grincement

Leila Alaouf

lundi 16 décembre 2013

Comme La Neige Qui Fond

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    Cette neige, c'est un peu comme tout. Elle existe, pour ensuite fondre. Elle n'est belle que l'espace de quelques heures et noircit la nuit, puis se mêle à la boue le jour.
Les camps sont calmes. Enfin un peu de silence dans cette titubation infernale qui ne s'arrête jamais. Oui un peu de repos qui se paye cher,  après les longues heures d'interrogations et de courses. 
Moi qui autrefois prenais soin d'assembler le rouge au noir, le bleu au blanc, le rose au beige, aujourd'hui, je cherche n'importe quelle étoffe de tissus qui puisse m'empêcher de mourir de froid entre ces quelques kilomètres où s'entassent des milliers d'autres âmes naufragées. Après tout, assembler le rouge au noir, le bleu au blanc, le rose au beige, pour qui ? Y a t-il un être sur terre qui mériterait que je prenne soin de moi ?

J'ai traversé des distances sans les compter et rejoint un nouveau territoire grâce à mes pieds et quelques transports en miettes, personne n'avait l'air d'observer mes vêtements, et personnes n'y aurait prêté attention même s'ils avaient été assemblés avec soin. Les autres ne se soucient pas de ce à quoi l'on ressemble quand on traîne à nos côtés la Misère. Ils pensent qu'elle est contagieuse et qu'elle attrape tous ceux qui oseraient l'épier du regard. 

Les flocons dansent et virevoltent quelque peu avant de s'écraser brutalement contre terre. Voilà la réalité. Je ne suis plus blanche, j'ai noirci. Je n'ai plus envie qu'un regard admirateur se pose sur moi ni que l'on scrute ma peau transparente. Je ne veux plus me promener dans de grands espaces où fourmille la jeunesse dans l'espoir qu'on me regarde avec envie ou admiration. Je ne suis plus celle que j'étais ; une gamine qui chérie sa jeunesse et guette chacun de ses traits réguliers. J'ai assez vu et palpé ce qu'on m'a vendu toutes ces années à la télévision et dans les contes.

L'homme qui m'a prise l'autre nuit ne ressemblait pas à ce que je croyais. Les tentes devant moi sont grises et sales, elle me rappellent les murs de cette cellule de prison. Ces quatre murs qui n'ont su que rester muets face aux cris. Je ne sais plus si ces cris sortaient de ma bouche où s'il s'agissait d'un son venu de l'ailleurs, dont chacun des échos s'agrippait à mes propres oreilles. Est-ce moi qui me suis rendue sourde ?

Je préfère rester dehors et marcher, les oreilles et le nez gelés par la saison hivernale qui, imperturbable, continue d'exécuter les ordres de mère Nature, quoi qu'il arrive et quoi qu'il advienne. Sous l'espace étroit de ma tente familiale, il n'y a pas assez de place pour mes pensées ni pour mes membres.

Plus tôt dans la soirée, deux hommes sont passés pour discuter avec moi. Ils faisaient partie d'un organisme de secours médicaux plein de bonnes intentions. Ils voulaient que je témoigne, que je leur raconte ce qu'il m'est arrivé. Il dégoulinaient de pitié, et je n'ai que faire de leurs yeux qui brillent, car ce sont ces mêmes orbites qui m'ont empoignée. Aussi, j'ai honte. Tout de ce que j'aurai pu leur dire aurait été une allusion directe ou indirecte à mon corps, à mes seins, à mes cuisses, à ses mains répugnantes. J'ai honte d'avoir été au mauvais endroit, au mauvais moment. J'ai essayé d'oublier chaque détail, j'ai essayé d'effacer chacun des regards qu'il m'avait lancé l'autre nuit. Ses yeux ressemblaient à ceux du loup qui étreint sa proie. Il n'y avait aux creux de ces pupilles ni désir, ni miséricorde. Il ne s'y trouvait que la haine cultivée par la venin d'autres reptiles encore plus assoiffés de charognes.

Je n'ai rien dit à ces hommes emplis de louables intentions, car à mes yeux, ils ne font partie que d'une même humanité, celle qui comporte à la fois la bête et le torturé.




