grincement

Leila Alaouf

mercredi 2 novembre 2016

Conférence à SciencesPo "Théories, pratiques et solidarités chez des féministes islamiques" (Vidéo)

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["Théories, pratiques et solidarités chez des féministes islamiques" ; Partie 4 : "Etre féministe et musulmane en France, et le concept de sororité"
Leila Aalouf est étudiante et travaille notamment sur les littératures féministes du moyen-orient. Elle est blogueuse et militante féministe mais également anti-racisme. Elle a co-fondé le collectif "Femmes dans la mosquée" il y a maintenant 3 ans. ]


A les en tuer (Contribution Alohanews)

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Derrière ce poème, les interrogations d’une jeune fille qui commence à se poser des questions sur sa féminité, sa spiritualité, son rapport à son corps. Et ce miroir qu’elle me tend , à moi qui n’ai pas réponse à toutes ses questions. Alors, il nous reste le cheminement. À elle, et à moi. [...]

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Derrière la tentation féminine, le tenté incontrôlé.

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"Mais même une poignée de mains, tu ne sais pas ce que ça peut déclencher dans la tête d'un homme!"

Voilà la courte interaction que j'ai pu avoir avec une connaissance. Une femme. C'est son choix, et je n'ai rien à en redire. Ceci étant dit,  après cet échange, je n'ai pu m'empêcher d'avoir une longue réflexion avec moi-même sur la lamentable représentation qu'avait cette femme des hommes, mais plus généralement, qu'avait toutes ces constructions de la masculinité lissée. Il est frappant de voir à quel point le féminin est au centre des questions de genre, que les démarches de recherches ne s'accrochent exclusivement qu'à la condition des femmes, lorsqu'il est question de l'interaction des deux dans une même société. Que si l'un se construit, l'autre se bâtit en opposition. Que par conséquent, déconstruire l'un ne se fait pas sans déconstruire l'autre. Cela ne revient pas à détruire l'altérité, qui est par ailleurs existentielle et inhérente à notre humanité.  Il s'agit plutôt de défaire l'étau strangulant qui nous limite et nous restreint, précisément, dans notre humanité, dans notre pluralité et notre singularité. Alors à chaque fois qu'un homme me dit qu'il ne sent pas concerné par ces questions, je manque d'étouffer. 

"Le féminisme ça ne concerne que les femmes", c'est chose connue, nous sommes les seules à pâtir des rôles restrictifs. Of course. Je me souviens de ces nombreuses polémiques qui ont surgi et continueront sans doute de surgir, une fois le moment politiquement opportun, autour du refus des hommes de confession musulmane de serrer les mains des femmes. 

"Mais monsieur, ma question est simple, est-ce que vous serrez la main des femmes?! Parce que dans notre pays, en France, on respecte les femmes, on leur serre la main!"

Ce que ces grands étalons du féminisme politique ont loupé dans ces affaires -et c'est une féministe qui vous le dit- c'est la dépréciation des hommes, par les hommes. Evidemment, je ne passerai pas les prochaines lignes à parler du frôlement particulièrement érotique de deux paumes prêtent à se prendre farouchement l'une contre l'autre. Au-delà de l'image biblique du féminin tentateur et faisant basculer l'humanité du paradis à la condition terrestre, c'est le tenté lui-même dont on ne parle jamais, et qui, pour une fois (si, si, je vous jure), m'intéresse. C'est l'image délirante que l'on a construit autour du masculin, de sa virilité incontrôlée, incontrôlable. Quand un homme accepte lui-même de se mettre dans la peau d'un monstre effarouché qui ne perçoit, même dans une ombre ou une silhouette féminine, que le vagin auquel elle renvoie. Ce prédateur insatiable désirant à satiété et que les littératures, le cinéma, la télévision n'ont cessé de rendre naturel et universel, à tel point que chaque homme ait finit par intégrer qu'il est un violeur potentiel. Et que cette potentialité ne devienne une réalité. 

Parfois je me demande si ce n'est pas trop épuisant de jouer constamment au "Plus... (rajoutez les qualificatifs et adjectifs que vous souhaitez)" . Entre les torses bombés d'Alerte à malibu et la puissance supposée du désir masculin qui se traduirait par une extrême fragilité (faiblesse) de l'esprit, prêt à sauter sur tout ce qui bouge, heureusement que les règles ultra restrictives sont là pour les dompter, ces pauvres démons du sexe. 

Leila.A

samedi 10 septembre 2016

Les malins petits

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Ils foisonnent sur le lit des questions inachevées,
Et s'alignent dans les couloirs de mon thorax,
Les malins petits démons qui
Prennent des minutes en otages,
Et profitent de l'ivresse des angoisses.
Leurs ongles qui s'accroche à la peau,
La douleur est un moindre mal,
Face aux polémistes qui s'agitent
Là où l'espace s'offre à eux :

Sur des longueurs arides,
Sur des espaces vides,
Des ciels dénués,
Des doutes exposés.

Partout où la barque penche,
Il s'y réunissent, sautillent,
Et la barque flanche.

Les malins petits démons s'accaparent,
Mes yeux,
Et y jettent la braise puis la cendre,
Ces choses qui me consument.

