grincement

Leila Alaouf

mardi 18 novembre 2014

Musulmans, femmes, et cloisonnement culturel (contribution pour Elkalam.com)

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"Sans vouloir s'inscrire dans une démarche de jurisprudence islamique particulière ni dans un mouvement de féminisme intransigeant selon la définition préétablie du modèle dit "occidental", il devient nécessaire, aujourd'hui plus que jamais, de faire le point sur un certain nombre de questions qu'il n'est plus possible de contourner. Quelle est donc cette digue qui empêcherait toute une partie des sociétés arabo-musulmanes de s'approprier les revendications de liberté et d'égalité féminines, une fois pour toute ?"


samedi 8 novembre 2014

L'instant

3 commentaires :

                                              

N’écrit-on que la douleur,
Comme hospice intérieur ?

Et la place ne se fait-elle plus,
Qu’aux lamentations pestiférées
Par le cœur et bientôt la raison.

Et ces sentiments d’amnistie,
Quelques heures quelques jours,
Qui offrent à nos corps un peu de flegme,
Un peu de doux.

Ni joie patente, mais,
Douleur au moins se fait discrète.
Nageons-nous dans le culte de la plainte,
Et de l’élégie, désirant,
Fallacieusement gaieté,
Mais nous épanouissant,
Dans le creux de nos geintes ?

Quelques heures quelques jours,
Une nouvelle claire,
Un sourire fragile,
Au demeurant tangible,
À forte poigne le retenir,
Quelques instants quelques moments,
Sentir la paix,
Sentir vraiment.



L.A

mardi 21 octobre 2014

Le sourire et la mort.

1 commentaire :

« Moi aussi j’accepte de faire le djihad en Syrie pour 70 vierges ».

Plus rien n’est choquant lorsque quatre ans s’accumulent, quatre ans à travers lesquels se sont associés les silences et les impuissances des milliards. Après-tout, n’avons-nous pas le droit au même supplice que n’importe quel autre massacre perpétré au cours de l’Histoire ?

"C'est marrant, la Syrie, on n'y comprends rien."

Oui, d’autres y sont passés avant nous, sous le même tunnel, le même abysse, sur le même autel. Qui sommes-nous, pour gémir et ne pas en rire ?
Mais sans connaitre l’exact pourquoi, la brutalité de mes mots me devança. Incontrôlable mais calme et stoïque, certaines paroles m’ont échappée, je sais, je n’aurais sans doute pas dû, l’égoïsme m'a eu.

« Mes cousins ont été tués en Syrie. »

Les yeux dans les yeux, un sourire macabre aux lèvres. Oui j’en ai souri. Peut-être était-ce la gravité gênante de la situation, ou plus humainement sans doute, ai-je intimement jubilé à l’idée de lui offrir un tableau ensanglanté effleurant son sarcasme si détaché, si éloigné.  
Pourtant, S., tu la connais la guerre. Celle d’Algérie. C’est là-bas que tu es né, et sans doute, là-bas que les tiens ont vécu les années les plus noires de leur vie. Qu’as-tu donc appris de la douleur des guerres ?
Moi aussi je me suis éloignée du rivage qui me faisait jadis broyer du noir. J’ai décidé de ne plus m’essorer le cœur chaque seconde avec des lamentations internes qui mastiquaient et ingurgitaient chaque fragment d’énergie en moi. Alors détachée, j’ai souri.
J’ai souri, peut-être était-ce pour cela qu’il paraissait ne pas me croire.

« Pourtant c’est vrai, je t’assure ».

Il troque son rire railleur pour un visage quelque peu perdu, cherchant secour dans le vide alentour.  
Il n’apprécie pas d’être mis face au mur brutal de la réalité. Moi non plus, qui apprécierait ?
Sais-tu S., avant qu’il ne soit question de Djihad et de vierges, il était question de dignité et de destin pris en main. L’ignores-tu ? Ceux qui ont défilé dans les rues, les rameaux d’oliviers entre les mains et la colombe en symbole, ceux-là n’avaient que faire des vierges de là-haut, ils voulaient vivre, ici, en bas, la paix à l'âme. Longtemps avant les sensationnels groupes terroristes et l’état dit "islamique", des êtres sont sortis de leurs tombes pour décider de revivre, et d’exister. A peine ont-ils inspiré ce vent nouveau, qu’ils ont été renvoyés sous terres dans un infini sommeil.  

Avant de devenir des lettres articulées renvoyant à un champ de bataille dans ton esprit et dans celui de tant d’autres, ce pays, pour moi était un parfum, une espérance attendue chaque année qui greffait en moi des souvenirs. Un pays riche d’art, de lettres, de cerveaux, et d’Histoire, amputé de toutes ses ressources par une junte. Avant les djihadistes, l’opportunisme, les vierges, il y avait l’espoir. L’espoir enterré.