Leila.A

mardi 3 décembre 2013

10 Bonnes raisons de soutenir "les femmes dans la mosquée".

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Pour répondre une bonne fois pour toutes aux appréhensions, 10 bonnes raisons de soutenir le collectif "Les Femmes dans la mosquée":


1- Parce que les femmes à l'époque du prophète (pbsl) priaient derrière les hommes sans séparations ni craintes d'être relayées ailleurs.


2- Parce que la mosquée, "al jami' ", comme son étymologie arabe l'indique, est un lieu de rencontre et de réunion.

3- Parce que prier dans les sous-sols, à côté des toilettes des hommes, est indigne.

4- Parce que les 3/4 de la salle des hommes sont vides.

5- Parce qu'écouter le sermon du vendredi ou la prière collective, transmis (très médiocrement) par enceintes, ne permet ni une pleine concentration, ni une pleine spiritualité.

6- Parce qu'en général, les salles de prières pour femmes sont des garderies pour enfants.

7- Parce que redonner aux femmes musulmanes leur emplacement originel, c'est redorer l'image de toute la communauté musulmane.

8- Parce que  "Nul d'entre vous ne sera véritablement croyant tant qu'il ne désire pas pour son frère ce qu'il désire pour lui-même." rapporté par Bukhary et Muslim.

9- Parce que les lieux les plus sacrés de l'Islam ont toujours été mixtes (Kaaba, Médine etc..).

10- Parce que rendre visible les femmes, c'est rendre visible ce qu'est réellement l'Islam.




Leila

jeudi 14 novembre 2013

Tendre ami

1 commentaire :
Tendre ami,

Allez je te dis tout, parce qu'entre nous il n'y a pas de tabous. Je t'ai promis de ne rien te cacher, et c'est en t'avouant mes hauts et souvent mes bas que ça devrait mieux aller, tu ne m'en voudras pas n'est-ce pas ?

Oui, c'est dur .Tu es envahissant parfois.
Voilà dix ans que l'on est ensemble, dix années que je te supporte, cent-vingt mois durant lesquels on ne s'est séparé que très rarement pendant des périodes d'incertitudes où je te disais que j'avais besoin de réfléchir, de me poser les bonnes questions. Au final, c'était toujours toi que je choisissais, toi qui m'aidais.

Mais voilà... Aujourd'hui les temps sont rudes, plus rudes qu'il y a dix ans. On dit toujours que ce sont les premiers mois de vie à deux les plus compliqués, ces mois où l'on se découvre. Ça passe ou ça casse.
On m'aurait menti ? Tu ne m'as jamais autant contrarié, même si je sais que tu n'y es pour rien. C'est comme si je défoulais toutes mes angoisses sur toi, toutes les mauvaises ondes que la radio et la presse m'injectent au quotidien. Et puis c'est vrai que de temps à autre, j'ai besoin de renouveau, oui c'est vrai que parfois j'ai envie de plaire, moi aussi, quand je vois la grande blonde aux yeux revolver du métro qui ne laisse pas indifférente. C'est naturel dis-moi ?

Il y a des jours où je me demande si je t'aime encore, Il y a des moments où j'ai l'impression d'avoir perdu l'enthousiasme des premières années. Je me suis rendue compte que pour que notre relation perdure, il fallait que je fasse des sacrifices. Certains sont pesants. Je me demande si tu en vaux vraiment la peine, si tu mérites mes larmes et mes petites souffrances. Je ne te diabolise pas, non loin de là, tu m'as vue grandir quelque part, et tu ne me fais pas vivre un enfer. Ne me comprends pas mal, entends-moi, le réel problème ce n'est pas toi, il s'agit plutôt des Autres. D'ailleurs, ces Autres sont souvent la cause des problèmes relationnels. Plus que jamais, on veut que je te quitte, que l'on se sépare, au point que des étrangers en sont venus à s’immiscer dans notre vie personnelle. Ils ne voient pas d'un bon œil notre engagement. Il veulent te mettre au placard ou sur l'étagère.

Non mon cher, ne me crois pas influençable, je suis simplement humaine. Je ne pense pas être mauvaise non plus, je suis comme tout le monde, me jugerais-tu si facilement ? Oui, évidemment, ça me fait quelque chose quand je les entends dire que j'ai sacrifié ma jeunesse à tes côtés. Penses-tu que je suis de marbre ou un ange directement descendu des sept cieux ?

