grincement

Leila Alaouf

dimanche 9 mars 2014

Miel Basané

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    Oui ce n’est devenu qu’un nombre. Un pays dont on entend parler au 20h le soir, en mangeant ses pâtes ou un sandwich thon-crudité. Un pays devenu anodin, se rangeant dans les rangs des pays que l’on a déshumanisés au fil du temps à coup de guerre, de morts, et de négociations politiques. Un jour éclatants, le jour suivant semi-morts, les pays sont comme la perception que l’on a des femmes. Négligés une fois en guerre. Négligés une fois levés. Négligés une fois dans le champs de bataille. Négligés dans la misère.


Et pourtant, non la Syrie, comme l'Afghanistan, n’est pas un champ de ruines et de poussières. C’est une civilisation et un peuple plein d’orgueil, peut-être trop orgueilleux quelques fois. C’est la mosquée des Omeyyades, les souks d’Alep, les marchands ambulants qui vendent du maïs ou de la figue de barbarie, selon les envies. C’est une odeur de Jasmin un soir d’été, c’est la neige qui se pose sur les vieilles voitures très seventies que l’on peut toujours apercevoir circuler dans les villes. C’est un bouquet de lumières vertes semées sur la ville:


-Maman, c’est quoi tous ces points verts que l’on voit partout de la véranda ou du mont Qasyoun?

-Ce sont les nombreuses mosquées de la ville ma fille!



Et si vous n’arrivez pas à voir ce qu’il reste de ses vestiges, mes yeux enregistrent dans chacun de mes souvenirs la vue d’un pays dressé plein de fierté.

Il n’y a pas de pitié à mendier, ni même à quémander. 

Il y a les bords de routes rayés de jaune et de blanc, les klaxons qui forment une mélodie insupportable, les jeunes qui traînent langoureusement près des magasins, les femmes aux foulards blancs et au maquillage outrageant, des dames sévères dans des manteaux bleus marine bien austères, des vieux hommes allant à la prière en Djelaba, des enfants à vélo inconscients du danger à rouler entre les voitures folles et dérayées. 
La mer de Lattaquié insolemment belle et apaisante. Les hommes tout en noirs près du palais présidentiel, les policiers aux regards lassés, les vendeurs de lingeries colorées.
Les vieux souks alignés dont les portes en bois offrent le souvenir et l’odeur d’un empire Ottoman toujours éveillé. Les chocolateries, les loukoums, les spécialistes des dragées et des sucreries, le magasin de mosaïques, les cousins de mon père, un appel à la prière un matin de juillet. 
Et si pour vous ce n’est toujours qu’un sale territoire bombardé, je vous plains de ne rien connaitre d’Europa et de Zénobie, des forêts et des lacs splendides, des montagnes du Bloudan et du printemps d' Al-Zabadani, du jus de mûres que l’on boit à la volée, et des pêches aussi bonnes que du miel basané.


L.A

jeudi 6 mars 2014

L'Aphasie

4 commentaires :
Et tout à coup,
Le silence.
Une vague affriolante,
De bouches mues,
Qu'un ciel terni a enveloppée.

Et tout à coup le silence,
Un éventail chassant une vision
D'un sommeil sans lendemain,
D'un petit coup de main,
Un souffle d'air la repousse.

Entre quatre murs,
A ciel ouvert,
Tout à coup une image,
Détériorée,
Gratinée par l'aphasie.

Un champs de lambeaux blancs,
Une rivière amère qui s'écoule,
Sur lui.
Tout à coup,
des lambeaux blancs,
Et une rivière salée,
Au goût amer.

Et soudain le silence,
Cueilli sur l'arbre de l'interdit,
Dévoré par des langues,
Toujours assagies,
Entre les lambeaux
De petites tailles,
Le bruit s'est assoupi.

Entre les écailles du Nous,
Une étanche indifférence,
Aux draps blancs irisés,
Et aux yeux drapés.

Et tout à coup le silence,
Mutisme inconditionné,
Fidèle à l'infidélité,
Encensé par des jours
Aux visages identiques,
Aux pas ténus,
Aux horizons imprécis.
Il pululle à l'abris,
Et s'endort sur nos vies.


L.A