Et aujourd'hui, à défaut de les voir à Damas, rencontrer ma famille dans les pays du Golfe n’a rien de magique. Ces mêmes pays dont les hommes viennent acheter par milliers les corps de jeunes femmes réfugiées, syriennes comme moi, pour ensuite les recracher brutalement à la face d’un monde décrépi par la misère. Elles ont été malgré-elles les vierges promises des fous de cette Terre. Ce sont elles, les 70 vierges.


Loin de moi l’idée de susciter en toi quelques remords. A quoi bon ? Rien de tout cela ne servirait. 

mardi 14 octobre 2014

ciel autochtone

1 commentaire :




Dehors là-haut, il n’y a qu’étoiles,
Et ici il n’y a que toi.
Clarté du soir Insoumise,
C’est le dernier psaume  du monde,
Autochtone, aborigène,
Le ciel intact des
Remous de l’homme.

Mais ici, il n’y a que toi,
Tandis que le ballet continue,
Avec ou sans. Dis-moi,
Y a t-il un rythme tutélaire?
Une mélopée à boire et à guérir ?
Sous l’étendue autochtone,
Une vague d’êtres enchaînés,

Morcelés, expirent.

L.A

jeudi 11 septembre 2014

Arrêt sur image

2 commentaires :

J'aimerais une fois -l'occasion ne se présente que peu- lancer un mandat d'arrêt au temps qui cavale et nous fait oublier l'abysse du décompte, les jours sont comptés. J'aimerais parler de sentiments sans que l'on ne pointe l'infirmité.
C'est le jour qui laisse place à la nuit et la nuit qui s'en va et toujours le jour vidé de son sens délaisse les profondeurs de la substance.
Plongés dans l'abysse en pensant ranimer les lumières. Nous sommes. C'est un suicide de masse, où se mêlent l'assentiment aveuglé et l'ignorance canonisée. Si la rédemption existe, ô si la rédemption existe, qu'elle nous prenne tous entre ses bras, qu'elle nous étreigne et nous soulève. 
Je désire ce lieu où se rencontrent le cœur et la raison, je désire ce lieu où la dualité ne serait pas antinomique, où l'innocence serait valeureuse, où les larmes n'auraient jamais à être absoutes ou jamais elles ne se mureraient dans la transparence de leur matière.
J'aimerais parler de beauté sans artifices, sans ficelles, sans vices, parler de Dieu et de rationalité, car je ne connais meilleure logique que celle cautionnée par un cœur libéré.
Oui je voudrais que ce temps moderne qui cavale s'ébranle et ralentisse, qu'il nous laisse voir tout ce qui a filtré d'entre nos doigts tandis que nos regards hébétés et mécaniques jouaient au plus défaillant.
Je souhaiterais que les poitrines s'ouvrent, sans appréhension aucune, qu'elles défient les esprits les plus avisés, qu'elles empiètent sur tout ce qui nous a construit une conviction, une certitude, une opinion.


lundi 25 août 2014

Robe bistrée

1 commentaire :


Elle part en vrille cette robe. Pendue dans la vieille armoire du débarras, à peine un an ne s'était passé que les dentelles avaient déjà pris une teinte bistrée. Bistrée, grise, jaunâtre. Déchirée légèrement vers le bas, la pluie et le trottoir humide lui avaient valu une glissade disgracieuse alors qu'elle se dirigeait vers la salle de cérémonie, il y a quelques mois de cela. Elle aurait dû deviner que c'était un mauvais présage.
A ce moment là, elle avait pleuré pour sa robe, pleuré à chaudes larmes pour cette étoffe précieuse, qui, avait-elle imaginé, susciterait l'envie de toute l'audience féminine qui la fixerait, elle, et rien qu'elle, exclusivement qu'elle, durant toute la journée. Cette robe, elle l'avait rêvée longtemps, avec ses amies. Elle avait choisi celle qui ressemblait le plus à l'image idéalisée dans son esprit. Simple mais élégante, des dentelles fines sans trop de perles, elle ne ressemblait en rien aux robes « du bled » comme elle appelait ces robes affichées en vitrines dans les boutiques de Barbès, gonflantes à souhait et dont chaque centimètre était décoré de vulgaires grigris. 
Sa robe à elle vendait du rêve, c'est ce que sa meilleure amie ne cessait de lui répéter. Elle ressentait alors une montée cuisante de fierté, car pour une fois se disait-elle à l'époque, oui, pour une fois, elle « vendrait  du rêve » à toutes celles qui lui ont un jour lancé des mots en fléchettes par derrière le dos ou même devant elle lors de repas hypocritement organisés.