D'ailleurs, sais-tu ce qu'il y a de plus dévastateur ? Eh bien je vais te le dire. Ce qui frappe comme un coup de poignard dans le dos, c'est quand ceux-là mêmes qui sont censés te soutenir dans tes choix te descendent en public, voire dans la presse. Ceux qui finalement, ne voient vraiment pas ce qu'on fait ensemble, et qui pensent qu'après tout, je devrais te larguer, que rien ne m'oblige à rester avec toi. Il y a des priorités nous disent-ils ! Mais tout ce qui n'est pas prioritaire n'est pas inutile. Et il y a ces hommes et ces femmes , qui se disent pieux, mais qui ont néanmoins honte de nous voir ensemble. Il n'assument pas leur identité religieuse.
Tu es triste ? Ne te mets pas dans tous ces états et ne te chiffonne pas. Tant que tu es là, sache que tu m'apportes ce sentiment de sécurité intérieure, tu es en quelque sorte la corde qui me permet de me rappeler où je vais et sans toi, je crois que je la perdrais un peu, cette connexion. Oui, l'habit ne fait pas le moine, oui j'agis parfois en contradiction avec toi, mais je me dis qu'au fond justement, ces quelques hassanates que tu m'apportes dans la difficulté ne sont sûrement pas du luxe. Qui sait ? Peut-être qu'elles me sauveront un jour où il sera question de mon éternité.
Allez, j'espère que ça durera entre nous et malgré tout, on forme une belle équipe tu ne trouves pas ?


A mon voile préféré, acheté 9 euros à Leclerc, et à tous les autres.

jeudi 10 octobre 2013

Les orbites de la rue

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Femme dans la rue,1914- Agust Macke
    La rue, ce lieu où l’espace semble manquer. Il n’y a pas de place pour les vagabondages inconscients, l’innocence n’existe pas dans ce lieu de tous les regards. Les gens qui accélèrent leurs rythmes au fur des heures qui les attendent. Mais nous, dans cette grande ville, sommes espionnées par des yeux qui nous renvoient à notre place, celle qui n’est pas entre les grands bâtiments, entre l'air, le vent, les voitures agitées, les transports blindés. Je suis, comme dans un bétail, repérée par ma carrure, par ce voile qui aux regards de ces bêtes sans laisses, n’est rien d’autre que la preuve fulgurante de mon appartenance à leur autorité imaginaire.
Des orbites qui descendent le long de mon corps et de celui des autres, des sourires à demi voilés qui nous déshabillent, ces frôlements violents, ses paroles qui, comme une toile d’araignée, accrochent et prennent au piège, ce piège de l’insécurité. Ces mots et sifflements impertinents me disent en silence « ta place est entre quatre murs ». Nos ombres les gênent, que dirent de notre présence? Dans un monde où ils ne possèdent rien, penser posséder l’autre est un réconfort, n’est-il pas ?
L.A



lundi 2 septembre 2013

Poursuite et Essence

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Il faut,
Du courage pour poursuivre,
La lueur d'un rêve,
Soulever roches et montagnes,
Pour y croire.
Mourir mille fois pour franchir le pas,
Puis revivre,
Une fois de l'autre côté passé.


Ces craintes qui nous susurrent à l'oreille,
Ses freins inanimés,
Qu'on ne fréquente qu'une fois l'horizon éclairé,
Qu'une fois la route dégagée.

Étrange tu es,
Quand tu te poses des barrières,
D'illusions et éphémères,
Et combien la résignation est simple,
Passe partout et hypocrite.

A quoi bon trois passeports,
Trois identités,
Lorsque aucune n'emplie le cœur,
Pleinement.
Il survit l'identité de mon âme,
Et celle de mes pensées,
Je crois aux terres infinies,
Attachantes et exquises.
A qui appartiennent-elles,
hormis au vent, au ciel, au temps?

Piégé tu es,
En croyant en posséder,
Tu n'es que l'esclave de ses pierres,
Ses nuits, et ses mers,
Et tu te prends pour légitime propriétaire.

Un seul regard d'un ailleurs,
Éveille une furtive crainte,
Déraisonnée et maligne.
Il y a en moi assez de place pour des peuples,
Des terres rouges, jaunes, vertes et noires,
Mais l'asile se serre,
Quand il s'agit d'accueillir un simple moi.