Les allègres démons,
C'est loin des foules qu'ils s'exposent
Sur des sommets intangibles,
Prennent de la hauteur,
Et se teignent de couleurs maussades,
Leurs doigts, longs et visqueux, se posent
Sur les cous,
De ceux qui s'y abandonnent,
Quand l'esprit se distrait,
L'opacité d'une nuit,
Ou pour une sombre vie. 

samedi 23 juillet 2016

Rechercher Dieu dans une botte de foin

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Ils parlent au nom de Dieu et se comportent comme des dominants à son égard ; tous porte-paroles auto-proclamés, ils lui revendiquent les dires et le châtiment comme on revendiquerait la pluie et le beau temps. Il nous appartient et ce n’est pas à Lui que nous appartenons. On le vêt de l’habit de la terreur qui est pourtant le nôtre et on déclare que le fouet à la main, il surveille nos moindres pensées, nos moindres doutes. On le couvre du vêtement de nos peurs et déclarons que ce sont les siens, jamais les nôtres. Dieu tout puissant, jusqu’à semer la crainte au plus profond de nos questionnements, qui finissent refoulés dans nos prisons limitantes. Ils te disent même que tu n’as pas le droit d'interroger son décret mais affirment que tu es pour Lui plus cher que tu ne le seras jamais pour tes propres parents. Pourtant, tes géniteurs semblent bien plus tolérants et doux à ton égard que l’image sadique qu’ils te dessinent du Très Grand. Car ceux qui t’ont mis au monde ici-bas t’aiment d’un amour inconditionnel et acceptent le reproche aussi injuste qu’il soit. L’amour est au-dessus de tout cela. La mère te pardonnera tes colères et tes trépas, t’ouvrira ses bras en réponse sacrificielle. Et malgré cela, ces fous te font croire que Dieu qui t’aime d’un amour qui dépasse celui des vivants te haïrait pour des confessions authentiques dirigées vers le ciel. Mais comment donc voudrais-tu qu’Il te réponde si tu ne le questionnes pas ?! 

Ils l’esquissent à leur image, impitoyable et terrifiant, la sentence déjà prête avant même que le destin ait écrit le péché. Pervers, Il t’aurait créé avec une raison naturelle et des doutes existentiels pour te demander ensuite de les étouffer de tes propres mains, sous peine de furie irrépressible, l'épée de Damoclès déjà prête à te foudroyer. Dieu aux attributs humains qui porte les traces et les preuves de leurs crimes possessifs.

Je cherche Dieu partout dans leurs productions religieuses consuméristes comme on rechercherait une aiguë dans une botte de foin et ne trouve que les traces de leurs trahisons envers Le Divin. Ils ont attaché à nos cous la corde du chantage théologique et excommunient pour une idée trop spontanée. S’ils le pouvaient, ils t’auraient interdit d’inspirer l’air qui te fait vivre, sur décision despotique. Terroristes de l’âme, ils essaient de se convaincre eux-mêmes en te forçant à les croire.

Ils n’ont jamais cru aux 99 noms de Dieu, mais à ceux qui les définissent eux, pauvres humains. 



L.A

mercredi 8 juin 2016

Maram al Masri : la poésie indisciplinée

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La couronne de fleurs est à Maram al Masri ce que le chapeau est à Nothomb. Je la retrouve dans son café favoris à Saint-Germain. Ici, Les serveurs la connaissent et l’apprécient. Elle m’embrasse et me prend dans ses bras comme si j’étais une vieille connaissance. Pourtant, nous nous connaissons que par croisement de regards et par sourires interposés lors d’événements organisés pour la Syrie.  

« La poésie est un rendez-vous amoureux, et je me dois d’être en continuité avec ce que j’écris. Je cherche le beau partout dans ma vie. Tout comme j’écris pour mes lecteurs, je m’habille aussi par respect pour ceux qui me croisent. Je voudrais transformer les monstres en princes.»

Issue d’une famille musulmane de la ville balnéaire de Lattaquie, c’est très jeune que l’écrivaine connait l’exil. Son histoire ressemble à celle d’un roman Tolstoï. Eperdument amoureuse d’un jeune garçon chrétien, l’histoire ne tarde pas à arriver aux oreilles des services secrets dont la forte présence dans la ville relève d’une longue tradition du régime Assad. Dès lors, le chantage commence : 
« Sois tu espionnes ton entourage et tes voisins pour nous, soit on le kidnappe et en l'envoie aux frontières israéliennes pour qu'ils s'en occupent.»
Elle refuse et subit alors la désapprobation collective et le scandale dans une société où les femmes sont comme des voitures, « il y a celles qui sont neuves, et celles qui sont usées et bonnes à la casse. J’étais une voiture usée. » explique la poétesse. 

Elle abandonne tout pour vivre son histoire d’amour, de son université à sa réputation, jusqu’à ce que cet homme finisse par la quitter sous la pression de sa mère qui menace de se suicider s’il persiste dans cette relation avec une musulmane. C’est le grand pari manqué d'une vie. Et c’est aussi le début d’une longue relation avec les mots. "Je te menace d’une colombe blanche" est son premier recueil, que son frère, lui-même adepte de poésie, fera publier en Syrie.

« J’ai toujours été le second choix. J’étais trop brune pour être belle en Syrie. Ma tante me disait que maintenant, en plus d’être une marchandise de second choix, j’avais brûlé tout le peu d’atouts qui me restait. Pourquoi suis-je toujours un deuxième choix ? »

La jeune Maram al Masri accepte alors de se marier avec le premier homme qui demande sa main et se retrouve en France, avec à un homme qu'elle n'arrive pas à aimer, mais fuyant le scandale et les menaces du régime. Elle ne parle plus l’arabe et ne maîtrise pas le français. Elle se morfond dans un mutisme pendant quelques temps, avant de se réconcilier avec sa langue natale et d’adopter le français. D’ailleurs, tous ses recueils sont bilingues, elle ne traduit jamais ses poèmes, elle « accouche de jumeaux dans deux langues différentes » comme elle aime à l’expliquer.

Puis un divorce. Et un enfant kidnappé à sa naissance par son père et qu’elle ne reverra que cinq ans plus tard. Dans ses poèmes, la figure maternelle est omniprésente, entre les lignes et dans les métaphores. Elle écrit alors « le Rapt », à l’encre de ce trauma maternel.