Elle avait veillé à tout examiner elle-même, jusqu'au moindre détail. L'ensemble était ajusté, réfléchi, travaillé. La salle des fêtes n'était pas à l'image de celles que l'on pouvait voir dans certaines régions parisiennes, trop « cheap », trop bas de gamme, maladroitement décorées à coup de couleurs pétantes et de fleurs en plastiques assorties aux autres décorations. Non. L'espace qu'elle avait choisi était fignolé selon les conseils d'un ami décorateur d'intérieur. Cette fête, c'était un peu la consécration d'une vie qu'elle n'avait jamais eu, se dit-elle aujourd'hui, dans ce grand appartement élégamment meublé du 13e arrondissement.

Elle ne sait plus trop quoi faire de cette robe, elle lui paraît si insolente à présent, ainsi accrochée face à elle.

La fête passée en grande pompes, il ne s'était écoulé une semaine que ses desseins de jeune femme mariée avaient déjà commencé à se dissiper dangereusement. Elle n'avait jamais fait florès auparavant, hormis le jour de son mariage. Les festivités terminées, les cadeaux déballés, les couches de maquillages dégraissées: elle avait réalisé qu'elle ne s'était pas uniquement engagée à une célébration, mais à toute une vie.
Le choc fut rude lorsqu'elle qu'elle commença à découvrir les nombreuses facettes de cet homme dont le visage et la présence avaient presque fini par s'effacer durant un temps pour ne laisser place qu'à l'enthousiasme des préparations festives.
Au fond, se dit-elle à présent avec le recul acquis en un an, elle n'avait jamais voulu de cette vie, elle avait simplement forgé le rêve,depuis toute petite, de ce moment où elle serait enfin sous le feu des projecteurs. Elle n'avait jamais anticipé la chute, jamais elle n'avait songé à l'après.
Bistrée la robe, bistré le choix.

Voilà que des dossiers s'empilent, des dossiers en papier, d'autres en mémoire ou en arrière-goût. Le choix était fait dès le premier mois de vie commune, elle se séparerait de lui, bon-gré malgré. Elle avait lu dans un livre que dans la majorité des cas, on entrevoyait dès la première semaine si le binôme fonctionnerait ou s'il serait voué à l'échec. En l’occurrence, elle l'avait su dès sa nuit de noce, à peine entrée dans la chambre d’hôtel cinq étoiles réservée pour l'occasion.
En effet, il n'était pas précisé dans le contrat que l'époux serait avare, à peu près de tout. 
De sentiments et des regards. De temps et d'argent. 

Dorénavant, les considérations sociales n'importeraient que très peu, pourvu qu'elle se dégage de ce quotidien qui aura raison d'elle si elle choisit de s'abandonner à l'étreinte crapuleuse de ce pacte. Vingt-cinq ans dans trois jours, elle aura connu en l'espace de quelques mois le mandat d'arrêt ainsi que, elle l'espérait, celui de libération.

Comment ? Comment avait-elle pu être si sourde à tous les signaux d'alerte qui n'avaient pourtant cessé de lui être envoyés tout le long de la période qui précédait ce fameux rendez-vous à la mairie?
C'est vrai, il avait tout d'un homme désiré. Ses amies l'avaient enviée, jalousée sûrement. L'allure charismatique, un travail stable et fleurissant, un train de vie aisé, une bonne bouille. Néanmoins, cette petite pelote noire dans son for intérieur, elle avait fait le choix délibéré de l'ignorer. Cette infime boule qui lui pressait le cœur à chaque fois qu'elle le croisait, n'était pas le résultat de sa superstition héritée de mère en fille. Elle était réelle, cette chose étouffante qui la mettait en garde. Mais il faut le dire, elle réussissait à chaque fois brillamment à distraire ce sentiment brumeux en se projetant vers ce fameux jour où elle serait tant considérée: Cela valait bien toutes les peines, tous les sacrifices du monde.. N'est-ce pas? 
Et puis enfin, ce jour était arrivé, et il s'est éloigné. 

La robe légèrement jaunie continuait à l'observer, la narguant comme on narguerait un enfant capricieux. 
"Pardi! Quelle belle tromperie.." s'attriste t-elle.


L.A



mercredi 20 août 2014

Nadine Morano, vous m'exaspérez! (contribution au Huffpost)

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                    http://www.huffingtonpost.fr/leila-alaouf/nadine-morano-voile-plage-_b_5690655.html

Reliques

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J'ai peur,
Qu'aussi vite que va la mer,
Tu ne désertes mon cœur,
Mon cœur de pierre.

De voir s'éloigner tes rivages,
Comme s'éloignent mes souvenirs.

Et quand l'odeur du jasmin,
Meurt et fane dans mon corps,
Ce sont mes yeux d'enfants,
Mes yeux qui meurent.

L'aigreur du temps menace,
Et m'effraie.
Qu'a t-il laissé à nos vies,
À nos âmes, 
à nos heures? 

Qu'a t-il gracié d'hier,
Qu'a t-il épargné aujourd'hui?