Leila Al Aouf



dimanche 1 septembre 2013

Lunatisme

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la vie, cette chose étrange,
vous fait une fois maitre,
Une fois servant,
le premier fier sans mérite,
le second misérable par le sort.
Un jeu de  hasard,
un lanceur de dés disait Darwich.

Un jour femme néo esclave,
puis l'autre narcissique baignée d'or,
équation peut-être illogique,
soignée par la mort.

Heureux pour une bouffée d'air,
Pourtant sûre garantie,
d'une fin terrestre certaine.



Leila Al Aouf

Témoins éternels

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Et C'est ainsi que sur son corps,
Défilent les yeux des ces fous,
Et c'est ainsi que sur son corps,
Se dessine l'image d'une patrie,
Violée, cinglée, et meurtrie.

Si seulement.
Si seulement ils savaient,
Il ne savent pas.
Chaque blessure est une graine,
Chaque partie de son corps,
Touchée par la violence de ces hommes,
Est un témoin,
Qui un jour parlera.


Leila Al Aouf

dimanche 11 août 2013

parallèle

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J'ai levé mes yeux vers ces explosions de couleurs énergiques. A jeddah tout le monde pose son regard sur ces pluies de feux marquant la fin de la fête de l'Eid. Dans la nuit et durant quelques minutes, tous sommes rivés vers ces goutes colorées dans le ciel humide et chaud. Sans m'y attendre, je me projette dans ce qui, qui sait, sera demain. Des étincelles de couleurs, peut-être étoiles, peut-être artifices, ou imaginaire, un quatorze juiller Syrien, des larmes et les exclamations admiratives des enfants. Des vieux et des jeunes fatigués regardant ce tableau, affirmation d'une fin et d'un début, qui seul Dieu sait, sera sans plus d'espoir, mais non sans moins. Rien n'est chaleureux ici, et voilà qu'on se retrouve obligé de s'enfermer dans des cages en or, des déserts pleins de sables et d'oasis invententés sans goût ni sentiments. Les gens ne sourient pas comme à Damas, comme je les plains. Mêmes les enfants, ici, ont quelque chose de vulgaire, de faux. Ils sont pris malgré eux dans un tourbillon d'or jaune et noir. Je lamente ce désert mais Damas ne m'ouvre plus ces bras. J'ai imaginé, les yeux embués ou peut-être était-ce le vent humide d'une péninsule arabe en miette, les ciels peints et les acclamations joyeuses ou tristes. J'ai visionné dans un coin de mon esprit, un départ et la télévision locale annonçant un nouveau chapitre.


mercredi 15 mai 2013

A mon Grand-Père

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Tu as vécu, aimé, donné.
Et tu es parti.
En prenant avec toi une étoile.
Alors dans le ciel,
La lumière brille moins.
Il est vrai qu'à Damas,
Un ciel grisonne.

Tout cet amour en toi,
Tu l'emportes dans les sept cieux,
Et nous laisses orphelins,
D'une vie ayant tant apporté,
Dignité et regards illuminés.

Quand le dos courbé,
Tu nous disais tes amours,
La guerre, l'engagement,
Et ta vie passée,
La tendresse des paroles,
Forçait nos yeux à briller.

Quand du coin de l'oreille,
D'une voix douce et affectueuse,
Tu me murmurais ton amour sincère,
Je trouvais la fierté d'être aimée,
Par un coeur empli de pureté.

Quand sur la veranda,
Du haut de notre Damas,
Tu lisais des vers écrits à mon adresse,
Pour prouver ma place dans ton coeur océanique,
Tu gravais des souvenirs dans la pierre.

Tu emportes avec toi,
Ces odeurs chocolatées,
Toutes sortes de souvenirs sucrés,

Grand-père,
Tu me laisses démunie,
Aujourd'hui et à jamais,
De ta tendresse si simple,
Si vraie.


Leila Al Aouf

                                                      
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حفيدتي ليلى

يا غصن بان انا القد فتان
والعين تبصر و الانسان انسان

و الصدر بستان ما شابه كأل
ثماره نضحت تفاح و رمان

فلا تخشى في البستان من ظمأ
فان فيه عين و أهداب و أجفان

و احذر من العين ان تصليك دمعتها
فان للدمعة أهوال و نيران

سلم امورك للمعبود
ان له في خلقه أشكال و ألوان

وقل يا رب اني تائب أبدا
فاحفظ فؤادي أنت جبار و منان

و احفظ لساني من الزلات و اعصمني
فان فيه أصنام و أوثام.