« J’ai porté mon fils neuf mois de ma vie et je suis restée allongée 5 mois, comme un meuble. Et après tout ça, on me l’enlève, comme si je n’étais rien, comme si je n’étais qu’une poule pondeuse. »

Envers et contre tout, elle est éternellement à la recherche de l’amour. La seule chose qu’elle dit pouvoir enseigner, c’est l’amour et elle l'admet, elle a viscéralement besoin du regard de l'homme.
« J’ai vécu dans une société où les femmes ne sont rien sans un homme pour les décorer, un homme en étendard. »
Je ne peux m’empêcher de lui demander s’il lui est possible de s’envisager au-delà d’un statut de mère, d’épouse, ou d’amante ? 
« Mais je suis tout cela à la fois, ça fait partie de mon histoire et je ne peux pas y échapper. C’est un jeu de rôles, je suis tour à tour chacun d’eux et à la fois je suis tout ça en même temps. Peut-être que si j’avais vécu une histoire différente, j’aurais appris à être plus indépendante de ces rôles. Mais c’est mon histoire... »
Toutefois, l’écrivaine ne verse pas dans des généralisations faciles et la haine. Elle sait le pouvoir de la récupération, les clichés exotiques et le paternalisme très présents en France.  Elle déclarait il y a peu dans une interview accordée au Figaro « Je ne suis pas Shéhérazade. Elle utilise l'imagination, quand je me sers de l'émotion et ancre mes poèmes dans la réalité."

Tiraillée de tous les bords, elle ne trouve sa place d’écrivaine nulle part.

« Je suis critiquée et délégitimée de toutes parts. D’un côté, la sphère littéraire arabe trouve ma poésie trop facile, trop simple, à l’inverse de toute cette tradition très virile de musculation linguistique et de déblatérations impressionnantes à la Nizar Kabbani et Mahmoud Darwich. Et de l’autre côté, je suis méprisée par le champ littéraire français qui pense que si je suis là, ce n’est que grâce à mon physique, à mes long cheveux noirs, à mon exotisme ou pire, pour remplir les quotas de femmes poètes.

Je ne pense pas que le machisme soit propre aux arabes. Ça fait trente ans que je vis en France, et comme je viens de l’expliquer, beaucoup pense que je n’ai pas ma place en tant que femme poète et plus encore en tant qu’arabe. Mon recueil « cerise rouge sur carrelage blanc » a été certes censuré en Syrie, mais il est aussi considéré comme provoquant en France. Pourtant je n’aime pas la provocation et je pense que chaque écrivain a une responsabilité politique. Je ne crois pas en la liberté absolue qui mène à des dérives comme le dernier livre de Houellebecq. Tout ce que j’ai fait en écrivant ce recueil, c’est parler de mes ressentis, de mon vécu de femme. Mais apparemment, c’était déjà beaucoup trop, en France aussi. Je ne dis pas que mes textes sont féministes, mais je parle de voix féminine. Je n’aime pas l’image que renvoient les féministes en France et leur obsession de l’islam. Qu’elles balayent devant leur porte d’abord ! Pour autant, je resterai toujours révoltée contre les violences faites aux femmes et l’inégalité universelle qui régit les sociétés. »
Malgré ce désir de délégitimer par certains, les recueils d'al Masri sont traduits dans 19 langues et ont reçus une dizaine de prix littéraires. 

Vous l'aurez compris, Maram al Masri, c’est la nuance. 

Au fait, on me murmure à l’oreillette qu’elle serait en lice pour le prix Nobel de littérature… Affaire à suivre !



Leila Alaouf
Entretien fait le 07/06/2016

mercredi 25 mai 2016

Pinçades

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Comme l’esclave qui se perd,
Je chante d’une mélodie qui me fuit.
Depuis longtemps, mes lèvres, 
n’ont essuyé
La paix d’un cœur qui s’apaise.

Loin de moi,
L’idée précise d’hier.
Mais si loin déjà l’euphorie des certitudes,
Qui caressent l’âme dans le sens des désirs,
Si promptes à désirer l’évidence.

L’évidence est le danger.

Et si tout se serre de bas en haut,
Rien ne reste plus exact que l’envie de chercher.

Un signe,
Une lettre,
Un alphabet secret,
Des paroles volages,
Ou des yeux sincères.

Dans un tourbillon,
Quelques échasses trompeuses,
Qui fracassent,
Aussitôt perchée.

Car tout se serre de bas en haut,
Dès que la poigne se délace.

Tu ris,
Dans ton abri de chimère,
Celui des effluves mensongers,
Mais le mensonge te plait.

Enfouies les pinçades oppressantes.


Je dors.


L.A


dimanche 3 avril 2016

Penser Sororité

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Sana K


Le terme Sisterhood commence à être employé par les milieux féministes nord-américains à partir des années 1970, tandis qu’en France, c’est son équivalent, sororité, qui commence à émerger. 

Toutefois, un problème apparaît assez rapidement quant à l’utilisation du mot: les femmes afro-américaines, entre autres, se rendent compte que ce fameux « sisterhood » dont il est question ne les engloberait pas forcément. Sur le terrain, Kimberley Crenshaw, sociologue afro-américaine, partage différentes enquêtes dont les résultats sont édifiants. Elle se rend compte que 85% des femmes noires qui fuient leur foyer et les coups de leurs conjoints finissent par y retourner car, étrangement, elles ont moins accès aux chambres de refuges pour femmes battues. S’ajoute à cela la discrimination raciale au niveau des logements : 64% des demandes de logements faites par des noirs américains sont refusées. Difficile  donc de fuir une situation violente pour elles. Pour couronner le tout, Elle constate que les campagnes de prévention contre les violences domestiques ne sont diffusées que sur des chaines accessibles et vues par une classe moyenne voire supérieure et excluant par conséquent la majorité des femmes de couleur (women of colour.)

Sororité par qui ? Pour qui ?

