Leila Alaouf

vendredi 10 mai 2013

Mon attestation de foi

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    A chaque vie qui s'envole, mon coeur pèse un peu plus lourd. tellement lourd que la peur m'envahit de ne plus pouvoir un jour le porter. Que dire après ces années qui passent sous le sang, que dire quand les mots se sont épuisés, quand les mots ne valent plus les douleurs et les blessures?
C'est un monde de loups, où même les arbres et le vent pure ne sont épargnés. L'innocence qui restait en chacun de nous s'en va pour ne laisser qu'un vide amer. Et j'écris pour ne pas que la haine ne m'envahisse, pour ne pas qu'un jour, je ne ressemble un peu à ceux que je hais.

Que dire, lorsque l'abandon et la passivité dominent ceux qui crient à la fraternité? Que dire, quand on m'accuse de trop pleurer pour des terres qui m'ont bercées?
On nous accuse de terrorisme ou d'égarement.. On nous accuse de crier trop fort à l'aide. On nous accuse de trop être pour la Syrie, ce que nous n'étions pas pour Gaza. A tort. Que dire, que faire quand ces mots résonnent comme des poignards? Calomnie et mensonge pour eviter qu'un silence ne se brise. Je ne me justifie pas en disant avoir pleuré autant Gaza, non, je l'écris pour ne pas que la haine se cultive en moi. Pourquoi se justifier? Me justifier de quoi? D'être du pays du jasmin et de pleurer la pluie de sang qui innonde ma mère patrie? Devrais-je être désolée si ma langue ne se délie qu'en disant ses souffrances, que mon crayon ne gémisse qu'en vomissant sa frustration? Devrais-je être désolée de rêver la Syrie, de respirer, de dormir, de vivre, d'aimer, d'éspérer et de n'aspirer à rien, qu'à la Syrie?

Devrais-je m'excuser envers ce monde, si dans mon coeur, il n'y a plus de place pour
l'amour fraternel jusqu'à ce que la paix y revienne? Quel amour fraternel? Cet amour qui vous regarde les yeux sans gênes, vous faire dévorer par les bêtes? cette fraternité qui nie votre douleur, trouve mille excuses à votre oppresseur? Si je n'écrivais pas, mon intérieur aurait tué mille fois la fraternité qui s'y trouve. Si je n'écrivais pas, jamais je ne pourrais penser à pardonner. Car ce qu'il y a à pardonner est lourd. Trop lourd. Cette fraternité de la honte me massacre une deuxième fois. L'odeur du sang me tue, et la lâcheté et l'ingratitude de mes gens me poignarde par derrière et me tue une deuxième fois.
Tout ça pourquoi? Je le sais, ô mon Dieu, je ne comprenais pas encore il y a de cela quelques mois, la valeur de mon attestation de Foi, je n'y comprenais rien. J'espérais secrètement qu'un secours "fraternel" nous vienne, mais ne sont apparus que des coeurs emplis d'indifférence, des coeurs noirs et confus.

    Alors quand toutes les portes se sont fermées devant moi, devant nous, il n'y avait plus que Toi, pour m'écouter, pour nous écouter. Comme si Tu attendais qu'enfin, nous nous dirigions vers toi. Quand toutes les portes se sont fermées, la tienne s'est ouverte, parce qu'il ne restait plus qu'elle. Alors j'ai compris. J'ai compris qu'il n'y avait de sauveurs que Toi, il n'y avait d'amour qu'en Toi, qu'il n'y avait pour écouter nos peines que Toi, qu'il n'y avait pour comprendre la douleur suprême, que l'Amour Suprême et la Miséricorde Suprême, qui sont en Toi.

Oui, il n'y a nul Dieu à part Toi, et il n'y a nul sauveur à part Toi, il n'y a nul amour à part Toi, il n'y a nulle tendresse à part la Tienne. Et Il n'y a nul Juste à part Toi, et nulle Justice sans Toi.




Leila Al Aouf

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