La moisson est rude,
Les saisons s'enchaînent,
Les fléaux se déchaînent,

La terre s'assèche de ceux qui l'ont aimée,
Mais boit leur sang,
Comme elle absorbe la pluie.





L.A

jeudi 24 juillet 2014

Sentiments Diluviens

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A l'aurore des sentiments diluviens,
Ne savions-nous pas,
Que le déclin indélébile s'est tracé,
Quand d'une main,
La page s'est tournée,
Laissant se succéder inepties et
Avalanches d'apathies cultivées.
Il n'est pas inhumain
Celui qui tue,
Il est l'homme de son siècle.

Nous sommes ainsi,
Étranges acariâtres.
La compassion décalée,
En années lumières,
En années sanguinaires,
Est notre adresse,
Scélérate.

Les Yeux sur Gaza,
Mais,
Les mains sur les yeux,
Quand le cœur de Gaza,
Est aux portes d'Hama.
Homs enserre Hébron,
Qui subit la compassion,
Des sentiments arbitraires.


Les lèvres articulent,
Et les cœurs moisissent,
par le temps,
Et par l'inconscience
Infeste l'humanisme

Derniers souffles vigoureux,
Charpie de bons sentiments,
Recyclés.
Et pourtant,
Rarement appliquée.

Au dessus du ciel,
Des étoiles explosives,
Bercent les enfances,
De la rive Sud,
A la rive Nord,
D'un orient
Emporté par la peste.

« Je vis entre les ruines d'une vieille demeure,
Dans mon sang,
Une couleur qui déplaît,
Un arôme,
Qui pousserait à l'infamie,
Et les regards qui me lamentent,
Ne sont que les cordiaux complices,
De ceux qui me charbonnent.
Quel est donc ton péché,
Ma jolie voisine ?»

« Moi ? » Demanda la fille,
Ses yeux de couleur évasée,
Levés au ciel,
Qui lui au moins,
-Se dit-elle-
Lui, n'est qu'Un.
« Moi, je suis martyre
Du mauvais guillotineur. »

Mais comme le ciel n'est qu'un,
Ainsi en est-il du mal.

Sous le ciel illuminé,
D'étoiles d'artifice,
Les mêmes yeux sont rivés,
Vers le haut s'obstinent.
Car de la rive Est,
A la rive Ouest,
Les denrées philanthropiques,
Sont en reste.

Et si les maux sont cadencés,
La Main qui dompte le feu,
Elle,
N'est qu'Unicité.

L.A



vendredi 4 juillet 2014

Chemin dépeuplé

1 commentaire :


Le long d'un chemin dépeuplé,
Un vent s'ouvre,
A moi les effluves,
Par une brise délicate,
Le parfum d'une main,
Invisible,
Guidant les pas vers un temple
De paix.

D'un chemin humide,
Jaillit en éclat,
L'obscure recouvrance,
« Ne pars pas ainsi »,
Gémit la voix.

Une fraîcheur se pointe,
Et le silence,
Sans mystères,
Plus aucun,
Réenchante de surcroît.

Ce n'est pas comme ça,
La vie.
La vie c'est tout.

Le long d'un chemin,
Qui ne me connaissait pas,
Le contemplatif interroge,
Le mystique :
« N'étais-tu pas là tant de fois ? »
Sous l’œil attentif d'un souffle,
S'enserre une foison de matières,
Le profane et la lumière.

Il galope,
Ce vent,
Et ressuscite,
Avec l'opacité du soir,
Des songes qui,
Ne me connaissaient plus,
Du fond d'un miroir.

La brise, le divin,
L'insaisissable, l'occulte,
L'impénétrable, le palpable,
Se cache,
Et se dévoile.


L.A

mercredi 25 juin 2014

Foulard, laïcité et néo-colonialisme

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Le 25 juin 2014, la cour de cassation a tranché dans l'affaire Baby-Loup. La crèche privée s'est vue confirmer le licenciement d'une employée pour port de signe religieux distinctif. Pour rappel, ce recours en cour de cassation a suivi une condamnation de la crèche par la Halde pour discrimination ainsi qu'un arrêt de la cour de cassation rendant nulle la décision de la cour d'appel de Versailles qui avait confirmé le licenciement de l'employée.

Au-delà des odeurs nauséabondes d'une ingérence politique dans la décision de la cour de cassation, il est grand temps de rappeler la symbolique du foulard en France, ce qu'il a représenté et ce qu'il continue de représenter jusqu'aujourd'hui.