عز الدين العوف

vendredi 10 mai 2013

Mon attestation de foi

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    A chaque vie qui s'envole, mon coeur pèse un peu plus lourd. tellement lourd que la peur m'envahit de ne plus pouvoir un jour le porter. Que dire après ces années qui passent sous le sang, que dire quand les mots se sont épuisés, quand les mots ne valent plus les douleurs et les blessures?
C'est un monde de loups, où même les arbres et le vent pure ne sont épargnés. L'innocence qui restait en chacun de nous s'en va pour ne laisser qu'un vide amer. Et j'écris pour ne pas que la haine ne m'envahisse, pour ne pas qu'un jour, je ne ressemble un peu à ceux que je hais.

Que dire, lorsque l'abandon et la passivité dominent ceux qui crient à la fraternité? Que dire, quand on m'accuse de trop pleurer pour des terres qui m'ont bercées?
On nous accuse de terrorisme ou d'égarement.. On nous accuse de crier trop fort à l'aide. On nous accuse de trop être pour la Syrie, ce que nous n'étions pas pour Gaza. A tort. Que dire, que faire quand ces mots résonnent comme des poignards? Calomnie et mensonge pour eviter qu'un silence ne se brise. Je ne me justifie pas en disant avoir pleuré autant Gaza, non, je l'écris pour ne pas que la haine se cultive en moi. Pourquoi se justifier? Me justifier de quoi? D'être du pays du jasmin et de pleurer la pluie de sang qui innonde ma mère patrie? Devrais-je être désolée si ma langue ne se délie qu'en disant ses souffrances, que mon crayon ne gémisse qu'en vomissant sa frustration? Devrais-je être désolée de rêver la Syrie, de respirer, de dormir, de vivre, d'aimer, d'éspérer et de n'aspirer à rien, qu'à la Syrie?

Devrais-je m'excuser envers ce monde, si dans mon coeur, il n'y a plus de place pour
l'amour fraternel jusqu'à ce que la paix y revienne? Quel amour fraternel? Cet amour qui vous regarde les yeux sans gênes, vous faire dévorer par les bêtes? cette fraternité qui nie votre douleur, trouve mille excuses à votre oppresseur? Si je n'écrivais pas, mon intérieur aurait tué mille fois la fraternité qui s'y trouve. Si je n'écrivais pas, jamais je ne pourrais penser à pardonner. Car ce qu'il y a à pardonner est lourd. Trop lourd. Cette fraternité de la honte me massacre une deuxième fois. L'odeur du sang me tue, et la lâcheté et l'ingratitude de mes gens me poignarde par derrière et me tue une deuxième fois.
Tout ça pourquoi? Je le sais, ô mon Dieu, je ne comprenais pas encore il y a de cela quelques mois, la valeur de mon attestation de Foi, je n'y comprenais rien. J'espérais secrètement qu'un secours "fraternel" nous vienne, mais ne sont apparus que des coeurs emplis d'indifférence, des coeurs noirs et confus.

    Alors quand toutes les portes se sont fermées devant moi, devant nous, il n'y avait plus que Toi, pour m'écouter, pour nous écouter. Comme si Tu attendais qu'enfin, nous nous dirigions vers toi. Quand toutes les portes se sont fermées, la tienne s'est ouverte, parce qu'il ne restait plus qu'elle. Alors j'ai compris. J'ai compris qu'il n'y avait de sauveurs que Toi, il n'y avait d'amour qu'en Toi, qu'il n'y avait pour écouter nos peines que Toi, qu'il n'y avait pour comprendre la douleur suprême, que l'Amour Suprême et la Miséricorde Suprême, qui sont en Toi.

Oui, il n'y a nul Dieu à part Toi, et il n'y a nul sauveur à part Toi, il n'y a nul amour à part Toi, il n'y a nulle tendresse à part la Tienne. Et Il n'y a nul Juste à part Toi, et nulle Justice sans Toi.




Leila Al Aouf

dimanche 28 avril 2013

Damnée (II)

2 commentaires :
Chez moi se trouve un torent d'aimants,
Chaque choc m'épuise un peu plus.
Une sensation d'éternelle mélancolie,
Une sensation d'éternelle perdue.


