Leila Alaouf

mercredi 11 juin 2014

Déblatération

1 commentaire :
Je cherche un sens à ma vie, alors je tombe sur des réponses que j'aurai pu trouver dans un Livre. De manière rationnelle, je me pose les questions liées à ma condition d'être humain, puis de femme, et après longues réflexions, je tombe à nouveau sur des solutions déjà présentes dans un Livre avec un grand C. Pourquoi est-ce que notre société se dirige inexorablement vers une marchandisation de l'homme et comment puis-je être libre avant de prétendre libérer les autres ? Alors, sans même réfléchir à la portée religieuse de ma pensée, je me dis qu'il faudrait se libérer de tous les regards, absolument tous. Mais comment ?
                                                                           
                                                                          Bingo .

Il faudrait une force assez puissante, qui ne soit pas humaine à la fois. S'attacher à cette force comme seul horizon pourrait alors totalement me détacher de l'asservissement des êtres humains.

                                                                C'est la seule la solution.

Mais moi en tant que femme, j'ai un double combat, tout simplement parce que depuis la nuit des temps et pour une raison que mon cerveau de pauvre humaine ne peut tout à fait comprendre, les sociétés ont toujours fonctionné grâce un rapport de forces. Alors, que faire ? Le but étant de sortir de deux cercles. Le premier, celui de l'écrasement symbolique ou physique que l'on peut subir en tant que femme, le second qui contient lui-même ce premier cercle et qui est l'asservissement à l'Homme-loup présent en chacun de nous. Deux chaînes à briser.
Alors, question de principe : Comment pouvons-nous demander à être traitée à l'égale des hommes si tous nos actes ne font que renvoyer à notre corps et au désir qu'il suscite ? Il ne s'agit pas de croire en la noirceur de tous les hommes ni de se battre contre l'homme. Il s'agit de s'affirmer en tant qu'être pensant et libre tout en acceptant sa féminité. certains pourraient demander : Pourquoi ce combat ? Après tout, nous dira t-on, si Dieu a créé ce rapport de force, homme/femme, c'est qu'il faut s'y résoudre, le respecter. Mais Dieu n'a t-il pas créé les instincts et la tentations puis nous a mis des limites qui parfois transgressent ce que nos désirs bestiaux réclament? Ce rapport de force que l'on retrouve partout, est finalement ce qui nous teste en tant qu'être humain, ce qui nous construit. Ce rapport de force ainsi que le contrôle de soi ne sont-ils pas les raisons ultimes pour lesquelles nous avons été créés ? L'instinct animal contre la raison, la pervertie contre l'honnêteté, la richesse contre la pauvreté, le désir contre son contrôle, le pardon contre la rancune. Ainsi donc, acceptons, au même titre que ces autres rapports de force, d'éteindre ce désir de domination et de le remplacer par un choix d'équité. Équité humaine, équité religieuse, j'ai lu ça dans un Livre une fois. Considérez-le comme étant une lutte pour la justice, pour la raison contre la bestialité, un Jihad. Certes, cela demanderait un peu moins de pouvoir, mais la justice ne peut se faire sans quelques concessions...

Puis je me suis retrouvée là, plantée devant ma glace à essayer des chaussures. Talons aiguilles, talons pétris. Cinq minutes d'essayage et je souffre déjà. Mais pour qui, pour quoi, pourquoi ? Je les enlève, je n'ai plus envie de les porter. Je pense à la galère des transports, à mes pieds qui ne tarderont pas à gonfler. Je les aime bien mes ballerines et mes converses au fond. Mais pourquoi alors me flageller ? Tout le monde dit que c'est beau. Moi ça me fait souffrir, j'en ai mal. Pourquoi me forcer ? Au fond, si je me force à souffrir pour être désirable c'est que j'ai encore un soucis, je suis un peu asservie... Et ce n'est pas ce que je m'étais promis plus haut. Ouille. J'ai doublement mal.
Alors, j'ai écrit quelques lignes hier soir sur les réseaux sociaux, avec toute ma naïveté philosophique, sans arrières-pensées, sans savoir ce que je recevrai en échange. Parce qu'on ne touche pas aux codes impérialistes sans contre-partie. J'ai écrit, très bêtement :

« Je ne comprends pas cet acharnement à porter des talons hauts. Pourtant c'est extrêmement douloureux non? N'est-ce pas mauvais pour les orteils, le dos, les mollets? Pourquoi infliger ça à son corps? Qui a décrété que c'était féminin? Combien de fois ai-je entendu des filles se plaindre de ces chaussures qui tordent, écrasent, ratatinent, et déforment les pieds? Malgré ça, on persiste à se l'infliger pour répondre à certains critères de féminité et de pseudo sensualité, et nous savons très bien à qui cela profite. Paradoxe absolu, les talons hauts font souvent référence dans les fantasmes publicitaires ou cinématographiques à un pouvoir féminin.. Le pouvoir de quoi? De passer dix heures perchée sur deux aiguilles qui s'enfoncent dans la plante de vos pieds au meilleure des cas, et au pire des cas, s'y ajoute la douleur des orteils complètement écrasés contre le bout de la chaussure à cause de l'inclinaison du pied. »

J'ai été mise sur le bûchée. Comme une sorcière. Je suis une vilaine voilée intégriste. Mon foulard ne me donnait pas le droit de juger les autres. Renvoyée à mes attributs physique de pauvre fille, ma réflexion n'était, par essence, que l'expression d'une mauvaise foi. Je n'étais pas bien dans mon corps, pauvre fille!  Alors qu'on me demandait de ne pas juger, on m'avait précisément jugée en me renvoyant simplement à ma condition de foulard sur pattes. Oui voilà ce que je suis, un foulard sur patte. Tout ce que je dis, tout ce que je fais, tout ce que je pense a forcément un rapport, de près ou de loin avec mon foulard.