La laïcité en otage 

Il faut être très peu renseigné pour ignorer ce que le terme « laïcité » occulte . Avec un passé colonial dont la France peine à faire le deuil, la question du corps de la femme comme champs de bataille est pleinement d'actualité. Car derrière cette laïcité voulant neutraliser tout signe religieux, il n'est pas question de vivre ensemble, mais il s'agit bien du fantasme absolu de civiliser cet inlassable « autre », cette civilisation passant d'abord par sa femme. Il n'est pas concevable d'aborder la question du foulard dit « islamique » sans être conscient de l'Histoire et de ce qu'elle renferme. Dans « La bataille du voile » écrit par Frantz Fanon, cet enjeu est décrit dans ce qu'il a de plus écrasant. La libération des femmes Algériennes par le dévoilement n'est alors qu'un prétexte pour accéder à l'inaccessible : la femme du dominé. Derrière ce foulard, tout un harem serait caché, tout un fantasme de la femme musulmane, de la Shéhérazade dissimulée derrière ce bout de tissu insidieux.
Plus de cent ans plus tard, il est fort à parier que la vision collective n'a que très peu évoluée, et s'est camouflée sous un vocabulaire moderne et bien-pensant, celui de la « laïcité », entre autres. Alors que la liberté de culte en lieu privé et public est un droit fondamentale présent dans la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen, et alors que l'ONU dit s'inquiéter de l'islamophobie en France, rien ne tend vers un un apaisement des tensions, mais vers l'alimentation de la confusion, celle-ci passant souvent par l’ambiguïté du vocabulaire.


Le musulman : l'arabe d'hier et d'aujourd'hui

Le 24 février 1834, l'Algérie est annexée à la France. Ainsi, les autochtones ne sont plus algériens, mais français, ayant cependant la particularité de ne pas jouir de droits civils et politiques. Comment désigner l'autre lorsqu'il est censé porter le même blason ? Très simplement, par ce qu'il lui reste de non colonisable : ses croyances. Le terme « musulman » remplace alors celui d' « algérien », ceci étant entièrement assumé  par les colons: Le musulman est l'algérien, l'arabe.
Dans notre France actuelle, les discours véhiculés ont une ressemblance souvent édifiante avec ceux d'antan. L'image du « musulman » n'a pas changé. Il est le barbare en djellaba, celui qu'il faut civiliser, et sa femme, la "beurette" qu'il faut libérer. Le musulman désigne non pas la croyance mais le français d'origine arabe. Dans une logique de déculpabilisation, un discours xénophobe et raciste pourra être banalisé et légitimé par le simple remplacement du terme "arabe' par "islam", qui n'est alors plus une ethnie mais une idéologie.  Alors que les caricatures faites par Banania et autres affiches ont légèrement outré plusieurs décennies plus tard, celles véhiculées de nos jours par l'audio-visuel et la sphère médiatique n'ont rien à envier dans ce domaine-ci. Qui n'est jamais tombé sur un téléfilm racontant l'histoire d'amour impossible entre un français et une "musulmane", celle-ci étant l'éternelle soumise à sa famille et à ses frères ? La thématique est clichée, la quantité de production indénombrable.
Concrètement qu'est-ce qui a changé ?
Le colonisé d'hier, le musulman, l'arabe, a gravit des échelons dans la société française. Il n'est plus celui d'hier et sa présence en métropole n'est pas digérée. Visiblement, personne n'avait réellement pensé aux conséquences qu'engendrerait la venue de centaines de milliers d'ouvriers pour rebâtir la patrie. Il ne s'agit pas de tomber dans une logique de victimisation, mais bien d'analyser les faits. Leur intégration dans les milieux professionnels les plus élémentaires n'est pas acceptée non plus. Finalement, la musulmane, car c'est surtout d'elle qu'il s'agit, n'est tolérée que pour dépoussiérer les lieux de travail. Le musulman dérange dès lors qu'il résiste à l'éducation du dominant et refuse de s'y plier. C'est précisément en faisant ce constat que des femmes algériennes initialement non voilées, en contestation à la domination coloniale, portèrent le foulard. Ce dernier n'est alors plus qu'un simple objet religieux, il devient tout un symbole politique de revendication. Il est un refus de se soumettre à une politique d'Etat souhaitant neutraliser toute différence.