Je prierai nuit et jour,
Pour ne plus être moi.
Si seulement,
Je n'étais pas moi,
Mais une autre poussière,
Transparente,
Perdue entre ces milliers d'autres,
Si seulement je ne suis pas,
Une poussière perdue seule.

Excessifs sont mes sentiments.
Du tout au tout,
De l'admiration à la haine,
Je passe du désarroi,
Au pourquoi,
De la pitié à l'indifférence.
Si indécise je suis.

Une comète atteint chaque jour,
Des noirceurs en mon coeur,
Etranges boules à ébullition.

Chaque jour,
Le courant d'air d'un souvenir,
Sur mon corps se pose,
Et m'explique la détresse,
Et mes regards d'étrangères,
Demandent au monde,
Une réponse,
A ce que je ne veux entendre


Un rappel,
De ce que je ne veux revoir.




vendredi 5 avril 2013

Damnée (I)

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J'aurai aimé être une poussière,
N'importe quoi,
D'autre.


Une orbite détachée de l'humanité,
Détachée de toute influence humaine.
C'est ce choix tant désiré qui nous fuit,
J'ai le choix de tout,
La maîtrise de tout,
Sauf de ce qui ne m'appartiendra jamais.


Les coeurs ne sont pas à moi,
Je ne peux que contrer,
La haine,
L'amour et la folie,
Et ce qui ne se trouve en moi.

Que suis-je?
Un coeur,
Ou un corps?
Une simple envie charnelle?
Ou une simple attirance spirituelle?

Si peu de chose.
Si lâche face à la faiblesse,
Des autres.


Les âmes lésées,
Dansent devant moi,
Perdues dans leur folie,
Me tirent vers ce que je n'envie pas.
Je joue au jeu qui brûle,
Au jeu qui marque,
Et recommence,
Toujours, avec regret.


Et les âmes marquées,
Dansent devant mon coeur.

Il n'y a pas de remède à une âme lassée.
Il n'y a pas de remède à la désillusion.
Il y a seulement la négation,
Qui persiste jusqu'à la concrétisation,
de l'éruption tant redoutée.
Qui transforme l'homme et la nature,
En pierre damnée.


Leila Alaouf

Echos

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Il n'y a que la nuit qui puisse être aussi cruelle,
Est-ce le noir ou le silence?
Peut-être tout deux sont un piège.
L'un ne nous laisse entrevoir que ce qu'il désir,
Tout est sombre et tout est pire.
l'autre ne nous laisse entendre que l'échos de nos peurs.
Ainsi je revois mon grand père,
Et j'entend la voix de ma tante,
"Il perd la mémoire"

mercredi 3 avril 2013

Roche

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Je ne sais pas,
C'est cela,
Je ne sais pas.

Etre banale,
Empli de pensées,
Banales.

Je ne sais pas.
C'est à ce moment que l'âme,
Me questionne.
Je ne sais pas, et,
Pourtant,
La vie se répète devant moi,
Les questions sont les mêmes,
Ma faiblesse est un cercle,
Vicieux,
Ou Tendancieux.

Ces visages reviennent à moi,
Et portent au fond de leurs pupilles,
Les mêmes regards,
Les mêmes épreuves,
Ces yeux me disent,
"Tout cela se répète."

Je ne choisis pas de planter,
Dans ces coeurs,
Un début de printemps,
Je ne choisis pas.
Je ne comprendrai jamais,
L'alchimie des sentiments.


Je refuse ou j'accepte,
Telle est ma destinée.
Je refuse ou j'accepte,
D'arroser les coeurs,
Ou de les assécher.


Leila Alaouf

mardi 2 avril 2013

L'arme d'oiseau

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Hier,
J'ai parlé à un oiseau.
Lui qui autrefois m'emmenait aux champs,


Aujourd'hui,
Tient les armes,
Et marche au vent.

Hier j'ai parlé à un oiseau,
Déserteur de l'armée,
Ayant choisi le risque,
Plutôt que tuer.

Hier,
J'ai parlé à un oiseau,
Comme s'il était mien,
Lui qui vivait inconscient,
Se bat le jour,
Pour gagner un instant.

J'ai parlé à un oiseau,
Aujourd'hui vieux et ivre,
Plus que jamais,
De vie,
De liberté.

