grincement

Leila Alaouf

lundi 28 mars 2016

Portrait : Rohan Houssein ou l'art de résister (Alohanews)

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Portrait rédigé pour le site Alohanews :

[ A l’occasion du lancement de son dernier single « État pacifique », j’ai rencontré Rohan Houssein dans un petit café parisien. Jeune artiste prometteur de 26 ans au visage solaire, curieux et touche-à-tout, son parcours ne le prédestinait pourtant pas à se lancer dans une carrière artistique... ]





Femmes du monde arabe : entre espoirs et désillusions (Vidéo France24)

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"Dans cette deuxième partie, nous revenons sur la place des femmes dans le monde arabo-musulman, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. La parité y reste timide. Pourquoi tant d'obstacles? Faut-il l'imputer à l'islam ou à ses représentants ? Une émission préparée par Anthony Saint-Léger, Elise Duffau et Kim Vo Dinh."



Lobotomie: Le Dialogue

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Et toi comment tu vis ton engagement ?

Je sais pas. Ça me permet de m’épanouir, je préfère mourir de fatigue, d’hyperactivité, plutôt que de me retrouver à cogiter entre quatre murs et laisser des questions existentielles (ou non) m’envahir et me pourrir. Mais je t’avoue que parfois je suis fatiguée. Pas fatiguée de courir, mais fatiguer. Éreintée quoi. Déjà, j’ai accepté le fait que, quel que soit mon niveau de qualification, on me renverra toujours à la face une certaine illégitimité. Même avec un master ou une thèse sous le bras. C’est comme ça, ça fait partie des règles du jeu quand t’es une femme et que tu décides de l’ouvrir. Fallait y réfléchir à dix fois. Et puis il y a un truc qui est insupportable, je sais pas si ça te le fait… Tu sais, cette façon qu’ont les gens de vouloir te figer dans une image précise…

C’est exactement ça, tu me tires les mots de la bouche. Militante à plein temps, même en famille, même quand tu dors. Et si t’es pas la voilée warrior de service, t’es la militante inlassablement dynamique qu’on kiffe mettre en avant.

Voilà ! Au fond tu n’es rien d’autre qu’une militante lobotomisée, sans réelles émotions, sans réels sentiments. Tu sais, t’es un peu l’archétype de la sauvageonne excitée. Tu monterais presque sur une table, seins nus, pour une blague mal placée. Incapable de rire, encore moins de toi, et incapable d’aimer.

J’ai l’impression que nos expériences se croisent… C’est apaisant.

Au fil du temps, le monde a raison de toi, et comme il ne te voit que sous le prisme de tes engagements, toi-même tu finis par ne jurer que par tes grandes convictions. Tu deviens une boite à convictions sur pattes, et comme ils ont cadenassé cette cage dans laquelle ils t’ont enfermée, tu t’y complais. Il faut vivre avec sa nouvelle réalité.

Oui, tu n’es plus qu’une affiche que l’on veut bien exploiter.

Et les sentiments, on en parle de nos sentiments ? Tu es un être asexué et déshumanisé, et comme tu as perdu l’habitude de faire tomber cette carapace, tu réalises qu’il t’est impossible de céder à un peu de vulnérabilité. Ou en tout cas de la rendre visible. Après tout, toutes ces attaques ne sont que virtuelles. Quelques secondes à peine s’écoulent entre la naissance d’une  pensée et sa concrétisation textuelle sous tes postes. Heureusement, les paramètres Facebook sont tes meilleures amis : Suppression/Bloquer.  Car s’il y a bien un conseil que tu commences à assimiler et comprendre (Merci Marwan), c’est qu’il n’y a aucune pitié à avoir dans la gestion de ton mur virtuel. Tu te sens agressée ? Supprimer/Bloquer. On t’accuse de coopération maçonnique ? Supprimer/Bloquer. On te fait des avances un peu trop insistantes ? Supprimer/Bloquer. Supprimer/Bloquer. Supprimer/bloquer.

Bref, t’es devenue une pro' en la matière. Parce que t’as beau dire que tout cela ne t’atteint pas: le soir quand tu t’allonges dans ton lit et que tu te retrouves seule dans le noir, tu fais défiler toutes ces vilaines choses que des inconnus (et parfois même des proches) ont pu te dire, sans trop réfléchir. Et c’est à partir de ce moment-précis qu’un processus se met en marche. Le processus d’autodestruction.

Finalement tu te rends compte que tu es plus sensible aux critiques qu’aux compliments. Que si pour trois belles paroles tu as une insulte, c’est cette dernière qui aura raison de toi. Alors, avec le temps, au lieu de gagner en confiance au fur et à mesure de tes expériences, tu te fragilises. Tu n’es plus sure de rien. Tu n’es plus trop sure de tes mots, plus trop sure de ce que tu vaux, plus trop sure de ce que tu fais. Et parfois même, ça te prend tellement d’énergie que tu n’es même plus sure de pouvoir plaire. Oui, oui, plaire. Plaire à une autre personne. Plaire, quoi. C’est si bouffant que ta fragilité n’a plus de terrains interdits. Elle étend ses tentacules jusqu’au plus profond de tes insécurités glissantes et s’y installe impunément.

Et souvent, très souvent même, on ne te croit pas. On pense que tu bluffes un peu ou que tu t’inventes des  vanités. Les gens ne te pensent même plus capable d’osciller.

Même quand tu veux juste passer du bon temps avec tes amis un jour de week-end, il y aura toujours celui qui te titillera sur ton travail. Parce que tu comprends, c’est tellement drôle. Et comme tu es passionnée parce que tu fais, ça doit bien te faire plaisir qu’on en parle encore entre deux bouchées amères. Faut bien avoir de l’humour, ça vaaa ! D’ailleurs, chacun y va de son bon conseil, toujours pour ton bien, évidemment :

« Tu devrais moins parler de ça tu vois, ça risque de faire trop cliché une fille arabe qui ne s’intéresse qu'aux droits des femmes. »

« Ah ? Mais c’est mon sujet de recherche universitaire, pas mon hobbie du dimanche après-midi. Je fais quoi du coup ? Je jette mon master à la poubelle pour le remplacer par quelque chose qui siéra mieux à tes attentes ? »

Et puis forcément, il y a un profil auquel on n’échappe jamais : le docteur en physiques ou mathématiques qui pense que l’obtention d’une thèse en sciences lui permet de développer un roman oral sur ton sujet de recherches. Le type a pas lu un seul bouquin de socio ou de littérature ou même de politique, et il veut te convaincre que ce que tu fais c’est de la crasse de babouin. J’appellerai ça le complexe du surdiplômé.

Tu te rends comptes qu’avec quelques passages télévisés ou radios et quelques articles publiés ici et là, on en arrive à de telles pressions. Ça doit être quoi pour ceux qui ne vivent que de ça ?

Franchement ?

Oui…

Je veux pas savoir.