En France, nous ne sommes pas non plus en reste. Les femmes issues des banlieues, de « culture » musulmane, ou racisées, n’apparaissent dans les débats portés par les féminismes historiques que pour être sauvées. Les mouvements féministes français n’ont agi que de façon communautariste et solitaire durant des décennies, allant jusqu’à soutenir des projets de loi non seulement sexistes mais également racistes, et je pense notamment à la loi de 2004 contre les signes religieux à l’école. Mes propos pour désigner cette loi pourraient paraître extrêmes, mais pour mieux les appréhender, il est absolument nécessaire et éclairant de visualiser le film Maryam de la réalisatrice Faizah Amba qui permet au spectateur de s’immiscer dans le quotidien d’une jeune adolescente portant le foulard au moment du vote de cette loi. 

Mariam, c’est l’histoire d’une petite fille qui décide de porter un foulard, de se construire, de tester, d’essayer de nouvelles choses. Je ne m’étalerai pas sur la question, mais cet exemple est particulièrement représentatif de la déconnexion des mouvements féministes français avec le terrain. Le comble pour ces nombreux féminismes ethnocentrés, c’est qu’ils ont bel et bien un point commun avec lesdits représentants des musulmans en France : d’aucun n’estime nécessaire de donner la parole aux premières concernées, c'est-à-dire les femmes portant un foulard ou les femmes françaises musulmanes plus généralement.   

Les systèmes de dominations ne sont pas l'apanage des hommes, ils sont également reproduits entre femmes, mouvements féministes compris, et en vérité, tout cela n’est pas du tout étonnant. C’est même le résultat prévisible d'un système qui ne se construit qu'à travers des relations de dominants/Dominés. Nous  intériorisons les systèmes de dominations dans lesquels nous baignons. Les mouvements féministes principaux en France ne sont composés que d’une certaine élite blanche qui n’a fait que reproduire, malgré elle, les processus de dominations patriarcales, à sa petite échelle. 
Il est naturellement plus facile de ne soutenir que ceux ou celles à qui l’on s’identifie. 

Mais précisément, le principe de sororité réside dans la solidarité au-delà des différences qu’il y a entre nous.

Sororité n’est pas paternalisme

Nous ne sommes pas là pour choisir ce qui serait meilleur pour l’autre. En d’autres termes, en tant que femmes musulmanes qui avons sans cesse à osciller entre nos combats féministes au niveau citoyen mais également en intracommunautaire, nous n’avons pas besoin que l’on nous libère à coup de discours protecteurs.

Alors avant que chacune d'entre nous ne se lance dans des revendications pleines de bons sentiments au nom d’un groupe donné, nous devrons nous poser ces deux questions essentielles :

-Suis-je légitime à parler de ces revendications (exemples innocents : le foulard des femmes musulmanes, la place des femmes en islam,  l'oppression des pauvres femmes en Afrique) ?

-Quels dommages collatéraux à l’encontre des premières concernées puis-je entraîner en parlant pour elle?

Prendre conscience de ses privilèges n’est jamais chose agréable, surtout quand on se croit à l’abri de discriminer. Se dire que l’on contribue d’une façon ou d’une autre à l’exclusion d’un groupe est  embarrassant, mais c’est une introspection nécessaire à faire. C’est précisément ce que l’on demande aux hommes, de prendre du recul et d’avoir l’objectivité de reconnaître leurs privilèges. Nous sommes toujours privilégiés par rapport à quelqu’un, que cela nous soit plaisant à entendre ou non.
Moi-même, fille d’immigrés, je suis privilégiée par mon parcours scolaire et mes chances de réussites comparée à d’autres femmes françaises issues de l’immigration mais qui n’ont pas eu ces chances.

Nous ne sommes pas forcément conscient d’exclure du marché le petit libraire du coin lorsque nous décidons d’acheter nos livres sur Amazon ou à la Fnac. Mais nous y contribuons. Et c’est exactement le même schéma qui se met en place quand les mouvements féministes décident, sciemment ou non, de favoriser un discours, une vision, une représentation, ou une couleur de peau. 

Ce n’est qu’une fois que l’on prend conscience de cela que l’on peut inclure puis agir.

La sororité, c’est le soutien, mais ce n’est jamais le tutorat.

L.A

lundi 28 mars 2016

Portrait : Rohan Houssein ou l'art de résister (Alohanews)

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Portrait rédigé pour le site Alohanews :

[ A l’occasion du lancement de son dernier single « État pacifique », j’ai rencontré Rohan Houssein dans un petit café parisien. Jeune artiste prometteur de 26 ans au visage solaire, curieux et touche-à-tout, son parcours ne le prédestinait pourtant pas à se lancer dans une carrière artistique... ]





Femmes du monde arabe : entre espoirs et désillusions (Vidéo France24)

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"Dans cette deuxième partie, nous revenons sur la place des femmes dans le monde arabo-musulman, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. La parité y reste timide. Pourquoi tant d'obstacles? Faut-il l'imputer à l'islam ou à ses représentants ? Une émission préparée par Anthony Saint-Léger, Elise Duffau et Kim Vo Dinh."



Lobotomie: Le Dialogue

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Et toi comment tu vis ton engagement ?

Je sais pas. Ça me permet de m’épanouir, je préfère mourir de fatigue, d’hyperactivité, plutôt que de me retrouver à cogiter entre quatre murs et laisser des questions existentielles (ou non) m’envahir et me pourrir. Mais je t’avoue que parfois je suis fatiguée. Pas fatiguée de courir, mais fatiguer. Éreintée quoi. Déjà, j’ai accepté le fait que, quel que soit mon niveau de qualification, on me renverra toujours à la face une certaine illégitimité. Même avec un master ou une thèse sous le bras. C’est comme ça, ça fait partie des règles du jeu quand t’es une femme et que tu décides de l’ouvrir. Fallait y réfléchir à dix fois. Et puis il y a un truc qui est insupportable, je sais pas si ça te le fait… Tu sais, cette façon qu’ont les gens de vouloir te figer dans une image précise…

C’est exactement ça, tu me tires les mots de la bouche. Militante à plein temps, même en famille, même quand tu dors. Et si t’es pas la voilée warrior de service, t’es la militante inlassablement dynamique qu’on kiffe mettre en avant.