Le foulard, cet indiscipliné


La problématique du foulard n'est donc pas récente. Il renvoie depuis plusieurs siècles à ce fantasme de l'inaccessible. Il n'a jamais été question de laïcité qui n'est qu'un argument récent. En revanche, il a toujours été question de civiliser et de découvrir. Découvrir l'intérieur du « harem » et découvrir les corps. De nombreuses photographies et peintures orientalistes mettant en scène des femmes algériennes seins nues témoignent de toute cette fascination envers la dominée. En prenant compte de ce passé, on ne peut que comprendre davantage l'enjeu dont il est question. C'est en cela que des groupes tels que les Femen par exemple, ont légitimement été accusées de xénophobie. Ce groupuscule de femmes reprennent exactement les mêmes procédés que la propagande coloniale. Le sein nu n'est pas politiquement innocent et vide de sens. Quand une Amina Tunisienne pose seins nus, il ne s'agit pas en réalité d'une atteinte à la pudeur qui serait choquante. Cette jeune femme incarne, consciemment ou non, l'orientalisme dans ce qu'il a de plus réducteur. Elle n'est plus qu'un objet de manipulation et de propagande néo-coloniale malgré elle. En aucun cas, le choix des femmes à porter ce vêtement et leur libre arbitre n'est pris en considération. Deux réactions opposées apparaissent :
le refus catégorique de cet objet renvoyant à la culture de l"autre", ou à l'inverse une fascination fétichiste pour ce couvre-chef vue du regard orientaliste.
Tous les prétextes sont donc bons pour interdire le port du foulard, en lieu public comme privé, et l'on retrouve une fois encore une grande confusion dans les discours. Il n'est pas rare d'entendre dans une même phrase l'argument laïc et féministe. Or, il s'agit de deux éléments foncièrement différents, et les aligner sur le même plan relève d'une grossière erreur.
Quant à la défense des droits des femmes, on ne peut que remarquer sa variabilité. Le féminisme majoritaire en France est lui-même inspiré d'un discours néo-colonial. Il n'est question que de libérer "l'autre" une fois de plus, sans jamais remettre en question les violences quotidiennes ciblant les femmes et véhiculées par la société de consommation, par exemple. C'est un féminisme que certains nommerait "blanc", aux deux poids deux mesures, excluant et civilisateur.




L.A


mercredi 11 juin 2014

Déblatération

1 commentaire :
Je cherche un sens à ma vie, alors je tombe sur des réponses que j'aurai pu trouver dans un Livre. De manière rationnelle, je me pose les questions liées à ma condition d'être humain, puis de femme, et après longues réflexions, je tombe à nouveau sur des solutions déjà présentes dans un Livre avec un grand C. Pourquoi est-ce que notre société se dirige inexorablement vers une marchandisation de l'homme et comment puis-je être libre avant de prétendre libérer les autres ? Alors, sans même réfléchir à la portée religieuse de ma pensée, je me dis qu'il faudrait se libérer de tous les regards, absolument tous. Mais comment ?
                                                                           
                                                                          Bingo .

Il faudrait une force assez puissante, qui ne soit pas humaine à la fois. S'attacher à cette force comme seul horizon pourrait alors totalement me détacher de l'asservissement des êtres humains.

                                                                C'est la seule la solution.

Mais moi en tant que femme, j'ai un double combat, tout simplement parce que depuis la nuit des temps et pour une raison que mon cerveau de pauvre humaine ne peut tout à fait comprendre, les sociétés ont toujours fonctionné grâce un rapport de forces. Alors, que faire ? Le but étant de sortir de deux cercles. Le premier, celui de l'écrasement symbolique ou physique que l'on peut subir en tant que femme, le second qui contient lui-même ce premier cercle et qui est l'asservissement à l'Homme-loup présent en chacun de nous. Deux chaînes à briser.
Alors, question de principe : Comment pouvons-nous demander à être traitée à l'égale des hommes si tous nos actes ne font que renvoyer à notre corps et au désir qu'il suscite ? Il ne s'agit pas de croire en la noirceur de tous les hommes ni de se battre contre l'homme. Il s'agit de s'affirmer en tant qu'être pensant et libre tout en acceptant sa féminité. certains pourraient demander : Pourquoi ce combat ? Après tout, nous dira t-on, si Dieu a créé ce rapport de force, homme/femme, c'est qu'il faut s'y résoudre, le respecter. Mais Dieu n'a t-il pas créé les instincts et la tentations puis nous a mis des limites qui parfois transgressent ce que nos désirs bestiaux réclament? Ce rapport de force que l'on retrouve partout, est finalement ce qui nous teste en tant qu'être humain, ce qui nous construit. Ce rapport de force ainsi que le contrôle de soi ne sont-ils pas les raisons ultimes pour lesquelles nous avons été créés ? L'instinct animal contre la raison, la pervertie contre l'honnêteté, la richesse contre la pauvreté, le désir contre son contrôle, le pardon contre la rancune. Ainsi donc, acceptons, au même titre que ces autres rapports de force, d'éteindre ce désir de domination et de le remplacer par un choix d'équité. Équité humaine, équité religieuse, j'ai lu ça dans un Livre une fois. Considérez-le comme étant une lutte pour la justice, pour la raison contre la bestialité, un Jihad. Certes, cela demanderait un peu moins de pouvoir, mais la justice ne peut se faire sans quelques concessions...