Aujourd'hui j'ai parlé à cet oiseau,
ce nouveau souffle,
Que je n'aime pas moins.



Leila Alaouf


mercredi 27 mars 2013

Linceuil

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"Ya Sin"
Et les bombes jaillissent.

"Ya Sin"
Et les cris retentissent.

"Ya Sin"
Quelques versets de Coran,
Entre éclats et obus.

"Ya Sin"
Les jeunes rejoignent les morts,
Les femmes sont des hommes,
Les enfants sont des grands.

"Ya Sin"
Vous qui fermez les yeux,
Faites vos cinq prières,
Puis riez sur les morts.

"Ya Sin,
Par le Coran plein de sagesse"
Non,
Vous ne serez musulmans,
Tant que notre douleur,
Ne sera dans vos tripes.

"Ya Sin,
Par le Coran plein de sagesse,
Tu es certes du nombre des messagers,
Sur un chemin droit"

Dieu vous parle!

"Ya Sin"!
Le chââm béni du prophète,
Est en ruine.
Saladin aurait hurlé,
Ibn Al Walid aurait libéré,
Sa chère Homs,
Une seconde fois.

"Ya Sin"
Ma tendre Syrie s'égratigne.




Leila Alaouf


dimanche 24 février 2013

Apatride

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Apatride,
Tel est mon nom.
Coeur vide,
Empli de souvenirs,
Sans attaches.

Apatride tel est mon nom,
Sans lumière de fond,
Sans base,
Sans projection,
Apatride est mon coeur,
Apatride,
Mon âme,
Mon esprit,
Ma foi.

Sans horizon ni corde à rattraper,
Sans bout de tissus pour essuyer,
Certaines des larmes clandestines.
Tout comme fables et contes,
Sans forêts qui me choient,
Intimement.
Sans mer pour me dire,
"Tu es chez toi"

Apatride dans un monde,
Plein de frontières,
Plein de drapeaux,
Plein d'armées,
Et d'hymnes nationaux.

Apatride sans refuges loyaux,
Rien qui ne soit recousu,
Rassemblé et assemblé,
Sans couverture originelle,
Sans pensées universelles.
Apatride.


Leila Alaouf

jeudi 21 février 2013

Amour et trahison

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"Ca n'en vaut pas la peine,
Le vent qui soufle n'est pas assez cher,
Tu regretteras,
De te donner entièrement à ses pensées.
La saleté envahit les ruelles dévastées,
La corruption étouffe les coeurs",
Parle t-on.

Cela n'en vaut pas la moindre peine,
Mais je crois avec raison,
Que la distance,
L'abscence,
Le désir,
L'envie,
Le manque,
N'ont que faire de la beauté réelle,
De la saleté des rues,
Du policier criant,
Sur les petits commerçants,
Des bruits des klaxons rythmant
Les journées et les nuits.
Des fumées noires qui décorent la ville,
Des sacs plastiques enrobant,
Le feuillage des poivriers.

A quoi bon?

Le manque me prend,
Le désir qui drogue,
L'amertume qui me soumet,
Je me contre fiche de la pollution,
Des taxis jaunes délabrés,
Des hommes scrutant chaque parcelle,
Des corps de ces femmes des microbus.

Je l'oublie.

Pourquoi s'en rappeler?
Le mal ne s'en dissiperait pas,
Non, ce mal merveilleux est tatoué.
La brise du matin et le soleil brûlant,
Cet air chaud qui passe sur mes joues,
C'est la descente de l'avion,
Et l'étreinte du pays,
Les rebords des trottoirs,
Noirs et blancs,
Alternativement.

Les chiens qui aboient au loin,
Le mont qui me saluent,
Tôt le matin à travers la veranda,
L'odeur florale des quartiers,
Si accueillante,
Si enchantée.

Tout ce qui me manque est beau,
La laideur et l'ombre aussi,
Tout ce qui est loin me manque,
La crasse des quartiers,
Et les forêts de Lattaquié,
Les cafards des escaliers,
Et les mûres fraichement pressées.

Je t'aime dans ta desctruction,
Je t'aime dans ta désolation,
Je t'aime dans ta misère,
Je t'aime belle et soignée,
Je t'aime souriante,
Même malade,
Je t'aime.

Tout est bon à prendre,
Tout mérite d'être choyé,
En amour,
Rien n'est délaissé.