Voilà ! Au fond tu n’es rien d’autre qu’une militante lobotomisée, sans réelles émotions, sans réels sentiments. Tu sais, t’es un peu l’archétype de la sauvageonne excitée. Tu monterais presque sur une table, seins nus, pour une blague mal placée. Incapable de rire, encore moins de toi, et incapable d’aimer.

J’ai l’impression que nos expériences se croisent… C’est apaisant.

Au fil du temps, le monde a raison de toi, et comme il ne te voit que sous le prisme de tes engagements, toi-même tu finis par ne jurer que par tes grandes convictions. Tu deviens une boite à convictions sur pattes, et comme ils ont cadenassé cette cage dans laquelle ils t’ont enfermée, tu t’y complais. Il faut vivre avec sa nouvelle réalité.

Oui, tu n’es plus qu’une affiche que l’on veut bien exploiter.

Et les sentiments, on en parle de nos sentiments ? Tu es un être asexué et déshumanisé, et comme tu as perdu l’habitude de faire tomber cette carapace, tu réalises qu’il t’est impossible de céder à un peu de vulnérabilité. Ou en tout cas de la rendre visible. Après tout, toutes ces attaques ne sont que virtuelles. Quelques secondes à peine s’écoulent entre la naissance d’une  pensée et sa concrétisation textuelle sous tes postes. Heureusement, les paramètres Facebook sont tes meilleures amis : Suppression/Bloquer.  Car s’il y a bien un conseil que tu commences à assimiler et comprendre (Merci Marwan), c’est qu’il n’y a aucune pitié à avoir dans la gestion de ton mur virtuel. Tu te sens agressée ? Supprimer/Bloquer. On t’accuse de coopération maçonnique ? Supprimer/Bloquer. On te fait des avances un peu trop insistantes ? Supprimer/Bloquer. Supprimer/Bloquer. Supprimer/bloquer.

Bref, t’es devenue une pro' en la matière. Parce que t’as beau dire que tout cela ne t’atteint pas: le soir quand tu t’allonges dans ton lit et que tu te retrouves seule dans le noir, tu fais défiler toutes ces vilaines choses que des inconnus (et parfois même des proches) ont pu te dire, sans trop réfléchir. Et c’est à partir de ce moment-précis qu’un processus se met en marche. Le processus d’autodestruction.

Finalement tu te rends compte que tu es plus sensible aux critiques qu’aux compliments. Que si pour trois belles paroles tu as une insulte, c’est cette dernière qui aura raison de toi. Alors, avec le temps, au lieu de gagner en confiance au fur et à mesure de tes expériences, tu te fragilises. Tu n’es plus sure de rien. Tu n’es plus trop sure de tes mots, plus trop sure de ce que tu vaux, plus trop sure de ce que tu fais. Et parfois même, ça te prend tellement d’énergie que tu n’es même plus sure de pouvoir plaire. Oui, oui, plaire. Plaire à une autre personne. Plaire, quoi. C’est si bouffant que ta fragilité n’a plus de terrains interdits. Elle étend ses tentacules jusqu’au plus profond de tes insécurités glissantes et s’y installe impunément.

Et souvent, très souvent même, on ne te croit pas. On pense que tu bluffes un peu ou que tu t’inventes des  vanités. Les gens ne te pensent même plus capable d’osciller.

Même quand tu veux juste passer du bon temps avec tes amis un jour de week-end, il y aura toujours celui qui te titillera sur ton travail. Parce que tu comprends, c’est tellement drôle. Et comme tu es passionnée parce que tu fais, ça doit bien te faire plaisir qu’on en parle encore entre deux bouchées amères. Faut bien avoir de l’humour, ça vaaa ! D’ailleurs, chacun y va de son bon conseil, toujours pour ton bien, évidemment :

« Tu devrais moins parler de ça tu vois, ça risque de faire trop cliché une fille arabe qui ne s’intéresse qu'aux droits des femmes. »

« Ah ? Mais c’est mon sujet de recherche universitaire, pas mon hobbie du dimanche après-midi. Je fais quoi du coup ? Je jette mon master à la poubelle pour le remplacer par quelque chose qui siéra mieux à tes attentes ? »

Et puis forcément, il y a un profil auquel on n’échappe jamais : le docteur en physiques ou mathématiques qui pense que l’obtention d’une thèse en sciences lui permet de développer un roman oral sur ton sujet de recherches. Le type a pas lu un seul bouquin de socio ou de littérature ou même de politique, et il veut te convaincre que ce que tu fais c’est de la crasse de babouin. J’appellerai ça le complexe du surdiplômé.

Tu te rends comptes qu’avec quelques passages télévisés ou radios et quelques articles publiés ici et là, on en arrive à de telles pressions. Ça doit être quoi pour ceux qui ne vivent que de ça ?

Franchement ?

Oui…

Je veux pas savoir.


jeudi 18 février 2016

Détour sur le dernier livre de Mona Eltahawy : Foulards et Hymens, Pourquoi le Moyen-Orient doit faire sa révolution sexuelle.