-Je critique le système consumériste ? Je suis une extrémiste donneuse de leçons.
-Je pointe du doigt la souffrance corporelle des femmes, infligée par les codes vestimentaires ? Je suis une voilée orgueilleuse.
-Je remets en question un autre genre de soumission dont on parle peu, celui de l'asservissement à la perfection physique ? Je n'ai aucune tolérance envers les autres femmes.

En réalité, ma tolérance ne s'exprime que lorsque je me tais, finalement. Être tolérant, c'est ne rien remettre en question mais accepter, non pas la critique, mais l'insulte. C'est ça, La Tolérance. La Tolérance dont on parle tous les jours, elle est belle ! elle est éclatante ! Si éclatante qu'elle nous aveugle. Elle est applicable pour ceux qui en ont le moins besoin finalement. Un peu comme la solidarité, c'est beau quand c'est seulement entre corrompus. Nous devrions tous, par Tolérance, accepter les dictatures en tous genres, histoire de faire « bien ». Bien dans la case. Eh puis, j'entends comme une voix:  « pense pas trop non plus, tu nous déranges en passant, mais on t'aime bien quand même. Tu sais quoi ? Sois-belle et tais-toi. Je te le dis de femme à femme, je préfère te le dire avant que quelqu'un d'autre ne te le lâche en face dans ta face. Foulard sur pattes, ta victimisation est nauséabonde. De quoi tu te plains au juste ? On t'aime bien nous, on te tolère, surtout quand tu fermes ta bouche, quand t’éteins ta voix. Il y a aucun soucis, tu vois . Bah ça va, tu t'en sors bien ! Je t'avais dit que c'était beau, La Tolérance. Ça brise des chaînes. Ça émancipe.  
Tu sais, pense pas trop à ta liberté et à toutes tes déblatérations inutiles, au fond ça mène à rien. Briser ses chaînes, c'est dans les films pas dans la vie chérie. Poser trop de questions, c'est dangereux pour l'équilibre des dominations. Et entre nous, ça me fait peur à moi, de vivre autrement que par soumission. »

1 commentaire :

  1. - Tout comme l'Homme-loup définit la nature déviante de chacun de nous, l'écrasement symbolique et/ou physique de la femme serait-il symptomatique d'une nature déviante de la société ou plutôt de celle de la femme elle-même ?

    - "La femme traitée à l'égale de l'homme" aurait pour implication que la femme sache rester femme et devenir homme ou être homme et devenir femme (moins probable). C'est valorisant puisque l'homme pendant ce temps ne demeure qu'homme et au pire devient moins que cela sans être non plus femme.

    - Ce n'est pas Dieu qui a établi un rapport de force homme/femme. La seule relation qu'Il a légiféré et qu'Il entend bénir entre l'homme et la femme est la somme ou dirais-je le produit des forces de l'une et de l'autre. Tout le reste ne découle que d'une corruption et d'une perversion de cette relation originelle. Donc là, pour rétablir la relation naturelle, il ne s'agit que de choix d'équité humaine et non religieuse (divine).

    - Pour qui ? Pour toi-même ! Renier ce désir en tant que femme c'est renoncer à une partie de sa féminité, ou devrais-je dire de son humanité car c'est aussi valable à quelques égards pour l'homme. La bonne question serait : que cela vaut-il pour moi-même ? Car si tant est que sens il y a pour soi-même, souffrir pour n'est point vain !

    - Chacun a intériorisé des dominations de manière inconsciente. Homme ou femme sont tous victimes. Reste à savoir qui tisse ces chaines de l'asservissement, ce qui est sûr c'est qu'il n'est ni l'une ni l'autre. C'est un système. Tu l'as dit, il s'appelle impérialisme consumériste. Impersonnel et neutre.

    - La plupart des luttes féministes, pas toutes, s'attaquent aux fondamentaux de la relation homme/femme dans l'intention et l'espoir d'y délier des jougs. Mais à voir la réaction que tu as provoqué à travers cette réflexion, on est tenté de se dire que les jougs ne sont rien d'autres que des ermitages mentaux dans lesquels celles que l'on prend comme prisonnières ont elles-mêmes construit et habitent fièrement. Ou peut-être que c'est le système qui les y enferme insidieusement, leur lucidité avec.

    - Enfin, j'oubliais, toute dissidence au système est sévèrement réprimandée par ses propres victimes atteintes de cécité ou plutôt de sénilité. Il peut changer aussi de nom, le système, pour s'appeler laïcité des temps moderne. Dans ce cas aussi, il est impersonnel et neutre. Sa tolérance est la négation de la diversité et même de l'existence.

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