas le droit à l'erreur, sinon elle perdait toute légitimité.
Ma tante demanda à me parler. J'eu le droit à tout un discours portant sur les énormes différences qui se posaient entre Zahra et moi, que nous venions de deux mondes différents et que par conséquent une telle amitié n'était pas possible. Je comprenais qu'on me demandait de prendre mes distances. Ma tante en a aussi profité pour mettre l'accent sur ma trop forte sensiblité, et ne manqua pas de me prévenir des dangers que pouvait présenter une âme trop sensible.

Ainsi en était-il, et ainsi s'achevait l'été.
Quelques temps plus tard, La bonne à tout faire fut licenciée.

Zahra, par soucis de me rendre la pareille mais surtout par amitié, voulait m'offrir ce qu'elle ne possédait pas. La misère pousse au péché, et si la misère est là, nous ne pouvons en vouloir qu'à nous même. Cette jeune femme était-elle vraiment responsable de ses actes? Les choses se seraient-elles déroulées autrement si ne nous l'avions pas accusé de vol avant qu'elle ne vole? Si nous lui avions offert un petit plus de dignité? Ce n'est pas l'argent ou le manque d'argent qui corrompt une âme, c'est sa dignité lorsqu'elle est blessée. Aujourd'hui, je n'ai rien à pardonner à Zahra malgré les excuses qu'elle m'a présenté, mais tout à repprocher à d'autres.

mercredi 4 juillet 2012

Zahra, ou l'esclavage des temps modernes (partie 2)

Aucun commentaire :
Nous parlions de plus en plus au fil des jours et je ressentais le malaise que cela créait du côté de ma tante. Il n'était pas approprié de distraire la bonne à tout faire, elle pourrait alors prendre confiance et devenir sournoise.

Afin de ne pas attirer tous les regards, nous avions pris l'habitude de discuter dans sa minuscule pièce dès que le poids des tâches quotidiennes lui laissait un peu de répis. Dans cette petite pièce, j'apprenais un passé sombre qui devait sans doute ressembler à celui de milliers d'autres bengalaises, indiennes, malaisiennes, ou indonésiennes. Des histoires dont je n'avais entendu d'équivalent que dans des films ou dans des documentaires télévisés. Des histoires de coeur qui finissaient par des fusillades, des rançons et des menaces.
Heureusement, il restait tout même une touche d'espoir même chez les loups;  Zahra était fiancée.  Elle voyait à travers cet homme qu'elle aimait sincèrement une sortie de secours, une solution à sa misère, et l'espoir de vivre un futur plus joyeux. Il l'appelait de temps en temps sur le téléphone fixe de ma tante, et lui envoyait des messages en langue anglaise sur son téléphone portable, qu'elle demandait à ma cousine ou à moi de lui traduire. Elle comptait se marier dans quelques mois et abandonner définitivement la vie de bonne à tout faire. Elle vivrait alors chez son mari, mais devrait tout de même prendre en charge la maison de sa belle famille.


J'apprenais aussi qu'elle n'en était pas à son premier contrat, mais qu'elle avait
commencé à travailler au Liban il y a cinq ans déjà. Elle faisait partie de ces enfants qui ont du se salir le front trop tôt. Elle comparait souvent sa situation actuelle avec  son contrat au Liban au sein d'une famille qu'elle semblait apprécier énormément. Elle ne pouvait s'empêcher de comparer le comportement de ses anciens employeurs au comportement de ma tante. Je savais qu'elle avait raison de se plaindre.  Ma tante était par nature une femme dure et son tempérement difficile s'accentuait quand il s'agissait de Zahra, car s'ajoutait à son mauvais caratère, un mépris et un racisme à peine caché à l'égard de sa bonne. Se rajoutaient aussi à cela les restrictions vestimentaires qui forcaient Zahra à porter des vêtements toujours un peu abîmés, jamais vraiment esthétiques, alors qu'elle avait pourtant tout ce qu'il fallait. Il s'agissait ici d'éviter toute concurrence au sein du foyer. La jeune Bengalaise était souvent la cible de toutes les foudres et parfois des insultes, que ma tante prenait le soin de dissimuler devant mes parents et moi. Je n'étais pas à l'abri non plus de ses remarques accusatrices, qui insinuaient que mon amitié pour Zahra était une désobéissance flagrante.