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C’était un des livres que j'avais rajouté à ma liste de lecture depuis quelques mois, et finalement, je m’y suis enfin mise juste après avoir achevé la lecture de Féminismes Islamiques de Zahra Ali. Etant parfaitement consciente du caractère polémique de ce livre et de son auteure Egyptienne, j’ai voulu faire abstraction des mouvements de masses et me forger ma propre opinion… Et je n’ai pas été déçue ! A peine ai-je publié un passage de son texte sur les réseaux sociaux que la polémique était lancée : Entre ceux qui n’appréciaient pas le titre, ceux qui lui avaient lu un article ou une interview, ceux qui la diabolisaient totalement sans même lui avoir lu un livre, je me suis dit que la vie d’une militante féministe arabo-musulmane était quand même bien dure. Il semble difficile pour beaucoup de sortir d’une analyse manichéenne et de voir l’excellent et le pire dans une même œuvre. Il semble encore plus compliqué d’aller au-delà de la dichotomie Occident/Orient qui pourrie et simplifie toute analyse. En postant une simple mention de son livre, j’ai lancé un pavé dans la marre, et cela n’a fait que confirmer le fait qu’il est  périlleux de parler de ces trois simultanément : sexualité, monde arabe, et femmes.

Il faut dire que Mona Eltahawy ne mâche pas ses mots et n’essaie nullement de faire dans la complaisance. Elle alterne théorie et vécu et permet ainsi au lecteur de ne pas rester dans une analyse académique et déconnectée des réalités du monde arabe. Son livre a été écrit à la suite de sa propre agression à place Tahrir en 2011 lors du soulèvement égyptien, où des militaires lui cassèrent les bras et l’agressèrent sexuellement ainsi qu’une dizaine d’autres femmes. Agressions qui s’étaient accompagné à l’époque de test de virginité et du mutisme d’une majorité de victimes soumise aux pressions de leurs familles qui avaient elles-mêmes peur du déshonneur. Cet exemple à lui tout seul, remarque Eltahawy, regroupe les trois forces oppressantes qui constitue le patriarcat : le foyer, la rue, et l’Etat.

Elle revient sur ces différents propos qui lui avaient valu maintes controverses. Notamment, le fameux « Pourquoi ils nous détestent » ce titre d'article qu'elle avait écrit pour ForeignPolicy, et dont le « ils » qui désignaient les hommes arabes avait largement choqué et lui avait valu des accusations de racisme et de généralisations. Elle rappelle qu’elle a toujours été en première ligne de front pour dénoncer le sexisme en occident ainsi que l’islamophobie envahissante, mais que l’ambiance générale xénophob ne devrait certainement pas l’empêcher de pointer du doigt toutes les formes de misogynies et de violences subies par les femmes des pays arabes. Elle refuse purement et simplement la prise en otage qui voudrait qu’elle se tienne inconditionnellement aux côtés de ses origines et de ses coreligionnaires. Elle écrit :

« J’ai écrit ce livre à un moment où de plus en plus de femmes de couleur parlent ouvertement de misogynie et refusent de se taire seulement par peur de donner une « mauvaise image » de leur peuple. Les Noires, les Sud-Américaines, les Asiatiques aux États-Unis sont confrontées à de multiples niveaux de discrimination : racisme envers leur communauté, haine des femmes à l’intérieur et à l’extérieur de leur groupe d’appartenance. Trop longtemps, on leur a dit que dénoncer les mauvais traitements dont elles sont victimes au sein de leur communauté ne servirait qu’à apporter de l’eau au moulin des racistes qui déjà diabolisent les hommes. Pour avoir accepté de réaliser ce numéro d’équilibriste, je suis reconnaissante à la militante féministe noire bell hooks, à la poétesse lesbienne noire et militante Audre Lorde et à la Mexicano-Américaine Gloria Anzaldúa, penseur féministe. Leur travail, que je cite fréquemment, m’a fourni les armes dont j’avais besoin pour combattre le racisme et le sexisme sans tomber dans la peur d’embarrasser les miens. Alors que les conservateurs islamophobes et xénophobes sont ravis d’entendre à quel point les musulmans maltraitent les femmes, l’aile conservatrice parmi les hommes musulmans propage la détestation des femmes. Au final, au lieu de nous allier à l’une pour combattre l’autre, ce sont ces deux tendances contre lesquelles nous devons simultanément lutter. »

Elle admet que la détestation est beaucoup plus complexe que ce que sous-entend son titre, et qu’il s’agit d’un processus de restrictions posées par le triptyque foyer, rue, Etat, susmentionné.
La situation est mauvaise partout dans le monde, ne cessent-elle de rappeler, mais là où l’écart se creuse, c’est au niveau des droits. Là où dans certains pays la situation des femmes n’est pas glorieuse, il y a au moins des droits derrière lesquels les femmes peuvent se réfugier. Or, dans la plupart des pays arabes, le droit (légal ou religieux) est trop souvent en faveur du patriarcat. Tant que la loi ne donne pas l’exemple, nul espoir que les choses s’améliorent dans la rue ou dans le foyer.  C’est ici que se joue toute la différence.  
Dans le chapitre, « voile noir, drapeau blanc » elle aborde donc inévitablement la question du hijab, qu’elle a elle-même porté pendant neuf ans. Elle pose le débat de façon à sortir de la simplicité dichotomique que les deux camps veulent absolument imposer. Elle est tout à fait consciente de marcher sur des œufs mais est à la fois tout à même de le faire en partageant sa propre expérience.