Puis je me suis retrouvée là, plantée devant ma glace à essayer des chaussures. Talons aiguilles, talons pétris. Cinq minutes d'essayage et je souffre déjà. Mais pour qui, pour quoi, pourquoi ? Je les enlève, je n'ai plus envie de les porter. Je pense à la galère des transports, à mes pieds qui ne tarderont pas à gonfler. Je les aime bien mes ballerines et mes converses au fond. Mais pourquoi alors me flageller ? Tout le monde dit que c'est beau. Moi ça me fait souffrir, j'en ai mal. Pourquoi me forcer ? Au fond, si je me force à souffrir pour être désirable c'est que j'ai encore un soucis, je suis un peu asservie... Et ce n'est pas ce que je m'étais promis plus haut. Ouille. J'ai doublement mal.
Alors, j'ai écrit quelques lignes hier soir sur les réseaux sociaux, avec toute ma naïveté philosophique, sans arrières-pensées, sans savoir ce que je recevrai en échange. Parce qu'on ne touche pas aux codes impérialistes sans contre-partie. J'ai écrit, très bêtement :

« Je ne comprends pas cet acharnement à porter des talons hauts. Pourtant c'est extrêmement douloureux non? N'est-ce pas mauvais pour les orteils, le dos, les mollets? Pourquoi infliger ça à son corps? Qui a décrété que c'était féminin? Combien de fois ai-je entendu des filles se plaindre de ces chaussures qui tordent, écrasent, ratatinent, et déforment les pieds? Malgré ça, on persiste à se l'infliger pour répondre à certains critères de féminité et de pseudo sensualité, et nous savons très bien à qui cela profite. Paradoxe absolu, les talons hauts font souvent référence dans les fantasmes publicitaires ou cinématographiques à un pouvoir féminin.. Le pouvoir de quoi? De passer dix heures perchée sur deux aiguilles qui s'enfoncent dans la plante de vos pieds au meilleure des cas, et au pire des cas, s'y ajoute la douleur des orteils complètement écrasés contre le bout de la chaussure à cause de l'inclinaison du pied. »

J'ai été mise sur le bûchée. Comme une sorcière. Je suis une vilaine voilée intégriste. Mon foulard ne me donnait pas le droit de juger les autres. Renvoyée à mes attributs physique de pauvre fille, ma réflexion n'était, par essence, que l'expression d'une mauvaise foi. Je n'étais pas bien dans mon corps, pauvre fille!  Alors qu'on me demandait de ne pas juger, on m'avait précisément jugée en me renvoyant simplement à ma condition de foulard sur pattes. Oui voilà ce que je suis, un foulard sur patte. Tout ce que je dis, tout ce que je fais, tout ce que je pense a forcément un rapport, de près ou de loin avec mon foulard.

-Je critique le système consumériste ? Je suis une extrémiste donneuse de leçons.
-Je pointe du doigt la souffrance corporelle des femmes, infligée par les codes vestimentaires ? Je suis une voilée orgueilleuse.
-Je remets en question un autre genre de soumission dont on parle peu, celui de l'asservissement à la perfection physique ? Je n'ai aucune tolérance envers les autres femmes.

En réalité, ma tolérance ne s'exprime que lorsque je me tais, finalement. Être tolérant, c'est ne rien remettre en question mais accepter, non pas la critique, mais l'insulte. C'est ça, La Tolérance. La Tolérance dont on parle tous les jours, elle est belle ! elle est éclatante ! Si éclatante qu'elle nous aveugle. Elle est applicable pour ceux qui en ont le moins besoin finalement. Un peu comme la solidarité, c'est beau quand c'est seulement entre corrompus. Nous devrions tous, par Tolérance, accepter les dictatures en tous genres, histoire de faire « bien ». Bien dans la case. Eh puis, j'entends comme une voix:  « pense pas trop non plus, tu nous déranges en passant, mais on t'aime bien quand même. Tu sais quoi ? Sois-belle et tais-toi. Je te le dis de femme à femme, je préfère te le dire avant que quelqu'un d'autre ne te le lâche en face dans ta face. Foulard sur pattes, ta victimisation est nauséabonde. De quoi tu te plains au juste ? On t'aime bien nous, on te tolère, surtout quand tu fermes ta bouche, quand t’éteins ta voix. Il y a aucun soucis, tu vois . Bah ça va, tu t'en sors bien ! Je t'avais dit que c'était beau, La Tolérance. Ça brise des chaînes. Ça émancipe.  
Tu sais, pense pas trop à ta liberté et à toutes tes déblatérations inutiles, au fond ça mène à rien. Briser ses chaînes, c'est dans les films pas dans la vie chérie. Poser trop de questions, c'est dangereux pour l'équilibre des dominations. Et entre nous, ça me fait peur à moi, de vivre autrement que par soumission. »

mardi 29 avril 2014

Ébauche : le chant, l'écrit, la vie.

3 commentaires :
Chacun de nous connait au-travers de sa vie un moment précis qui lui ouvre les yeux sur de nouveaux horizons et qui le transforme d’être passif à un être actif, ou moins consommateur. Cet événement est l’ébauche du récit de notre vie, il varie et impacte différemment en fonction de nos aspirations. Appelé «perturbateur», il est soit destructeur soit révélateur selon l’usage que l’on en fait. 