Pour être juste des deux côtés, il arrivait quelques fois qu'une bonne ambiance s'installait entre l'employeur et sa bonne, mais cela était tout de même rare. De plus, Zahra avait l'interdiction de sortir seule, même dans le quartier. Son passeport et ses papiers lui avaient été retirés dès son arrivée à l'aéroport, pour s'assurer que celle-ci ne prendrait pas la fuite. En réalité, Zahra me faisait penser à une enfant en cage, elle était considérée comme irresponsable, et ne pouvait jouir de ce qui parraissait le stricte minimum de ses droits. Toute ballade était interdite, et toute sortie entre amis. Il n'y avait là rien d'un contrat de travail, il s'agissait d'une exploitation pure et simple, pour ne pas employer le terme d'esclavage.


Il m'arrivait d'aider Zahra à débarasser la table ou à faire la vaisselle, mais ce comportement déplut très rapidement. Ma tante ne tarda pas à me prendre de côté pour me demander à quoi cela rimait, et que Zahra était là pour faire ce travail. Par soucis d'éviter tout conflit, je répondais simplement que je ne faisais cela que par habitude, comme je pourrai le faire chez moi.

Un des premiers tournants de cet été et qui me permit définitivement de réaliser la gravité de l'injustice subie par Zahra, a été une accusation à tort. Un jour, alors que je m'appretais à quitter l'appartement, je me rendis compte que mon mp3 n'était plus dans mon sac. Il ne pouvait être perdu car mes déplacements à Damas se résumaient souvent à la maison de mes grands parents et l'appartement de ma tante. Très rapidement, l'histoire pris une grande ampleur. Ma tante n'hésita pas à mettre au premier banc des accusés, Zahra, la bonne à tout faire, forcément bouc émissaire. Moi qui n'étais pas au courant de la tournure qu'avait prise les choses, je découvris ce qui s'était passé le jour d'après. Un réel interrogatoire avait été mis en place, et une pression psychologique énorme pesait sur la pauvre bonne qui était incapable de donner l'emplacement de l'objet. Après plusieurs heures, ma tante avait fini par retrouver le mp3 caché dans les affaires de ma cousine, qui me l'avait dérobé afin de l'utiliser en mon absence. Aussi simplement, l'affaire était close. Je ne sais pas si des excuses ont été prononcées envers Zahra, mais je ne peux que deviner leur abscence.  Il est si facile de blesser la dignité d'une personne à tort, et si difficile d'avouer ses erreurs.


mardi 3 juillet 2012

Zahra, ou l'esclavage des temps modernes (Partie 1)

Aucun commentaire :
tout ce qui est ici présent écrit est tiré de faits rééls. Les noms des personnages ont simplement été modifiés afin de respecter l'intimité des concernés.
Ce qui est recherché à travers la rédaction de cette série de textes, est de dénoncer un fléau qui s'installe depuis plusieurs années déjà au sein de certains pays arabes et que j'appelle personnellement l'esclavage des temps modernes. Il s'agit en fait de l'exploitation des femmes et des hommes d'Asie du Sud-Est, dans les pays du Moyen-Orient ainsi que du Golfe. Les femmes sont utilisées comme bonnes à tout faire, et les hommes se voient très souvent confier la tâche de chauffeur, de jour comme de nuit. On ne peut pas parler ici de contrat de travail, pour la très simple raison que le contrat n'est respecté que d'un seul et unique côté. Aucune réélle limite de temps de travail n'est fixée, les besoins élémentaires de ces personnes venues travailler sont très souvent bafoués, et il arrive fréquement qu'elles soient victimes de violences physiques ou verbales.
Les faits énoncés ci-dessous se déroulent un été 2009 en Syrie à Damas, chez des membres de ma famille qui possédaient eux aussi une bonne à tout faire, que j'appelerai Zahra.

Cela faisait un moment que je l'observais, sans vraiment vouloir lui parler. En réalité, j'apréhendais la réaction de ma tante si je me mettais à lui adresser la parole.
Elle paraissait plutôt jeune, et portait un voile blanc et un t-shirt qui laissait entrevoir la finesse de ses bras. Son visage noir aux traits fins et plus ou moins réguliers s'adoucissait lorsqu'elle souriait et qu'elle montrait ses petites dents jaunies. Zahra était timide et ne s'était pas encore habituée à la vie dans le très grand appartement de ma tante et de son mari. Ce qui me poussa à lui parler pour la première fois a sans doute été le fait d'avoir vu une cousine lui adresser la parole, d'un air amical. J'aimais me risquer à faire tout ce qui déplaisait à ma tante, mais j'avais aussi une sincère curiosité à l'égard de cette jeune femme.