« La généralisation du port du voile au Moyen-Orient et en Afrique du Nord n’est que le dernier mouvement du balancier. Ces alternances entre un code vestimentaire conservateur et un code vestimentaire libéral ont souvent été décrites comme des oscillations entre le monde islamique et le monde occidental, une dichotomie qui rend la critique du port du voile particulièrement difficile puisqu’elle oblige à choisir un camp. En conséquence, il nous faut impérativement trouver une façon de parler du hijab qui ne réduise pas le débat à un choix de culture. »

Et c’est précisément en abordant la question du hijab qu’elle montre à quel point les islamophobes et les conservateurs musulmans nourrissent leurs causes mutuellement. Car plus les xénophobes et les islamophobes instrumentaliseront la question du foulard en l’associant à un orient archaïque et orientaliste, moins les femmes de ces pays accepteront de poser le débat sereinement. L’exemple le plus explicite étant celui du consul britannique en Egypte qui avait instrumentalisé les idées libérales du savant égyptien et musulman Qasim Amin :
« Lorsque Evelyn Baring, alors consul britannique en Égypte, a soutenu les idées de Qasim Amin, une effroyable instrumentalisation de son discours s’est mise en place, associant les revendications en faveur des droits des femmes à une mainmise coloniale et rendant de fait toute critique du port du voile de la part de ceux qui s’opposaient à l’occupation et à l’influence européennes intenable puisque assimilée au soutien de l’Occident. »
Elle revient sur ces neuf années à travers lesquelles elle se revendiquait à la fois féministe et voilée, mais aussi sur la difficulté à le retirer.
Et c’est là qu’elle dresse un constat difficile à nier : si les femmes sont libres de  porter le hijab, elles le sont beaucoup moins de le retirer. Elle revient sur ce mouvement croissant de voilement au Moyen-Orient et l’explique politiquement et socialement. Mais si le débat veut déchirer, elle rappelle cette phrase de Fatoum Elaswad :
 « Quand les femmes se battent entre elles, les seuls à en tirer bénéfice sont les hommes. »
Dans son chapitre « une main portée sur les femmes », elle ressasse toutes les formes de violences corporelles subies par les femmes en s’appuyant sur des chiffres précis et des faits incontestés. En passant par l’excision et les agressions sexuelles, il n’est pas une atteinte qu’elle n’ait pas mentionnée. 

Face au 90% de femmes mariées ayant subi des mutilations génitales en Egypte, les 99,3% de femmes egyptiennes ayant subi des harcèlements sexuels (rapport des nations unies), le harem bien connu de Kadhafi, les viols et agressions de masses ayant accompagné les soulèvements, les lois permettant aux violeurs d’épouser leurs victimes afin de « sauver l’honneur » des familles, l’autorisation dans certains pays des violences domestiques, la complaisance du droit envers les crimes d’honneur, les mariages précoces, l'obsession de la virginité, la frustration sexuelle, et j’en passe, il serait particulièrement malhonnête de minimiser la gravité de la situation pour une bonne partie des femmes de ces régions.

D’ailleurs, Eltahawy se demande si, finalement, les soulèvements populaires ont profité aux femmes ?  Rien n’est si certain. Mais si les soulèvements n’ont jamais été en faveurs des femmes, l’auteure écrit que ce n’est que par un soulèvement des femmes contre le rôle que leur imposent  leur foyer, la rue et l’Etat qu’une réelle révolution sociale peut aboutir. Car on ne peut prétendre à une véritable révolution de fond si l’on refuse à la moitié de la population d’y participer. Et c’est précisément en cela qu’elle parle de révolution sexuelle.

Contrairement à ce que ceux qui n’ont pas lu le livre ou qui sont d’une mauvaise foi évidente veulent bien répéter, l’auteure ne veut nullement imposer ou interdire. Elle ne fait qu’exiger tout naturellement le respect des droits individuels, ni plus ni moins, et ce, même quand il s'agit de sexualité. D’ailleurs elle écrit :
« Avant je disais non. Puis la révolution est arrivée et j’ai commencé à dire « j’exige ! ». »
Il n’est évidemment pas possible de parler sexualité sans parler de l’obsession de la virginité des sociétés arabo-musulmanes. Ici encore, elle revient sur son vécu ou sur celui d’autres femmes. Et comme elle aime à le dire très justement :
« La chose la plus subversive que puisse faire une femme est de parler de sa vie comme si elle comptait vraiment. Car c’est le cas. »
Elle revient sur son agression sexuelle à place Tahrir et nous rappelle que les tests de virginité mettent en évidence que seules les femmes vierges sont considérées comme de potentielles victimes de viols. Pour celles qui avaient déjà perdu leur virginité auparavant, il n’est nullement question de reconnaître le viol.
Elle refait le tour de toute cette obsession hystérique autour de l’hymen des femmes. Tout ne repose que sur ce petit bout précieux de peau qui, en réalité, n’appartient qu’à la famille. Avec effroi, on apprend que les tests de virginité sont encore d’actualité pour la validité d’un mariage dans certains pays, dont l’Algérie. Un de ses chapitres se nomme d’ailleurs « le Dieu de la virginité ». Elle aborde également la question de la sexualité et du plaisir féminin, tabou suprême.

Bref, mieux qu’un résumé, allez lire ce livre. Vous y trouverez certainement matière à critiquer, mais surtout des vérités crues. Pour pouvoir le lire, il faut commencer par accepter de voir, d'écouter, même quand certaines vérités nous mettent dans l'embarras. 

Mona Eltahawy ne se contente pas de dénoncer, elle propose, elle suggère, elle explique. Un des points de divergence le plus important que j’ai trouvé dans le texte était pour ma part son soutien à la loi interdisant le niqab en France. Elle part du principe que dans l’extrême, justifier son invisiblisation par un simple « choix » spirituel ne peut être pris en compte, car tout comme pour la nudité publique, l’état a le droit d’empêcher ses citoyens de se nuire . Je pars du principe qu’en imposant une telle loi, on ne fait qu’isoler un peu plus ces femmes, qui se trouvent être les cobayes d’une loi tendancieuse et qui a, dès le départ, tout simplement instrumentalisé le sujet à des fins politiques. Enfin, je ne crois pas que l’interdiction puisse être une solution, elle ne l’est jamais.