Leila Alaouf


jeudi 14 février 2013

A l'ombre de l'Homme et de la Femme

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C'est cette partie humaine que je ne comprend pas, qui ne se manifeste pas.
Si je n'arrive pas à distinguer l'humain d'entre l'homme et la femme, c'est qu'il ne se manifeste pas, qu'il ne veut pas s'exprimer.
A t-on le droit de parler?
Oui, mais pour dire quoi?
Ressentir seulement suffit-il?
Nous a t-on donné les sentiments en échange des mots qu'on nous a confisquées?
Oui, nous sommes sentimentales, pas assez dans la concrétisation des actes et des paroles, nous dit-on. 
Mais nous savons détester, hair, aimer, juger, présentir, donner, envier, jalouser, jusqu'aux os, avec sincérité.
Ce qui se ressent, est un chemin de ruban qui me traverse, je ne peux pas le partager, je n'y arrive pas.
J'ai l'orgueil, comme tout le monde, de croire en des sentiments exclusifs, et je ne préfère pas croire que je suis en fait banale, stricitement normale.
Des questionnement existentiels.
Ils me prennent de temps à autre, quand je n'ai plus ce qui me nourri en fierté et en orgueil; les gens.
J'essaie de cultiver autre chose, de trenscendant à ce que je suis, un raisonnement sans inconscient, sans conscient, sans subjectivité, mais il s'effrite et s'envole, devant moi et entre mes mains, il me provoque.
Si je partais, tout de suite, que resterait-il de moi à part mon image?
Rien.
Il ne resterait rien, et c'est là où tout s'arrete. L'immortalité ne s'inscrit pas dans mon image.


samedi 9 février 2013

Sais

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C'est une corde fébrile,
Un lien fragile et trompeur.
Rien ne peut pieger le vent,
Ni même le ficeler et lui dire,
"Tu m'appartiens".

C'est une feuille qui maintes fois,
Est tombée et s'est jaunie l'automne,
Et décide alors d'étreindre à jamais
La branche de l'arbre enraciné.

C'est,
Un chemin perdu,
Une étoile le jour,
Une mer asséchée,
Un cœur monotone,
Un sourire habitué,
Une attention désintéressée,
Un flot de routines.

Ce sont des mots,
Sans sens que l'on lâche,
Des promesses enjouées,
Des sourires incertains,
Derrière des peurs ancrées.


L.A

mardi 15 janvier 2013

Brefs adieux

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A toi, étudiant, dont le corps refroidi,
A vu passer l'astre de la mort,
Au sein d'une demeure sacrée.

A toi qui portait l'espoir d'un jour,
Qui prenait ce que la vie t'offrait,
Pensais-tu à jamais t'endormir,
Entre ces livres et sous ces toits?

Puissent nos livres d'Histoire,
Se souvenir des lignes écrites de ton sang.
Les murs ont crié si fort,
Les marches ont pleuré ton sort,
Les tables ont tremblé,
Infiniment,
Pour toi.

Vous, qui cherchez la gloire derrière le papier,
Sachez que la gloire, aujourd'hui,
Vous a été retirée.

Elle enveloppe les corps inertes,
Des étudiants à Alep.





Leila Alaouf



lundi 14 janvier 2013

Une nuit

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Il y a dans la nuit,
Une certaine vérité,
Qui s'étent d'apparence,
Se colore de questions lassées,
De douleurs à chaud,
De brûlures glacées,
D'espoir vendu au rabais.

Cette nuit qui rappelle,
La fragilité des paroles,
L'absurdité des luttes,
L'hypocrisie des combats,
La haine des réalités,
Le refus de voir l'abstrait.

Souvent,
Je ne crois pas en ce que tu dis,
Je n'ai foi en ce que je défends,
Je jubile de bonheur à l'idée,
De croire à la véracité des valeurs,
se résumant à;
De l'encre sur papier,
Des mots lancés dans l'espace,
Une gestuelle faussement engagée.

J'aime à travers ces pleurs,
Vomir ces lieux insalubres,
Présents dans mon coeur.
J'aime à travers les larmes,
Vomir des mots interdits,
Pliés au fond de mon âme.
Jaime à travers mes yeux,
Passer aux aveux orgueilleux,
Bâtir des pensées infondées,
sur des bonheurs intouchés.


Leila Alaouf