Leila Alaouf

mardi 3 juillet 2012

Zahra, ou l'esclavage des temps modernes (Partie 1)

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tout ce qui est ici présent écrit est tiré de faits rééls. Les noms des personnages ont simplement été modifiés afin de respecter l'intimité des concernés.
Ce qui est recherché à travers la rédaction de cette série de textes, est de dénoncer un fléau qui s'installe depuis plusieurs années déjà au sein de certains pays arabes et que j'appelle personnellement l'esclavage des temps modernes. Il s'agit en fait de l'exploitation des femmes et des hommes d'Asie du Sud-Est, dans les pays du Moyen-Orient ainsi que du Golfe. Les femmes sont utilisées comme bonnes à tout faire, et les hommes se voient très souvent confier la tâche de chauffeur, de jour comme de nuit. On ne peut pas parler ici de contrat de travail, pour la très simple raison que le contrat n'est respecté que d'un seul et unique côté. Aucune réélle limite de temps de travail n'est fixée, les besoins élémentaires de ces personnes venues travailler sont très souvent bafoués, et il arrive fréquement qu'elles soient victimes de violences physiques ou verbales.
Les faits énoncés ci-dessous se déroulent un été 2009 en Syrie à Damas, chez des membres de ma famille qui possédaient eux aussi une bonne à tout faire, que j'appelerai Zahra.

Cela faisait un moment que je l'observais, sans vraiment vouloir lui parler. En réalité, j'apréhendais la réaction de ma tante si je me mettais à lui adresser la parole.
Elle paraissait plutôt jeune, et portait un voile blanc et un t-shirt qui laissait entrevoir la finesse de ses bras. Son visage noir aux traits fins et plus ou moins réguliers s'adoucissait lorsqu'elle souriait et qu'elle montrait ses petites dents jaunies. Zahra était timide et ne s'était pas encore habituée à la vie dans le très grand appartement de ma tante et de son mari. Ce qui me poussa à lui parler pour la première fois a sans doute été le fait d'avoir vu une cousine lui adresser la parole, d'un air amical. J'aimais me risquer à faire tout ce qui déplaisait à ma tante, mais j'avais aussi une sincère curiosité à l'égard de cette jeune femme.


Ainsi, je décidais de m'approcher d'elle doucement, un sourire réconfortant aux lèvres, et abordais la conversation avec elle, tandis qu'elle préparait le déjeuner.  La première chose qui me percuta a été son très jeune âge. Du haut de ses 19 ans, Zahra devait déjà quitter sa famille et ses amis pour ne les revoir qu'après plusieurs années, si son maigre salaire le lui permettait. 19 ans, c'était  trois ans de plus que moi, trois ans seulement. 19 ans, ça serait mon âge dans trois courtes années.
Nous étions contentes de nous parler, l'une comme l'autre, dans un langage arabe bricolés et mélangé à des signes lorsque le vocabulaire manquait. Petit à petit, le conformisme des débuts s'éffaça, et nous abordions déjà des sujets qui concernaient sa vie en tant que bonne. Elle se plaignait du nombre d'heures de travail qu'on lui imposait, quand à moi, je la plaignais en découvrant ce qui lui servait de chambre à coucher. Zahra dormait dans le balcon, dans une minuscule pièce isolée, afin de lui approter un minimum d'intimité et de la protéger, un petit peu, du froid hivernal. Mais il était facile de deviner que le piteux état de ses fenêtres coulissantes ne permetait pas une réélle isolation. Il y avait tout juste de la place pour un canapé clic-clac qui lui servait de lit, une radio, et sa valise.

Nous parlions de plus en plus au fil des jours, et je ressentais le malaise que cela créait du côté de ma tante. Il n'était pas approprié de distraire la bonne à tout faire, elle pourait alors prendre confiance et devenir sournoise.. .


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