Leila Alaouf

jeudi 11 février 2016

"Avril 2003, j’ai dix ans et demi et je décide de porter le foulard." (Contre-Attaque)

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« Avril 2003, j’ai dix ans et demi et je décide de porter un foulard sur ma tête, sous la panique la plus totale de mes parents. » En plein débat sur le voile à l’école, Leïla Alaouf décide de porter le foulard. Elle nous raconte ses premiers pas dans ce choix qu’elle a fait il y a près de 12 ans. Victime de harcèlement et d’exclusion, itinéraire d’une petite fille devenue femme qui a décidé d’avoir le choix.

Lire la suite sur le site Contre-Attaque : http://contre-attaques.org/magazine/article/avril-2003-j






Vidéo : La violence, gouffre ou solution ? (Grand débat, TMTT)

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Les Grands Débats

Animateur : Mohamed-Ali Bouharb

☛ Thomas Vescovi
Étudiant-chercheur en Histoire Contemporaine, Thomas Vescovi est un spécialiste du conflit israélo-palestinien. Ses terrains d'études sont, principalement, la société juive israélienne et ses interactions avec la société palestinienne, ainsi que son rapport à l'histoire et aux enjeux de mémoire. Il a publié une synthèse de ses recherches en 2015 sous le titre de «La mémoire de la Nakba en Israël, le regard de la société israélienne sur la tragédie palestinienne». Il rédige des chroniques de ses voyages au Proche-Orient, et collabore également avec différents médias tels que L'Orient le Jour, Middle East Eye, Politis, L'Humanité, The Maghreb and Orient Courrier... Actuellement, il prépare l'agrégation d’Histoire, et espère très bientôt pouvoir poursuivre ses recherches en doctorat. Blog : https://visceraoul.wordpress.com/

☛ Leila Al Aouf
Étudiante en master de littératures postcoloniales et féminines, Leïla est également blogueuse et membre du Think Tank Different ainsi que du collectif Femmes dans la Mosquée. Elle travaille et écrit sur les questions liées aux discriminations raciales, religieuses et de genre. D'ailleurs, le sujet de son mémoire porte sur ce jeu d'équilibre des littératures féminines du Maghreb, entre revendications féministes et refus du système colonial. Enfin, elle est sensible aux questions qui touchent au conflit Syrien et a participé récemment au lancement de la plateforme #SyriaFX du site Foulexpress. Blog : www.grincement.blogspot.fr

☛ El Yamine Soum
Auteur, conférencier et enseignant, El Yamine est diplômé de sociologie, de relations internationales et d’études latino-américaines. Ses travaux au sein du Centre d’analyses et d’interventions sociologiques (CADIS) de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales portent sur les questions internationales et de cohésion sociale. Il a écrit plusieurs ouvrages, dont «Discriminer pour mieux régner, Islamophobie dans le monde moderne» ou encore «La France que nous voulons», dans lequel il propose d'irriguer le débat public avec un regard "francoptimiste" et jeune. Parallèlement, il enseigne et travaille sur des programmes de coopération économiques avec une dizaine de pays (Afrique du Sud, Vietnam, Turquie, Chili, Mali, Madagascar, Chine, Arménie…) sur les questions de tourisme durable et de préservation du patrimoine.

☛ Mohamed-Ai Bouharb
Consultant en communication publique, Mohamed-Ali est diplômé de Sciences Po Paris en gestion publique et l’institut catholique de Paris en sociologie des religions. Spécialisé dans l’écriture de discours et de contenus éditoriaux, il anime des séminaires et colloques sur les questions de citoyenneté et autour du culte musulman. Doctorant à Normale Sup, il mène une thèse autour de la présence musulmane au sein des armées de 1939 à nos jours et a co-publié un ouvrage intitulé « Former des imams pour la République » aux éditions du CNRS. Il intervient depuis de nombreuses années en qualité de formateur en management responsable sur les questions liées au culte musulman en milieu professionnel.






Ne nous libérez pas, on s'en charge ! (Contre-Attaque)

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L’affiche est rose, les conférenciers nombreux, les conférencières si peu. Et pourtant, le thème du week-end aussi est « rose ». Les réseaux de militantes musulmanes commencent à s’agiter, « qu’est-ce qu’on est encore en train de nous pondre ?! ». Et c’est à ce moment précis que débarquent les Femen.

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Lire la suite sur Contre-Attaque : http://contre-attaques.org/magazine/article/ne-nous


Vidéo : Femmes et Islam (Fondapol)

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"Autour du Directeur général de la Fondation pour l’innovation politique qui animait cette quatrième table ronde, sont intervenus : Leila ALAOUF, Membre du collectif Femmes dans la mosquée et membre de Think Tank Different, Mustapha CHERIF, Philosophe, professeur à l’université d’Alger et écrivain, et Asma LAMRABET, Médecin, écrivaine et directrice du Centre d’études et de recherches féminines en islam (Cerfi) au sein de l’institution Rabita Mohammadia des Oulémas du Maroc."





Le sexisme est (aussi) français (HuffPost)

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Depuis quelques semaines, les polémiques et les actualités autour du corps des femmes se succèdent. Entre la jeune lycéenne renvoyée pour port de jupe trop longue, l'étudiante algérienne interdite d'accès à l'université pour sa jupe trop courte, les femmes refusées à l'entrée du tapis rouge pour leur absence de talons, etMélanie Georgiades, alias Diam's, dont on ne retient de ses interviews que son foulard: l'état des lieux s'avère alarmant pour les femmes de tous horizons, France inclue, évidemment.

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La suite sur le HuffingtonPost : http://www.huffingtonpost.fr/leila-alaouf/le-sexisme-est-aussi-francais_b_7448780.html


#ChapelHill : De quoi a-t'on peur ? (HuffPost)

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On demande au citoyen musulman de s'indigner quand il s'agit de crime que l'on appelle vulgairement « crime de haine». Pourtant, ce même citoyen musulman qui s'est indigné, non pas parce qu'on le lui a demandé mais par humanité naturelle et spontanée, se retrouve seul le jour où c'est lui qui devient la victime de la haine.

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