Je n’étais encore qu’un fœtus avant ce mois de Mars 2011. Je n’avais ni oreilles pour écouter, ni yeux à déposer sur les rives de la vie, ni même assez d’esprit pour  enlacer une seule et unique saison de rêves. Mon ébauche commence dans le sang. Mais surtout, surtout, elle commence dans l’espoir. 

«[...] Disgrâce! 
ô Disgrâce!
Les balles pleuvent sur les populations isolées.
Disgrâce!
Des enfants à la fleur de l’âge, 
Osez-vous les détenir?
Comment?!
Les jeunes entendaient «la liberté est aux portes!», ô maman,
Ils se levèrent pour l’acclamer.
Ils virent les fusils ô maman, et dirent :
«ce sont nos frères, ils ne tireront guère!»
Ils nous tirèrent dessus ô maman à balles réelles.
Nous mourûmes maman, tués par nos frères.
Nous mourûmes, au nom de la sécurité d’Etat. 
Mais nous, nous,  qui sommes-nous?
Demandez-donc à l'Histoire de lire notre page.
Notre page. [...]»

Les premières paroles chantées. Les premiers défis lancés dans la jungle hantée par les loups. Ces chants qui remuaient en nous les espoirs les plus fous, nous, si éloignés de la réalité et pourtant si confiants. Chanter la liberté, c’est déjà beaucoup. C’est comme demander à quelqu’un dont la langue est tranchée de parler. Ils ne peuvent pas parler. Qu’y aurait-il à dire? Chanter, cela suffit. C’est assez. C’est bien.

Chanter ce qui n’a jamais été dit, ce qu’il ne fallait jamais entendre. Entendre, peut être un crime. Attention au mur qui ont des oreilles. Les voisins ont des oreilles, parfois la famille en a aussi. Il suffit d’avoir une paire d’oreilles et ce peut être le drame. 

Nous sommes aussi sortis chanter à Paris pour la liberté d’un pays s’ouvrant à lui-même. Un pays qui s’attendrit enfin, et maman a peur. Elle a peur des hommes en noirs que l'on trouve même en France. Ils nous guettent me disait-elle. Ils sont partout, l’ambassade lâche ses pions même au Trocadéro, esplanade des droits de l’Homme. 
«Tu sors scander, plus de retour en arrière. Plus de retour en Syrie jusqu’à la chute du   régime.» 
Elle ne savait pas encore la pauvre, avec ou sans moi, il n’y aurait plus de retour en arrière. 

Papa sourit, il est fier au fond quand je n’obéis pas aux ordres. Ça lui fait plaisir. Il a été opposant politique papa, il a entendu les cris des torturés en prison. Ce n’était pas des chants. Oh non! ce n’était pas des chants qu’il entendait. Alors oui, il l’attendait ce moment.
Mais nous ne savions pas. Chanter est dangereux. 

Le 4 juillet 2011, Ibrahim Qashoush est assassiné. Ibrahim, qu’on appelait «le rossignol de la révolution». Ibrahim est mort. Le gouvernement, symboliquement, lui a arraché les cordes vocales. Ces cordes vocales d’où s’élevaient les tout premiers chants défiants directement le président.
Personne ne l’avait fait depuis 30 ans, depuis la première tentative de soulèvement. Ibrahim qui osait chanter «Allez dégage Bachar!», a payé le prix fort.  
A Paris et dans le monde, ses chansons sont reprises à chaque manifestation en son hommage. Le rossignol a chanté puis s’est envolé et nous a laissés. 

Je ne sais plus quand-est ce que j’ai commencé à écrire, peut-être après le premier massacre à l’arme blanche. Un village entier étiqueté opposant, égorgé. Ou peut-être avant? En tous cas, j’ai commencé à écrire. Ecrire c’est un peu l’oxygène qui nous manque. Ou peut-être cela a t-il débuté lorsque mon premier cousin est mort? Je ne sais plus. 

L’écriture et le chant ont cela de commun, qu’ils surgissent toujours quand la raison humaine nous échappe, quand la limite du rationnel est atteinte. Il n’y a rien de rationnel dans le fait d’égorger au couteau 400 personnes qui dormaient paisiblement chez elles. Alors l’écriture et le chant transcendent ces questions, ils sont présents à ces moments où l’on cracherait sur l’humanité. 

D’ailleurs, ce n’est absolument pas morbide, lors des funérailles des manifestants tués, la foule scande et chante aussi. Je trouve ça beau. 
La musique n’est plus un divertissement, c’est une affluence de notes qui transperce chaque parcelle du corps jusqu’à ce qu’on s’en imprègne pleinement.

«Coulez, ô larmes de mes yeux, coulez,
Sur les martyrs de Syrie et sur ses jeunes.»


Voilà ce qui se chantait là-bas. Chanter ce n’est pas forcement être heureux. 
Chanter c’est faire correspondre chaque note à la couleur de nos sentiments. Nos ressentiments.