Ainsi, je décidais de m'approcher d'elle doucement, un sourire réconfortant aux lèvres, et abordais la conversation avec elle, tandis qu'elle préparait le déjeuner.  La première chose qui me percuta a été son très jeune âge. Du haut de ses 19 ans, Zahra devait déjà quitter sa famille et ses amis pour ne les revoir qu'après plusieurs années, si son maigre salaire le lui permettait. 19 ans, c'était  trois ans de plus que moi, trois ans seulement. 19 ans, ça serait mon âge dans trois courtes années.
Nous étions contentes de nous parler, l'une comme l'autre, dans un langage arabe bricolés et mélangé à des signes lorsque le vocabulaire manquait. Petit à petit, le conformisme des débuts s'éffaça, et nous abordions déjà des sujets qui concernaient sa vie en tant que bonne. Elle se plaignait du nombre d'heures de travail qu'on lui imposait, quand à moi, je la plaignais en découvrant ce qui lui servait de chambre à coucher. Zahra dormait dans le balcon, dans une minuscule pièce isolée, afin de lui approter un minimum d'intimité et de la protéger, un petit peu, du froid hivernal. Mais il était facile de deviner que le piteux état de ses fenêtres coulissantes ne permetait pas une réélle isolation. Il y avait tout juste de la place pour un canapé clic-clac qui lui servait de lit, une radio, et sa valise.

Nous parlions de plus en plus au fil des jours, et je ressentais le malaise que cela créait du côté de ma tante. Il n'était pas approprié de distraire la bonne à tout faire, elle pourait alors prendre confiance et devenir sournoise.. .


lundi 2 juillet 2012

Au Quartier Des Expatriés.

Aucun commentaire :
Ca y est nous y sommes,
A la frontière,
Près du mont Qasyoun,
Je brûle d'impatience,
Je brûle toute entière,
Je suis traquée,
Je sais que c'est risqué.


Pourtant, je prend la route,
Celle de mes grands-parents,
Celle des odeurs chocolatées,
Des odeurs de dragées,
Des senteurs de jasmin,
Tout près de la mosquée.
Ils sont derrière moi,
Ils vont me capturer,
J'y perdrai la vie.
Et la mort ne résiste pas à la nostalgie.

L'envie est immense,
Et nous tremblons à l'idée de rentrer,
De retrouver les lieux délaissés,
Ces lieux arrachés.

Pourtant, nos pas nous ont devancé.
Mais aucune joie n'est épurée,
Nous sommes suivis par ces fantômes,
Par ceux qui égorgent et ceux qui tuent,
Nous rentrons chez nous sans permission,
Sans leur permission.

Extase et transe,

Je touche ces sols carrelés,
Je sens l'odeur des escaliers marbrés,
Et même ses cafards me manquent,
Même la poussière décorant les meubles.
Est-il possible de chérir un lieu plus qu'une âme?
Ou ces lieux ont-ils une âme?
Ou peut-être mes souvenirs sont une âme?    
Le soleil m'arrache,
Et mes yeux me dévoilent ce qui n'est pas.
Peut-être est-ce moi,
Qui ne suis que de passage.

De nouveau je me retrouve ici,
Comme une enfant en faute,
Ayant repris un objet confisqué,
Sous l'aile de la crainte,
Je suis là et je profite,
De chaque image que m'offrira ma vue,
Image ou illusion,
Que le sommeil m'apporte par pitié.
Bercée à nouveau par ces murs.

J'allume mon post de télé,
Qui remet les pendules à l'heure.




Leila Alaouf

dimanche 1 juillet 2012

poème de grand-père

Aucun commentaire :
O moringa, il s'avère que sa taille est tentation,
Et l'oeil regarde , et l'Homme reste l'Homme,
Et la poitrine est un verger incomparable à nulle création,
Ses fruits perfusent pommes et grenadines,
Ne crains donc pas la soif du verger,
Car il existe yeux, cils, et paupières.
Et veille à ce que l'oeil ne soit atteint par sa larme,
Car dans sa larme se trouvent horreurs et feux.
Remets-en toi Au Très Haut,
Dans ses créations se trouvent de grandes variétés.
Et dis "mon Dieu je me repends entièrement,
Presèrve donc mon âme, Tu es le tout puissant,
Et presèrve donc ma langue des erreurs , et fais-moi triompher,
Car il y a à l'interieur, idolatries et repentirs."
Izaldin Alaouf